Paulinisme appliqué

6-11 at 8:05 (Apologétique, Arabisme, Histoire, Islam, Théologie) (, , , , , , , )

A l’origine, ce billet se voulait une réfutation des principales assertions de l’apologétique islamique sunnite (précision d’importance) dans sa forme adressée aux « chrétiens ». Y travaillant, je n’ai pas pu m’empêcher d’en tirer certaines conclusions méthodiques, et c’est ainsi que l’idée m’est venue de proposer un patron d’essai apologétique catholique à l’adresse des musulmans.

Sur le terrain des polémiques apologétiques le chrétien à un tour d’avance sur le musulman. Il suffit au chrétien de discuter l’authenticité de la Bible et la Vérité de son message pour convaincre le musulman, tandis que le musulman doit, avant d’établir l’authenticité du Coran et la vérité de sa doctrine, prouver que la doctrine qu’explicite la Bible est fausse et oeuvre tardive d’auteurs inconnus, sans réelle valeur historique. Le Coran entre dans l’histoire après que le christianisme ait été prêché, et la doctrine du Coran s’oriente frontalement contre les dogmes du christianisme, ceci expliquant cela ; dans l’ordre théologique comme dans celui de l’histoire, l’affirmation précède la négation. L’axe central de divergence entre les chrétiens et les musulmans concerne le Christ, pas le Coran et Mohammed. C’est là un axe on ne peut plus chrétien. En conséquence, le chrétien doit conclure avec saint Jean Damascène, que l’islam est une hérésie chrétienne, et ses doctrinaires, des hérésiarques chrétiens. Et je ne suis pas convaincu que l’apologétique catholique ait beaucoup à gagner d’ajouter à l’exposition de la Révélation qui est son objet, quantités de pages philosophiques et historiques, en vue de discuter l’authenticité du texte du Coran. En conséquences, il m’a semblé bon de commencer l’essai apologétique par la réponse à ces questions que peut se poser le fidèle musulman :

1- Qu’est-ce qu’être chrétien ?

 

2- Comment connaître l’enseignement du Christ ?

3- Quel est l’enseignement du Christ ?

L’apologète catholique a un autre tour d’avance sur son confrère musulman, car l’un et l’autre n’accordent pas la même valeur aux textes sacrés. Si un historien, qu’il soit chrétien ou non, prouvait que les deux exemplaires originaux du Coran sont faux, il détruirait le fondement même de la théologie islamique. A l’inverse, si un historien de quelconque confession, prouvait que les Evangiles synoptiques sont des faux, si un musulman prouvait que l’Evangile de saint Jean n’a pas vraiment été écrit par l’Apôtre, il est certain que l’apologétique chrétienne en serait affectée, privée d’une ressource importante, mais il est non moins certain que cela ne saurait l’empêcher définitivement de prêcher. Le coup porté ne serait pas fatal, pour la simple raison que la doctrine catholique ne prétend pas se fonder sur les seules Ecritures Saintes, mais sur la tradition apostolique, qu’elle soit orale ou écrite, ce qui est un cadre bien plus large. Parlant de cela, le principal problème technique de l’apologétique islamique sunnite est que, s’adressant aux « chrétiens » dans leur ensemble qu’il s’agisse des protestants, des orthodoxes ou des catholiques, elle s’appuie néanmoins sur l’idée qu’en critiquant la valeur historique des Ecritures, on ruine les fondements de l’édifice doctrinal chrétien, bien que le postulat de l’Ecriture seule n’appartienne qu’aux multiples sectes protestantes. Catholique, j’ai lu mille petits traités d’apologétique islamique, sans jamais avoir eu l’impression que l’auteur pourrait un jour me faire changer d’avis sur la vérité de ma religion. J’ai simplement pensé qu’il y avait plus de points communs entre un pasteur évangélique et un musulman sunnite que chacun des deux ne voudrait le croire de prime abord.

Ainsi donc, il nous faut établir que le chrétien est un disciple du Christ, membre de l’Eglise qu’Il a fondé, croyant en la doctrine qu’Il nous a révélé, et appliquant les commandements moraux qui en découlent (question n°1). L’apologétique islamique trace souvent un historique de ce mot dont la foule baptisa les premiers chrétiens. Il ne semble pas mal venu de faire de même. Puis il faut préciser que l’enseignement du Christ nous est transmis par la Tradition Apostolique (question n°2). L’Eglise en effet, a été instituée avant que les écrits qui composent ce que nous nommons le Nouveau Testament ne soient composés. L’Eglise est garante de la tradition orale et écrite que nous ont transmis les Apôtres. Joseph de Maistre a raison de dire que l’attachement des protestants à l’écrit est idiot, et que l’enseignement des Apôtres était oral. On le voit bien à travers les Epîtres de Saint Paul, qui sont adressées à des fidèles déjà instruits des vérités de la Révélation. Mais de Maistre va trop loin lorsqu’il oppose l’oral à l’écrit. D’abord parce que l’oral et l’écrit sont complémentaires, ensuite parce que la distinction fondamentale n’est pas là. L’oral et l’écrit sont tous deux nécessaires, et il convient bien mieux d’opposer le dépôt de la Tradition Apostolique à ce qui n’est pas de la Tradition Apostolique, ou se dresse contre elle. Là il faut parler du lien qui unit le nouveau testament à l’ancien. Le musulman considère Jésus comme le Messie qu’espéraient les Patriarches. Il faut donc aussi discuter de l’authenticité des évangiles et des Ecritures judaïques, et prouver la fausseté des apocryphes, en particulier de l’évangile de Barnabé. Puis montrer les preuves de la messianité du Christ. C’est avec la question n°3, nous entrons dans le vif du sujet, qui discute des questions doctrinales et morales. Bien entendu, la réponse aux questions doctrinales implique des arguments éxégétiques tirés du nouveau et de l’ancien testament. Le dogme de la Trinité, la divinité du Christ, sa mort sur la croix en rémission de nos péchés, tout cela est étayé par l’éxégèse.

Sans entrer dans les détails qu’implique l’exposition de la doctrine chrétienne, il est facile de se rendre compte du rôle important que jouera dans cet édifice, la théologie de saint Paul. Si la lecture de chaque théologien permet de comprendre la doctrine chrétienne, nul nous semble t’il, n’est plus à même de faire comprendre aux musulmans leur égarement que l’Apôtre des Gentils. (Et de faire revenir à la véritable Tradition les fils d’Israël qui n’ont pas abandonné la synagogue, ajouterais-je). Ce n’est pas un hasard si l’apologétique islamique cadre ses tirs sur la doctrine de saint Paul. En effet, son enseignement traite tous les points sur lesquels butent les musulmans, de la divinité du Christ à l’abrogation de la Loi mosaïque. L’axe principal de divergence entre les chrétiens et les musulmans est la personne du Christ et ses attributs, avons nous affirmé plus haut. Or les épitres de saint Paul, sont résolument centrées autour de la personne du Christ. Et, autre point qu’il est important de noter, ces mêmes épitres sont les plus anciennes pages doctrinales de la tradition chrétienne.

Un travail de qualité n’omettra pas de traiter des points secondaires de litiges entre l’islam et l’Eglise, comme par exemple, ce qui concerne Abraham, Ismaël et Isaac, et leur rôle dans ce que l’Eglise appelle l’Histoire du Salut.

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Héloïse et Abélard -1-

21-10 at 4:28 (Encyclopédie, Heurs et malheurs, Histoire, Lectures) (, , , , , , , , )

Héloïse et Abélard, d’Etienne Gilson.

Amour

« Eprouve moi, Seigneur, sonde moi, fais passer au creuset mes reins et mon coeur. »

Psaume XXV, 2

La nature d’Abélard telle que nous la révèle sa correspondance traduite par Etienne Gilson est un exemple de la description poétique de Vladimir Volkoff qui se représente l’homme « les pieds dans la glaise et la tête touchant la voûte céleste« . La vie d’Abélard est bien celle d’un homme aux instincts bas et aux aspirations hautes. C’est la luxure et l’orgueil qui poussent Abélard à ignorer l’idéal de continence qu’il tient de Sénèque et de saint Jérôme. « Vue du côté d’Abélard, la séduction d’Héloïse telle que lui-même la raconte fut une affaire assez basse […]. Pas la moindre trace de passion romantique dans son cas ; rien que de la luxure, comme il en convient lui-même, et de l’orgueil. Fortuna blandiens commodiorem nacta et occasionem : Héloïse est surtout pour lui une occasion trop commode pour la laisse échapper. Elle n’est pas laide de visage – facie non infima – voilà pour la luxure ; au moment où Abélard la rencontre, elle l’emporte déjà de bien loin par sa science sur toutes les femmes de son temps : voilà pour l’orgueil. » Ainsi que ce clerc, professeur de Théologie, manigance pour se rapprocher de sa proie. Il devient le professeur de la jeune fille et n’a pas de peine à la séduire.

Lorsque Héloïse tomba enceinte, Abélard l’enleva pour la cacher en Bretagne, où elle accoucha d’un fils, Asrolabe. Abélard résolu alors d’épouser son amante, et en demanda la main à Fulbert, l’oncle de la jeune fille, en précisant que le mariage serait tenu secret, afin que sa gloire n’en pâtisse pas, car un clerc, qui plus est, professeur de Théologie, se doit de se montrer digne de la vie cléricale, qui exige de respecter l’idéal de continence. C’est saint Jérôme de qui Abélard tire cet idéal. Il aurait pu également citer saint Paul : « Il est bon que l’homme s’abstienne de la femme ». Car qu’il s’agisse de Saint Jérôme ou saint Paul, qu’ils tirent leur doctrine respectivement de Sénèque ou de la Genèse, tous deux en arrivent à la même conclusion, qui fait de la continence l’état de vie le plus conforme à la nature de l’homme. L’Ecriture ne dit-elle pas sans ambage que « l’homme a été créé pour Dieu, et la femme pour l’homme »? Abélard aurait bien pu signer avec des siècles d’avance, cette phrase de Gustave Thibon qui fait de l’amour, « la servitude de l’homme et la grandeur de la femme ». D’autre part, par le mariage, l’homme ne s’appartient plus, il cède de son autonomie à sa femme. Abélard pense que la famille d’Héloïse s’estimera vengée de l’affront qui lui a été fait par ce seul mariage secret. Or l’affront est public, pas privé. La réparation devrait se faire au grand jour, pas dans le secret. Héloïse lui dépeint l’existence contradictoire qui sera la sienne après ce mariage, le bon sens lui crie que les témoins du mariage finiront certainement par parler, que Fulbert a intérêt à ce que ce mariage ne reste pas secret, mais rien n’y fait, Abélard n’entend plus renoncer à posséder Héloïse. Il ne peut plus se passer d’elle, au point de sacrifier à cette possesion son idéal et son autonomie, mais pas son orgueil.

D’après Gilson, c’est sur un malentendu que Fulbert fait châtrer Abélard, car ce dernier ne voulait certainement pas se débarrasser d’Héloïse en l’envoyant au couvent, mais plutôt n’entendait pas renoncer à sa gloire terrestre et souhaitait démentir les rumeurs qui disaient que les amants s’étaient mariés. L’on voit bien que la déchéance d’Abélard vient de la situation impossible dans laquelle il s’est mise.

« Pour ne pas se perdre dans la psychologie d’Héloïse, telle du moins que les documents permettent de la comprendre, il faut savoir que sa passion et celle d’Abélard avaient suivi des évolutions différentes. Au début, on ne trouve chez Abélard qu’un froid calcul au service d’une sensualité déchaînée ; puis on le voit entraîné par une passion violente, pour laquelle il accepte de se dégrader à ses propres yeux et, puisqu’il le faut pour sauver sa réputation, de fonder toute sa vie sur un mensonge. Du côté d’Héloïse au contraire, après une réddition totale qui semble s’être faite sans lutte, paraissent des hésitations et des scrupules dont la réalité ne saurait être mise en doute. » Pendant qu’Abélard cherchait un objet de sensualité, Héloïse en cédant témoigne d’amour humain. N’est ce pas elle qui avouera à son amant devenu entre temps son mari cette passion qui a pris possession d’elle dès le début de leur relation, ce sentiment qui lui a fait placer Abélard au centre de toutes préoccupations ? : « Jamais, Dieu le sait, je n’ai cherché en toi rien d’autre que toi ; te pure , non tua, concupiscens. Ce ne sont pas les liens du mariage ni un profit quelconque que j’attendais, ce ne sont ni mes volontés, ni mes voluptés, mais, et tu sais bien toi même, les tiennes, que j’ai eu à coeur de satisfaire. Certes, le nom d’épouse semble plus sacré et plus fort, mais j’ai toujours mieux aimé celui de maîtresse, ou, si Dieu me pardonne de le dire, celui de concubine et de prostituée. Car plus je m’humiliai pour toi, plus j’espérai trouver grâce auprès de toi et, en m’humiliant ainsi, ne ternir en rien la splendeur de ta gloire. »

Héloïse entra donc sur ordre de son mari au couvent, et sans qu’il y ait en elle la moindre trace de vocation, elle devint la première abbesse du Paraclet, pendant qu’Abélard devenait moine et recevait la prêtrise. On a vu Abélard tomber de son piédestal par la luxure et s’enfoncer dans les tribulations par son orgueil. Mais désormais, c’est un Abélard converti, grandi par l’épreuve qui écrit son histoire : « Par un juste jugement de Dieu, j’étais puni dans la partie de mon corps où j’avais péché. Par une juste trahison, celui que j’avais moi-même trahi m’avait rendu la pareille. » Dans la correspondance qu’il tient avec Héloïse apparaît alors souvent son désir d’entraîner sa femme dans son ascension spirituelle. « A partir de ce point en effet, Abélard ne cessera plus de grandir, car s’il ne fut pas tout à fait aussi grand philosophe qu’on voulait le lui faire croire, ni aussi grand théologien qu’il le croyait lui-même, il allait devenir aussi grand chrétien pour satisfaire à la fois Bernard de Clairvaux et Pierre le Vénérable. Ce n’est pas un médiocre succès. Mais il n’est que juste d’ajouter que, tendu comme lui-même l’était vers la perfection chrétienne, Abélard fit l’impossible pour y conduire Héloïse. » Abélard franchit les degrés de l’amour, il se montre chrétien en ce qu’il parvient à aimer Héloïse dans le Christ : Abélard touche la note juste qu’il ne perdra plus désormais, écrit Gilson : »A Héloïse, sa bien aimée soeur dans le Christ, Abélard son frère en Lui… Soeur qui me fut chère dans le siècle, à présent très chère dans le Christ. » En effet, poursuit l’auteur, « Jésus Christ est à Héloïse, puisqu’elle est devenue son épouse, mais Abélard aussi est à Héloïse, puisqu’ils ne font qu’un par le mariage. Tout ce qui est à Héloïse est à Abélard, et Jésus Christ même : « Nous sommes un dans le Christ, nous sommes une seule chair par la loi du mariage. Or le Christ est tien puisque tu es devenue son épouse… Aussi est-ce en ton appui, près de lui que je mets mon espoir, pour obtenir par ta prière ce que je ne peux obtenir par la mienne ». Quelle union plus totale, plus intime, plus haute et plus digne de la grande âme d’Héloïse Abélard pouvait-il encore lui offrir ? » Au moment où son mari se dévoue corps et âme à son salut éternel, Héloïse reste prisonnière de sa passion humaine. C’est ainsi qu’Etienne Gilson note que « la moindre parcelle d’amour de Dieu, semble t’il, serait pour elle autant de volé à l’amour exclusif qu’elle a voué pour toujours à Abélard, et qu’elle lui a totalement réservé. »

Abélard meurt l’an de grâce 1142, et Héloïse le suit dans la tombe 21 ans plus tard. « Ici finit l’histoire et commence la légende. On rapporte que, peu de temps après sa mort, Héloïse avait pris les dispositions nécessaires pour être ensevelie avec Abélard. Lorsqu’on ouvrit sa tombe et que l’on l’y déposa près de lui, il étendit les bras pour l’accueillir, et les referma étroitement sur elle. Ainsi contée, l’histoire est belle, mais légende pour légende, on croirait plus volontiers qu’en rejoignant son ami dans la tombe, Héloïse ait ouvert les bras pour l’embrasser. »

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Les racines de la pensée chrétienne

12-09 at 12:14 (Encyclopédie, Histoire, Philosophie, Théologie) (, , , , , , , , , , , )

La pensée chrétienne est avant toute chose théologique, et c’est ce qui fait qu’elle est chrétienne. Le point de départ de la théologie, c’est la foi. Sans foi, pas de théologie, et pas de philosophie chrétienne, puisque celle-ci est contenue dans la théologie. Or la théologie a besoin de la philosophie pour expliciter les vérités qui sont l’objet de son étude. Un théologien est nécessairement un philosophe. 

Ainsi les plus anciennes pages de pensée chrétienne qui nous soient parvenues sont celles du Nouveau Testament, des Evangiles aux Actes des Apotres. Même si leurs auteurs n’exposaient pas la leur doctrine, l’essentiel de leur enseignement étant oral, et les Evangiles ayant été écrit afin de rétablir la vérité sur la vie de Jésus, d’exclure les fables pieuses et moins pieuses qui avaient cours dans la chrétienté naissante, ces pages sont essentiellement théologiques. Saint Paul, les Apotres n’avaient probablement pas lu Platon, et même a supposer qu’ils l’aient lu, on ne peut pas dire que l’on en ait trouvé la moindre trace dans les épitres. Le centre de la théologie de saint Paul est le Christ, c’est a dire, dans ses yeux de chrétien, le Messie, le Rédempteur du genre humain, esperé par les Patriarches et annoncé par les Prophètes. De même, l’essentiel des discours de saint Pierre que nous relatent les Actes des Apotres, tournent autour de cet axe fondamental, qui fait de Jésus Christ l’incarnation des prédictions des Prophètes. C’est affirmer un lien particulier entre la doctrine professée par les patriarches et celle de ces premières pages de théologie chrétienne. Les romains ne s’y trompaient pas, qui instruits de la doctrine juive par des sages y associaient celle des chrétiens. Sénèque par exemple, fait souvent la confusion. La pensée de Hegel qui voulait faire du christianisme une synthèse de la théologie juive et de la philosophie grecque est infirmée par l’histoire, puisque les premiers chretiens qu’étaient les Apotres n’ont jamais tiré leur enseignement d’une quelconque philosophie grecque, mais bien de Jésus Christ seul, qui a parfait la Révélation que Dieu avait fait aux Patriarches. Pour adhérer a cette pensée d’Hegel, le chrétien est contraint de ne voir dans le catholicisme qu’une philosophie plus ou moins en rapport avec l’enseignement du Christ, ce qui est impossible aux yeux de sa foi.

Ce n’est que plus tard, avec la conversion de gentils de culture gréco-romaine que l’on voit la philosophie grecque s’insérer dans le cours des raisonnements des chrétiens. Pour expliciter la doctrine, Origène, Tertullien, et saint Augustin se servent des philosophies paiennes de Platon, et de Plotin. Le travail de relecture chrétienne de Platon par saint Augustin s’avère difficile, la philosophie de Platon s’écartant en des points essentiels de celle que sous tend la foi catholique. Saint Augustin nous a laissé un grand témoignage de philosophie chrétienne a travers le livre des réfutations, ou il expose comment la doctrine de Platon, qu’il avait fait sienne sur plusieurs points importants sans un discernement theologique suffisant, l’avait conduit a errer dans la Vérité.

Il y a une philosophie inhérente a la théologie. Il y a une philosophie, une psychologie paulinienne, qui se lit entre les lignes théologiques, c’est une certaine conception de l’homme et dela vie qui s’imprime avec et par la foi. La théologie dispose donc pour son oeuvre d’explicitation et développement de la doctrine, d’une philosophie qui lui est propre, mais cela ne veut pas dire qu’elle ne puisse pas utiliser une philosophie qui lui est étrangère. Ainsi, au XIII ème siècle, saint Thomas n’hésita pas a se  servir des terminologies et des raisonnements d’Aristote pour expliciter sa théologie. Ici il faut avoir bien a l’esprit les liens qui sont tissés entre la philosophie et la théologie dans la pensée chrétienne. Cette dernière peut etre théologique ou philosophique, mais dans le deuxième cas, elle n’est pas autonome, elle dépend toute entière de la théologie. A ceux qui accusaient saint Thomas, de meler l’eau de la philosophie au vin de l’Ecriture, ce grand théologien répondit : « Ceux qui recourent a des arguments philosophiques en Ecriture sainte, et les mettent au service de la foi, ne melent pas l’eau au vin, ils changent l’eau en vin ». Il faut bien comprendre la que la philosophie de saint Thomas n’est pas celle d’Aristote. Certes la philosophie de saint Thomas est aristotélicienne, mais elle n’est pas que cela.

Par exemple saint Thomas reprend le raisonnement d’Aristote concernant la necessité d’un premier moteur, comme cause première du mouvement. Mais le Dieu d’Aristote n’est pas le Dieu de saint Thomas. Et au dela, le Dieu des philosophes n’est pas celui des chretiens. Le Dieu des chrétien est connu avant tout par la Révélation, pas par le syllogisme philosophique. Le Dieu des chrétiens, c’est cet Etre en qui réside la plénitude des perfections. C’est ce Dieu qui s’est révélé aux premiers hommes, a Abraham, a Isaac et a Jacob, puis a Moise sur le mont Sinai. Celui qui a dit : « Je suis celui qui suis« . Un Dieu personnel, l’Etre en tant qu’etre, que seule la théologie juive a enseigné et connu par la foi et par la raison. La conception de Dieu de saint Thomas d’Aquin découle toute entière de l’Exode. Sa doctrine est explicitée avec l’aide des terminologies et méthodes syllogistiques d’Aristote, mais la substance de cette doctrine est dans l’antique théologie juive.

Certes, il y a dans la pensée grecque quelques points de rencontre avec la doctrine chrétienne, mais cela ne fait pas d’elle une pensée chrétienne. (Si tant est d’ailleurs que l’on puisse parler de philosophie grecque, puisque les Anciens n’ont jamais parlé d’une seule voix). Telles quelles les philosophies grecques ne sont pas chrétienne. Une philosophie ne mérite le nom de chrétienne que si elle se plie au joug de la foi qui répond a la Révélation. Les philosophies paiennes n’ont été christianisée que parce qu’elles ont été judaisées. Pour que l’eau de la philosophie grecque devint chrétienne, il fallut que des chrétiens la changent en un vin suave, celui de la Révélation.

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Mosaïsme intégral -2-

14-08 at 4:39 (Apologétique, Arabisme, Crise de l'Eglise, Heurs et malheurs, Histoire, Théologie) (, , , , , )

Passons sur les citations de l’Ancien Testament qui prouvent que Jésus Christ est bien le Messie, puisque nous sommes entre catholiques, mais permettez-moi chers lecteurs, un mot sur Saint Paul. Les disciples rationalistes d’Hegel ont vu dans le christianisme une simple synthèse, fruit de la fusion de la théologie traditionelle juive, qui faisait figure de thèse d’une part, et de la philosophie grecque, jouant le rôle d’antithèse d’autre part. L’enseignement du maître, respecté en tout point, produit un système naturaliste, qui ne pouvait satisfaire aucune intelligence catholique, aussi n’est-ce pas étonnant que les premiers à avoir discuté la théologie de saint Paul sous cet angle soient des protestants allemands. On peut légitimement penser que de là est venue cette façon de se représenter la théologie paulinienne comme un fatras de culture grecque, aux antipodes de tout judaïsme. Et les apologistes musulmans, s’ils contestent l’authenticité de l’Evangile de saint Jean, sont moins formels concernant les épitres de saint Paul, pourvu que l’on puisse en dire comme les théologiens hégéliens qu’elles sont radicalement opposées à la Loi judaïque. Cette opinion est donc bien majoritaire hors de l’Eglise et même dans l’Eglise, malheureusement. De la part des apologistes musulmans qui n’ont le plus souvent pas lu ni l’Evangile ni les épîtres de saint Paul qu’ils accusent, de tels propos sont excusables, mais rien dans les écrits de saint Paul ne permet d’affirmer que ce géant du christianisme ne se soit pas considéré comme dans la droite ligne de la doctrine des patriarches, ou qu’il ait tenté de démarquer celle-ci de celle de Jésus Christ. En disant de tout croyant qu’il est fils d’Abraham, saint Paul affirme bien que la foi des chrétiens est celle d’Abraham. Et saint Paul, fils de pharisien, très instruit des Ecritures, savait bien ce qu’il disait.

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