Droit de critique

25-04 at 12:32 (Encyclopédie, Futilités divertissantes, Lectures, Philosophie) (, , , , , , , )

1- Le procédé qui consiste à brosser un tableau général de l’histoire économique, à constater que globalement, la courbe de la productivité a crû de façon remarquable depuis la révolution industrielle, pour en venir à poser comme évident un lien de cause à effet entre le libéralisme et cette hausse de productivité est pour le moins simpliste, ce pour deux raisons. D’abord, parce qu’une hausse générale n’est pas une hausse absolue, et qu’il y a fort à parier que derrière ce tableau général, se cachent des particularités, des sommes de progressions et de régressions, qui nuancent un peu la couleur générale. Ensuite, parce que le lien de causalité que l’on veut nous faire observer n’est pas exclusif. Une fois qu’on a pris conscience de la complexité de la question, il reste à en soumettre l’examen aux historiens, qui se chargeront de déterminer les tenants et les aboutissants du problème. En l’absence de connaissances véritables et précises -et nous avouons le plus humblement possible que nous sommes dans ce cas- il est impossible de discuter de la question sans faire oeuvre de propagande (le mot n’est pas trop fort, car il s’agirait bien ici de mettre l’histoire au service d’une opinion préétablie en présentant une image déformée de la réalité *).

Mais puisque par ailleurs, nous nous attribuons quelque compétence dans le domaine philosophique, qu’il nous soit permis cependant de clarifier quelques concepts.  Si l’on définit le capitalisme comme une technique de production, et le libéralisme comme une doctrine économique capitaliste, il paraît hasardeux de déclarer celle-ci cause de la hausse de productivité plutôt que celle-là. Pour un libéral, la question est tranchée d’avance, puisque le bon rendement capitaliste, selon lui, est assuré par la libre concurrence. Plus celle-ci sera effectivement libre, et plus elle permettra de produire de richesses, et les bons rendements du capitalisme seront automatiquement attribués au libéralisme. Mais pour qui n’est pas encore acquis à la doctrine de la Concurrence Pure et Parfaite, la question reste entière, et l’histoire n’a pas dit ce qu’on voulait qu’elle affirmât. Et on a pu démontrer que celui qui se faisait passer pour un historien était en fait un économiste, ce qui n’a pas effet au meilleur chef de nous convaincre de la pertinence de son propos.

Par ailleurs, aurait-on tort de dire que le socialisme, comme le communisme d’ailleurs, n’a jamais été mis en oeuvre ? Il n’a pas manqué et il ne manque pas de sociétés qui se disent libérales. Mais y en a t’il eu une seule qui fonctionne ou a fonctionné véritablement selon le seul mécanisme de la libre concurrence ? Voilà une question d’histoire, et comme nous ne nous sentons aucunement capable d’endosser la responsabilité d’y répondre, laissons-la entière. En revanche, il semble difficile de nier que partout où le capitalisme a été introduit, il a su régler les problèmes de sous-production, et donc favoriser le bien-être. La société française en est un exemple parmi tant d’autres. C’est pourquoi nous voudrions avec toutes les réserves que notre incompétence en la matière exige, proposer la sentence suivante : à proprement parler, le libéralisme n’a pas produit plus de richesses que le communisme. En Occident comme en URSS, c’est le capitalisme qui a produit de la richesse ; en Occident, le capitalisme libéral, en URSS, le capitalisme d’état.

(à suivre)

_____________________

* L’appropriation de l’histoire permet au plus haut titre, de faire passer dans les masses au rang de dogmes les théories les plus discutables. Une fois brossé un tableau de l’histoire conforme à ce que la réalité devrait être pour qu’elle puisse appuyer une démonstration de la théorie que l’on entend prouver, ce tableau est d’autant plus efficace qu’il ne se prétend pas une démonstration, mais une évidence. L’histoire en effet, n’est pas à proprement parler, un argument. Elle est une description de la réalité, un modèle, et de tous les modèles possibles, elle est sans doute celui qui semble le plus conforme à son objet. L’histoire authentique est une science fort noble, qui n’a pas grand chose à voir avec le procédé dont nous parlons, et il n’est pas question ici de la mépriser, mais de constater combien, et combien plus que les sciences spéculatives, parce qu’elle fait voir des faits, et non des concepts abstraits, elle peut faire tourner la tête de ceux qui n’ont pas autant qu’il faudrait, le sens de la distance qu’il y a entre une science et son objet. Il n’est pas sans intérêt de constater que le scepticisme moderne a finalement débouché sur l’historicisme qui fait rage aujourd’hui, comme le scientisme emportait les plus grands esprits au XIXème siècle. Autrefois, le sceptique déclarait le réel inassimilable. Aujourd’hui, l’historiciste se l’approprie.

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أنطون سعادة

31-01 at 8:45 (Arabisme, Encyclopédie, Futilités divertissantes, Heurs et malheurs, Histoire) (, , , , , )

أنطون سعادة

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Convergence de points de vue

16-09 at 9:42 (Arabisme, Futilités divertissantes) (, , )

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Suggestions

12-06 at 4:28 (France actuelle, Futilités divertissantes, Heurs et malheurs, Philosophie, Télégrammes) (, , , , )

1 -La philosophie n’est actuellement enseignée que durant l’année de Terminale. Et le professeur se trouve ainsi en quelque sorte, en porte à faux vis à vis de ses élèves lorsqu’il tente de leur faire saisir que la philosophie est une matière beaucoup plus grande que la géographie moderne enseignée depuis le primaire, ou l’algèbre abstrait qui importune les élèves des sections littéraires jusqu’à leur baccalauréat. Pourquoi ne pas l’enseigner dès la seconde, afin de lui rendre la place qu’elle devrait naturellement occuper ? (Ou alors, avouer que l’école républicaine méprise la philosophie point final, au moins, ce serait clair)

2 -Une philosophie, c’est un système. Logiquement, on devrait donc dans l’Education Nationale, considérer que le travail des professeurs de philosophie est de faire connaître aux élèves les rouages des différents systèmes philosophiques, ou du moins, des principaux. Pourquoi la façon d’enseigner qui prévaut actuellement, est elle radicalement opposée à ce principe ? Les professeurs de philosophie soit qu’ils enseignent leur matière par grands thèmes (Amour, Politique, Vérité, etc…), soit qu’ils enseignent par auteur, en sont toujours réduits à présenter la philosophie comme un vulgaire agglomérat plus ou moins réussi de pensées éparses se recoupant parfois, et parfois pas. C’est tout bonnement lamentable. Le résultat est que les élèves savent vous exprimer en fin d’année un pauvre aspect de la pensée de Nietzsche sur le travail, et sont incapables de la replacer dans le contexte plus vaste de l’ensemble de la pensée Nietzschéenne. Il faut noter l’ignorance de ces élèves malgré leurs cours, car s’ils connaissent la pensée de Nietzsche sur le travail, ils ne connaissent que ça, ils ne connaissent pas Nietzsche, et ils ne savent même pas que la philosophie est un système. Bref ils ne savent rien. Plus fondamentalement, et lié aussi à cette mauvaise façon d’enseigner, on peut dire que les élèves n’apprennent pas à résonner. Résultat déplorable, car l’enseignement de la philosophie doit viser ce but. Tant qu’on ne voudra pas faire voir aux élèves les ressorts de la pensée des auteurs qu’on leur donne partiellement à lire, ils ne comprendront rien à la philosophie. On pourrait me répliquer que les plus intelligents d’entre eux surmonteront cet obstacle. Oui, mais le fait est que le but de l’enseignement n’est pas d’être un obstacle que les élèves doivent surmonter, mais une aide, que les intelligences doivent dépasser. Le plus souvent, pour ne pas dire toujours, parce que leur capacité déductive n’est pas exploitée, la capacité inductive des élèves ne progresse pas. Bref, les élèves sont incapables de penser, ce dans le cadre d’un dispositif pédagogique qui considère que l’élève possède le savoir comme le maître. C’est attristant, d’où ma suggestion de remplacer le plan pédagogique que ces idéologues universitaires ont conçu par un objectif affiché de faire connaître aux élèves les tenants et les aboutissants des différents systèmes philosophiques, et ce en quoi ils se contredisent. (Mais sinon, on peut aussi avouer tout bêtement que le but de l’école républicaine n’est pas de permettre aux intelligences de se développer, mais de former de bons citoyens bien dociles et parfaitement conditionnés par les idéologies régnantes)

3 -On pourrait coupler l’étude de la philosophie avec une autre matière, enseignée en parallèle, l’Histoire de la Philosophie. (C’est dur, je sais, parce que l’éducation nationale n’aime pas beaucoup plus l’histoire que la philosophie)

4 -Enfin, plus concrètement, on pourrait se baser sur une pensée de Simone Weil dans un de ses Cahiers, je cite : Identité du réel et du bien. Nécessité comme critérium du réel. Distance entre le nécessaire et le bien. Débrouiller cela. C’est de toute première importance. Là est la racine du grand secret, pour en faire un sujet de dissertation correct, ce qui n’a pas eu lieu depuis il y a fort longtemps. (J’ai trouvé ça hier en feuilletant le deuxième Cahier. De quoi mettre à son avantage la puissance métaphysique de l’attente des résultats du baccalauréat chez les lycéens)

Voilà. Si quelqu’un a dans son carnet d’adresses, celle de monsieur Darcos, je le remercie chaleureusement de bien vouloir lui toucher un mot de mes petites suggestions.

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Le sage doux

7-06 at 1:27 (Crise de l'Eglise, Futilités divertissantes, Heurs et malheurs, Lectures, Philosophie, Théologie) (, , , )

« Un sage très doux, de la Revue des Deux Mondes, nommé M. Janet, -doux nom !- personnage d’ailleurs important, appointé officiellement pour distribuer la sagesse, fait de charmants efforts en faveur de la Liberté de penser. Il voudrait délivrer cette aimable fille de ses accointances avec l’athéisme, qui induisent à mal parler d’elle; et même il ne serait pas fâché de lui donner, s’il pouvait, une certaine figure chrétienne. Je dis une figure ! M. Janet ne tient pas à lui changer le caractère. il trouverait même un peu malheureux qu’elle eût autre chose de chrétien que la figure; c’est à dire une partie de la figure, un profil par exemple. Car, toute la figure chrétienne, ce serait beaucoup! Quelquefois, la figure engage plus qu’on en croit; et la Liberté de penser, avec la figure toute, et toujours chrétienne, serait elle encore la liberté ? Mais un profil, à la bonne heure ! On a deux profils, pourquoi l’un des deux ne serait-il pas chrétien ? La Liberté de penser montrerait ce profil aux gens qui sont méticuleux sur la morale. M. Janet se croit lui-même un peu de ceux-là; il signale des allures de la liberté qui l’importunent, qui lui feraient presque peur, qui pourraient l’empêcher de terrasser comme il faut les spiritualistes, les mystiques, les hargneux catholiques, ennemis jurés des expansions de l’esprit humain. Ces timorés crient beaucoup, et ne sont pas sans légitime crédit; le profil chrétien leur fermerait la bouche. Que si pourtant c’est trop demander, et que la liberté ne puisse absolument pas prendre ce profil, alors qu’elle porte au moins une petite croix, -une croix à la Jeannette, -sur sa gorge nue. Beaucoup de dames adoptent cet ornement; il leur sert de profession de foi qui ne les gêne en rien. Elles vont ici et là, elles font ceci et cela; mais, quoi que l’on puisse dire, puisqu’elles ont la croix au col, il y a toujours moyen de répondre qu’elles sont chrétiennes.

Ayant donné ce sage et doux conseil à la liberté, M. Janet se tourne du côté des moralistes et des catholiques, et, avec la même sagesse et la même douceur, il entreprend de les convaincre que la liberté de penser rend à la morale et à la religion des services tout à fait éminents, tout à fait incomparables, tout à fait indispensables. Dans cette vue, il leur pousse honnêtement plusieurs séries d’arguments variés. Si ce n’est pas ce qu’il y a de plus nouveau, c’est du moins ce qu’il a voulu ramasser de meilleur. Ecrivain, ennuyeux au possible, mais homme de grande conscience, et toujours sage, et toujours doux ! Enfin, il arrive à la conclusion de toutes ses majeures, de toutes ses mineures, de toutes ses définitions et de tous ses dévidages : à savoir que le doute, soumettant tout à la critique, procure la seule preuve possible des vérités qu’il faut croire. Et lui-même, M. Janet, n’a pas suivi d’autre méthode pour se procurer le soulagement de croire à l’existence de Dieu, comme toute la rédaction de la Revue des Deux Mondes.

Ils nous disent tous, et tous les jours, beaucoup de chansons que l’on sait ; mais ils les disent si ennuyeusement, si tortueusement, si obscurément ! On y est toujours pris ; on croit toujours que des gens qui se donnent tant de peine vont accoucher d’autre chose. »

Louis Veuillot, Les odeurs de Paris, Livre V, La science.

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Maistre contre le féminisme

26-05 at 8:23 (Futilités divertissantes, Lectures) (, )

« Tu me demandes donc, ma chère enfant, après avoir lu mon sermon sur la science des femmes, d’où vient qu’elles sont condamnées à la médiocrité ? Tu me demandes en cela une chose qui n’existe pas et que je n’ai jamais dite. Les femmes ne sont nullement condamnées à la médiocrité ; elles peuvent même prétendre au sublime, mais au sublime féminin. Chaque être doit se tenir à sa place, et ne pas affecter d’autres perfections que celles qui lui appartiennent. Je possède un chien nommé Biribi, qui fait notre joie ; si la fantaisie lui prenait de se faire seller et brider pour me porter à la campagne, je serais aussi peu content de lui que je le serais du cheval anglais de ton frère s’il s’imaginait de sauter sur mes genoux ou de prendre le café avec moi. L’erreur de certaines femmes, est d’imaginer que, pour être distinguées, elles doivent l’être à la manière des hommes. Rien n’est plus faux. C’est le chien et le cheval.

[…]

Au reste, ma chère enfant, il ne faut rien exagérer : je crois que les femmes en général, ne doivent point se livrer à des connaissances qui contrarient leurs devoirs ; mais je suis fort éloigné de croire qu’elles doivent être parfaitement ignorantes. Je ne veux pas qu’elles croient que Pékin est en France, ni qu’Alexandre le Grand demanda en mariage une fille de Louis XIV. La belle littérature, les moralistes, les grands orateurs, etc… suffisent pour donner aux femmes toute la culture dont elles ont besoin.

Quand tu parles de l’éducation des femmes qui éteint le génie, tu ne fais pas attention que ce n’est pas l’éducation qui produit la faiblesse, mais que c’est la faiblesse qui souffre cette éducation. S’il y avait un pays d’amazones qui se procurassent une colonie de petits garçons pour les élever comme on élève les femmes, bientôt les hommes prendraient la première place, et donneraient le fouet aux amazones. En un mot, la femme ne peut être supérieure que comme femme ; mais dès qu’elle veut émuler l’homme, ce n’est qu’un singe. »

Joseph de Maistre, Correspondance à Melle Constance de Maistre (1808-1810).

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La vie dans le désert

23-05 at 2:52 (Arabisme, Futilités divertissantes)

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Allah, Assad et la Syrie

18-04 at 5:14 (Arabisme, Futilités divertissantes)

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Danza española n°5 – Andaluza

5-04 at 5:35 (Beauté, Futilités divertissantes, Hispanophilie, Musique)

Un enregistrement familial, une bonne interprétation.

(Egalement enregistrée dans la page Le coin des romantiques)

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