Humanisme hispanique

9-04 at 5:20 (Encyclopédie, Heurs et malheurs, Hispanophilie, Histoire, Lectures)

« Je tiens à le dire, la guerre civile espagnole fut une guerre anachronique, qui se rapprochait bien davantage du conflit franco-prussien de 1870 que de celui de 1914-1918 ! Dans les guerres modernes l’issue du combat dépend des moyens matériels mis en oeuvre : armes à tir rapide, artillerie de gros calibre, aviation par escadrons plutôt que par escadrilles, blindés de plus en plus lourds. Le facteur humain n’intervient la plupart du temps qu’en second ressort, comme serviteur des moyens matériels. Les qualités personnelles de l’individu ont aujourd’hui perdu, à la guerre comme ailleurs, de leur importance : un pleutre peut être un excellent serveur d’artillerie lourde, loin du front, et l’homme le plus lâche, enfermé dans son tank, n’a d’autres ressources que d’y rester jusqu’à la fin de l’action dans laquelle il se trouve engagé. Le béton des fortifications remplace la bravoure de ses occupants, et compense leur manque de mordant. l’infanterie n’a plus qu’un rôle épisodique : elle ne conquiert plus le terrain, elle l’occupe. La conquête revient aux chars, et encore, ceux-ci n’interviennent-ils que lorsque l’artillerie a écrasé ou chassé les défenseurs. Depuis que le cavalier chevauche un siège de véhicule blindé, la cavalerie, perdant son panache, a perdu sa magnifique influence psychologique. Plus n’est besoin d’officiers de cavalerie au courage légendaire puisque les hommes qu’ils entraînent sont réduits au rôle de chauffeurs, de mécaniciens, ou de presse-bouton d’armes automatiques. Seule, l’aviation conserve encore ses traditions de bravoure individuelle, bien que l’extraordinaire vitesse des avions modernes laisse aux appareils, et non plus aux hommes, le soin d’identifier, d’ajuster et d’abattre l’ennemi. De quelque côté que l’on se tourne sur le champ de bataille, la noblesse et la grandeur n’ont aujourd’hui plus cours. Une machine est tout au plus efficace : elle n’est jamais noble. Mais il n’en fut pas ainsi durant la guerre civile espagnole : nous manquions de machines ! Le matériel de guerre, même à l’époque de la plus forte intervention étrangère, ne dépassa jamais la quantité strictement nécessaire à la réalistaion des expériences intéressant les nations qui nous le fournissaient. Au commencement surtout, une dizaine de bombardiers passaient pour une flotte aérienne considérable ; et un seul canon à tir rapide devenait tour à tour un appui apprécié ou un bouclier rassurant selon que nous donnnions ou subissions l’assaut ! Notre infanterie, de même que celle des Rouges, n’était dotée d’aucune section de mitrailleuses : tout au plus possédait-elle une mitrailleuse par section ! Notre unité tactique n’était ni la division, ni la demi-brigade, mais le bataillon ! « C’est une guerre de capitaines », disait le capitaine Don Domingo Gasco, de qui je dépendais sur le front de Madrid ; et il avait raison. Je me souviens même d’un capitaine d’artillerie qui avait fait peindre sur tous les véhicules de sa batterie : « Bateria capitan Conde », l’équivalent de ce qu’eût été à l’époque de Napoléon Ier : « Bagages du prince d’Essling » ! Une colonne d’infanterie composée tout au plus de trois ou quatre bataillons, s’appelait pompeusement « Columna Barron », ou, chez nos adversaires, « Columna Asencio », du nom du capitaine qui la commandait : on eût dit qu’il s’agissait de « l’Armée Mangin » ou de « l’Armée Franchet d’Esperey ». Six chars d’assaut conduisaient une attaque d’infanterie et une batterie d’artillerie était à elle seule chargée de battre la totalité du terrain à portée de son tir…

Dans ces conditions, on comprendra aisément que le « facteur humain » fut le véritable et le seul facteur stratégique, technique, et même tactique, de cette guerre. Je crois et le déplore en même temps, que la guerre civile espagnole fut la dernière guerre dans laquelle un homme fut un homme, agit en homme, et sut mourir en homme. En ceci d’aileurs, réside la seule explication à notre invraisemblable victoire. N’oublions pas que, partis de rien, nous avons, en trois ans, reconquis le difficile territoire espagnol, malgré les masses humaines qui nous étaient opposées. Incontestablement mieux armées et mieux ravitaillées que nous, elles ne comptaient pas, par contre, de véritables « soldats », ni même d’officiers suscepibles de transformer leurs hommes en « guerriers », de les entraîner et de les encadrer. La défaite rouge ne fut le résultat ni d’une pénurie d’effectifs (le nombre de leurs troupes atteignait le double des nôtres), ni d’un manque de matériel, les « Démocraties » se chargeant de leur en fournir plus qui ne leur en fallait. Mais elle fut la conséquence, d’une part, du défaut d’esprit de sacrifice, indispensable dans une armée digne de ce nom, et d’autre part, de l’absence d’officiers capables de transformer ce matériel humain, abondant mais anarchique et indiscipliné, en un instrument de victoire efficace et conscient. »

Marcelo Gaya y Delrue, Combattre pour Madrid, mémoires d’un officier franquiste.

Avec l’extrait du même livre, Le mérite de la guerre civile, les deux posts forment un tout cohérent.

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Le mérite de la guerre civile

4-04 at 4:24 (Encyclopédie, Heurs et malheurs, Hispanophilie, Histoire, Lectures)

« Dans une guerre civile, chacun combat pour son idéal, qu’il s’agisse de convictions politiques comme c’était le cas pour les Rouges, ou de foi patriotique et religieuse semblable à celle qui nous animait. J’ai souvent entendu flétrir la guerre civile, sous prétexte que c’était une guerre « entre frères ». Mais tous les blancs ne sont ils pas des frères, et y a-t’il plus de différences entre un Anglais et un Allemand qu’entre un Galicien et un Andalou ? Dans une guerre internationale, l’individu anglais ne ressent aucune haine fondamentale pour l’individu allemand, car leur haine est essentiellement factice, puisqu’elle n’exprime que le résultat d’une propagande politique destinée à justifier une agression dont la logique n’est pas toujours très évidente au peuple. L’histoire des dernières décennies en fournit un certain nombre d’exemples irréfutables : en 1939, l’Allemagne hitlérienne et la Russie soviétique se donnent cordialement la main pour dépecer la Pologne ; mais deux ans plus tard, la Russie mesure la puissance du colosse germanique, comprend qu’elle a signé un marché de dupes et se prépare à attaquer l’Allemagne dans le dos. En 1939, l’idéal nazi et l’idéal communiste pouvaient collaborer. En 1941, l’idéal nazi est devenu exécrable aux yeux des soviétiques, alors que, par contre, l’idéal capitaliste occidental leur paraît brusquement tout à fait admissible. Et l’on assiste alors à l’alliance militaire et économique des Républiques Socialistes avec la démocratie ploutocratique américaine, et la démocratie monarchiste anglaise… Ce serait risible, si des millions de vies n’avaient payé ou racheté de telles tartufferies !

Dans une guerre internationale, chacun croit se battre pour un idéal ( généralement « la défense de la civilisation », comme si la civilisation était le patrimoine d’un seul pays !), mais en réalité, il se bat, sans le savoir, pour des raisons économiques. Dans une guerre civile au contraire, chacun se bat pour la cause qu’il s’est lui-même fixée puisque c’est en général volontairement qu’il prend les armes. Chaque combattant du parti adverse est son ennemi personnel, parce que ses théories sociales ou religieuses le blessent au plus profond de lui-même et tentent d’écraser les siennes. Les combattants d’une guerre civile tuent pour faire triompher leur idéal par la destruction de l’adversaire, tandis que ceux des guerres internationales ne tuent que parce qu’on les a mobilisés pour tuer ceux qu’on leur désigne. En définitive, c’est la personnalisation de la haine, qui, expliquant et justifiant l’usage des armes, anoblit une guerre civile. C’est pourquoi la guerre internationale a pu être codifiée, la guerre civile, non. »

Marcelo Gaya y Delrue, Combattre pour Madrid, (mémoires d’un officier franquiste).

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Du nationalisme allemand (Le malentendu national 2)

14-12 at 7:18 (Encyclopédie, France actuelle, Hispanophilie, Lectures)

Entendons nous sur l’expression « nationalisme allemand ». Je veux parler ici des diverses doctrines politiques pangermanistes qui ont eu cours dans les différentes provinces de l’Allemagne romantique. Celui des Discours à la nation allemande de Fichte, ou de certaines des oeuvres de Heine, par exemple.

J’ai laissé Alexis Arette pourfendre le nationalisme Jacobin français, ce qui formera avec ce post-ci un ensemble cohérent, car on ne peut pas parler de l’un sans égratigner l’autre. D’ailleurs, Fichte lui-même était un admirateur de la Révolution française, en bon disciple de Kant, ceci expliquant cela.

Une chose saute aux yeux de prime abord, c’est la déification du peuple allemand, qui absoudrait presque le chauvinisme français, ridiculement mesquin et innofensif en comparaison :

« De tous les siècles, tous les prudents et nobles coeurs qui passèrent sur la terre, dans toutes leurs pensées et toutes leurs aspirations lèvent leurs mains supliantes vers l’Allemagne, pour qu’elle sauve son honneur et son existence… En vous, ô allemands ! est le germe de toute perfection humaine et l’espérance de tout progrès. Si vous manquez à votre vocation, si vous périssez, mourra avec vous et pour tout le genre humain jusqu’à l’ombre de l’espérance de se sauver de l’abîme de la corruption… Par conséquent, il n’y a pas lieu de douter : si vous périssez, toute l’humanité perdurera sans l’espérance de se lever jamais ».

Sans commentaires.

D’autre part, et c’est là-dessus que je voudrais m’attarder, cette idéologie donne une définition de la Nation qui me paraît terriblement négative. On a pu voir le centralisme jacobin, avec sa volonté d’uniformisation de la France à cette époque très diversifiée (linguistiquement également) ; il se trouve que le nationalisme allemand exerça le même rôle sur les différents territoires allemands, qui s’ils présentaient une langue commune, n’en étaient pas moins divers sur des points autrement plus importants dans la vie d’un homme et partant, d’une nation. Lorsque je lis les innombrables auteurs du XIXème siècle allemands qui exaltent la place de la langue comme élément unificateur d’une nation, j’ai l’impression de relire un discours de quelque conventionnel bien français. Même Goethe n’est pas exempt de ce syndrôme. Si je suis bien évidemment présent pour dire que l’âme d’un peuple vit dans sa langue, je refuse de m’arrêter là et de considérer que l’âme d’un peuple ne soit vivante que dans sa langue. Marcel De Corte appelle ce phénomène, le gonflement de la partie en tout.

Hélas, le protestantisme sévissant depuis la Réforme en Allemagne du Nord a fait que la religion est passée au second plan. Un catholique est catholique avant tout, sa patrie spirituelle est sa première préocupation, ce qui ne pourra jamais être le cas d’un protestant, ou bien par accident. Dans le cas général, le protestantisme a toujours apporté une philosophie et un art de vivre qui s’oppose à l’Ordre Chrétien et toutes ces choses séculaires de la Tradition Catholique. Il y a la Weltanschauung protestante et la Weltanschauung protestante, un point c’est tout. L’Allemagne loin de faire exception à ce principe en a été au contraire une remarquable illustration, ne laissant pas d’autre choix aux théoriciens nationalistes (souvent de familles protestantes, vivants en athées accomplis) que de laisser la religion et la philosophie au second plan, et par là trouver un autre élément fédérateur.

Bien entendu, le processus matériel d’unification suit la même tangente simplificatrice et écrase méthodiquement la diversité. La prussianisation de l’Allemagne est une grande injustice non pas tant à cause de l’offense qu’elle représente pour l’Autriche, que pour cette déferlante systématique de l’état-centraliste dans la vie des chaque ancienne province. Rien qu’à lire ce que pensait un Goethe des prussiens, on a une idée de l’abstraction que peut être l’idée de peuple allemand à cette époque, même si comme le remarque Arette en sous entendu dans Le malentendu national, l’Italie ou la France présente plus de particularités additionnées que n’en ont jamais représenté les duchés allemands. Mais le système Autrichien d’allégeance et d’autonomie ne pouvait évidemment pas être retenu par des amoureux de la Révolution Etatique.

Le jacobinisme se souciait de créer un peuple français, le nationalisme allemand n’a pas eu tant besoin de le créer. Dans les deux cas, la toile de fond reste la même : faire des synonymes des mots nation et peuple. Un peuple c’est une nation pour les allemands, suivant la logique jacobine pour laquelle une nation, c’est un peuple.

Eh bien, je n’aurai de cesse de clamer le contraire. Sans se lancer dans des discussions théoriques, au demeurant passionnantes, quelques exemples pourront peut être éclaircir ce point. Je pense à la France féodale bien sûr, dont on nous pourra pas nier qu’elle fût une nation, toute formée de peuples différents qu’elle l’ait été, mais aussi à l’empire autrichien, celui qui prit par la suite le nom d’austro-hongrois, et qui s’effondrat en à sa capitulation en 1918, regroupant des peuples différents, slaves, hongrois, et germains bien sûr.

Si l’on admet la définition d’une nation comme communauté de destin, comme disait Thibon, alors on appréciera un modèle de gouvernement qui n’a pas grand chose à voir avec celui prôné par le nationalisme allemand. Dans le même sillage idéologique, à la racine même, on toruve le fameux droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, depuis tant utilisé pour critiquer les colonisations quelles qu’elles soient, et la française en particulier. Tout cela relève aussi d’une conception faussée de ce qu’est une nation : Une communauté de destin peut parfaitement s’établir sur deux continents, entre deux peuples qui n’avaient auparavant rien à partager. (Qu’on ne m’objecte pas les réserves matérielles à ce genre de vue, que je connais parfaitement, et qui sont hors sujet, puisque je ne parle que de principes généraux, et non de cas particuliers)

Revenons à cette conception allemande, justement. Une fois que les théoriciens romantiques eurent fait des mots nation et peuple des synonymes, comme nous l’avons dit plus haut, il ne manquait plus que l’on réduise la définition d’un peuple à son sang, sa race, pour que la concordance Nation-Race que l’on observe dans la doctrine national-socialiste soit possible.

Le sujet n’est pas sans intérêt, puisqu’il existe encore aujourd’hui ces diverses idées calamiteuses dans les pensées, les discours et les actes de certains hommes de « droite » (s’entendre sur le mot, là aussi, est devenu important) en France et dans le monde, ceux qu’Arette appelle les nationalitaires.

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L’Espagne vue par Thibon…

13-12 at 8:14 (Encyclopédie, Hispanophilie)

… au début du chapitre X des Entretiens avec Philippe Barthelet :

« J’ai connu l’Espagne assez tard, à 43 ans, en 1946 -et je suis en effet tombé amoureux d’elle. Et quand on est amoureux, il est naturel d’apprendre la langue de la femme qu’on aime… Si bien que j’ai appris l’espagnol, qui est aujourd’hui la langue étrangère que je parle le mieux, puisqu’il m’est donné de la pratiquer tous les jours.

L’Espagne de 1946 était très pauvre, très mal outillée : elle sortait d’une période de restrictions profondes, après la guerre civile, qui l’avait laissé exsangue, puis la guerre européenne, à laquelle elle n’avait pas participé, mais qui avait paralysé ses échanges avec le continent. A cette époque, le tourisme n’existait pas, on pouvait avoir infiniment plus qu’aujourd’hui un contact véritable avec le peuple.

On sentait la fierté dans toutes les classes sociales, le sentiment de l’honneur, le sens du contact humain, direct, le seul qu’ils connaissent et qui rapelle cette allégeance que Simone Weil admirait tant chez eux. Elle disait que la monarchie espagnole, par el serment d’allégeance, avait constitué un modèle, autant qu’un Etat politique peut l’être, avant l’arrivée des Bourbons…

Cette faculté de distance aussi, et de mépris. Il faut un pays comme l’Espagne pour y trouver une chapelle dédiée à Notre Dame du Mépris – nuestra Senora del Desprecio, en Estrémadure. Et un mépris qui, chez les meilleurs, n’est pas du tout mêlé d’envie -trop souvent, en effet, on feint de mépriser ce que l’on envie. Non, là-bas, les honneurs, l’argent, l’élévation sociale : pas d’importance.

Il me souvient d’avoir essayé de traduire à un jeune espagnol qui était venu chez moi apprendre le français, des vers de Victor Hugo sur l’Espagne. Hugo a parlé admirablement de ce pays, de son histoire et de son âme. Il y avait vécu enfant, et connaissait très bien l’espagnol (Pepita, « Dans cette Espagne que j’aime », « les grandes chambres peintes/Du palais Masserano ») et c’est dans cette langue qu’il tenait ses carnets intimes.

Dans Le Cid éxilé, il décrit les paysans qui entouraient le héros :

[…] Tels sont ces laboureurs. Pour défendre l’Espagne, / Ces rustres au besoin font plus que des infants ; / Ils ont des chariots criants dans la campagne, / Et sont trop dédaigneux pour être triomphants.

« Toute l’Espagne est là ! » s’exclama mon jeune interlocuteur… […]

J’ai voulu aussi visiter la Manche, le pays de Don Quichotte, et en particulier le Toboso, où Cervantès fait vivre Dulcinée, l’amor y la ilusion de Don Quixote, l’amour et l’illusion de Don Quichotte -illusion voulant dire à la fois illusion et espérance, ce qui montre à quel point l’espérance peut être trompeuse… « Espérance infondée », selon le dictionnaire…

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Le malentendu national

13-12 at 7:41 (Encyclopédie, France actuelle, Heurs et malheurs, Histoire, Lectures)

Je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de m’attaquer à l’idée nationale jacobine, ni même au nationalisme allemand qui à mon sens n’est qu’une variante historique et géographique de la même idéologie néfaste. Cette idéologie a bien duré (avec ses améliorations ou ses corrections successives) jusqu’à nos jours, et en a de beaux devant elle si j’en juge par ce que je vois aujourd’hui dans les milieux de droite (je ne nomme personne en particulier, suivez mon regard). Peut-être à l’occasion, développerai-je le sujet, sur des points qui me tiennent à coeur, et ainsi, à grands coups contre le droit des peuples à disposer d’eux mêmes, ainsi définirions-nous ce qu’est une nation, loin des fables qui ont court aujourd’hui.

Je me propose donc de relire ici quelques extraits du Malentendu national, d’Alexis Arette. L’auteur se présente lui-même comme un béarnais enraciné. Comme tel, il n’a pas abandonné son patois ; (Goethe disait déjà joliment en son temps que l’âme d’un peuple vit dans sa langue) et peut donc à l’occasion publier de charmants vers en béarnais, qui font revivre dans le coeur des lecteurs les sentiments qu’ils ont ressentis dans leur jeunesse, lisant certaines pages de Maurras par exemple.

Je laisse de côté les premières pages du fascicule, traitant d’histoire, certes passionnantes, mais pas tout à fait dans le vif du sujet qu’il me plait de relater. Allons ! Place au Béarnais, contre l’idée de la nation que se fait François Choisel, professeur à l’Institut Catholique de Paris :

« Je comprends que monsieur Choisel ait des faiblesses pour la fripouille conventionnelle. Danton ne s’autorisait-il pas comme lui, des « frontières naturelles » de la nation ? Ne réclamait-il pas à ce sujet l’annexion de la Belgique ? Je comprends aussi le rapprochement qu’il tente avec De Gaulle : comme lui, ne trouva-t’il aps asile en Angleterre après la fusillade du Champ de Mars, laissant les autres dans la mélasse ? Mais Jeanne d’Arc, par pitié, ne la mélangez pas avec ces citoyens, car elle faisait les distinctions naturelles aux âmes pures. Que dit-elle lors de son procès lorsqu’on lui demande son nom ? « Chez nous on m’appelait Jeannette, mais depuis que je suis en France, on me nomme Jeanne… »

Jeanne d’Arc avait la notion d’un « chez nous », c’est à dire d’un autre bien que la France. C’est probablement une chose que les citoyens Danton, De Gaulle et Choisel ne peuvent comprendre pour cause de frustration terrienne. C’est la différence qu’exprimait avec une grande clarté M. de Charette en disant : « Pour eux la patrie semble n’être qu’une idée. Pour nous elle est dans la terre. Ils l’ont dans le cerveau, nous l’avons sous les pieds, c’est plus solide ». (…)

Certes, je comprends très bien le souçi de François Choisel, et d’autres, de ne point défaire la nation, et j’ai le même souçi. Mais j’ai la certitude qu’on ne préserve pas l’ensemble si l’on commence à nier la réalité de ses composantes. Ce que lui appelle « les régionalismes à la mode », ce n’ets jamais que la volonté des patries diverses de garder une identité que la nation hypertrophiée ne garantit plus. La volonté identitaire est un fait, et, à l’extrême, les cas actuels des bandes rivales qui s’affrontent dans les banlieues procède de ce besoin qu’a l’homme de se distinguer par rapport aux autres. La nation n’est réussie que lorsqu’elle fédère les groupes humains dans ce que Gustave Thibon appelle « la communauté de destin ». « 

Après avoir rappelé quelques extraits de discours de Jean Paul II, Jean XXIII et Pie XII sur la question nationale, le béarnais continue de répondre au professeur :

« Monsieur Choisel ne serait-il pas plus meilleur enseignant républicain qu’enseignant catholique ? Plus que de Pie XII, n’ets-il pas proche du conventionnel Barrère qui, défendant ses idées apr l’exercice de la guillotine, déclarait en 1794 : « Nous avons révolutionné le gouvernement, les moeurs, les pensées ; révolutionnons aussi la langue : le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton, l’émigration et la haine de la république parlent allemand. La contre-révolution parle italien. Le fanatisme parle basque. Brisons ces instruments de dommage et d’erreur ! » (…)

[Citant Alexandre Sanguinetti :] « Sans centralisation, il ne peut y avoir de France. Il peut y avoir une Allemagne, une italie, parce qu’il y a une civilisation allemande, une civilisation italienne, mais en France, il y a plusieurs civilisations. Et elles n’ont pas toutes disparues, vous pouvez en croire un député de Toulouse ! » Si j’entends quelque chose à ce pathos, il signifie qu’il faut en finir avec les civilisations pour que la France vive ! L’impropriété des termes employés, et d’abord « civilisations » au lieu de « cultures » permet toutes les approximations. Mais sans insister sur l’énormité de l’erreur en ce qui concerne l’Italie, nation au moins aussi composite que la France [et l’Allemagne n’est pas trop en reste non plus, mais n’anticipons pas, n’anticipons pas], il faut présumer que les gens qui s’expriment de la sorte sont des idéologues parce qu’ils sont d’abord des déracinés qui devarient relire Barrès. Pourlécheur de surfaces, ayant perdu même la volonté de se ré-enraciner, ils transportent leur frustration sur la forme intellectualisée de la Nation. C’est ainsi que sans s’en douter, et même en se voulant pragmatiques, ils nous préparent un monde virtuel, loin des saisons, de l’humus et du bourgeon. Leur méconnaissance d’une langue locale restée terrienne les condamne aux jongleries du français politicien, et aux utopies qui ne sont que cohérences verbales. Il y a des mondes entre le nationalisme fédératif de Maurras et de Barrès et le nationalisme totalitaire de Sanguinetti et Choisel, qui paraît être la copie française du « Deustchland über alles« . Et si ses tenants barbottent encore dans les douves de l’Eglise, c’est en regrettant que Notre Dame se soit adressé en Bigourdan à la petite bergère de Lourdes.

La contradiction des nationalitaires tient à ceci : ils craignent, comme nous le craignons, l’impérialisme, le colonialisme, la planification d’un super-état à vocation mondialiste. Mais ce qu’ils redoutent pour la nation, ils l’appliquent à son bénéfice, pensent-ils, à l’encontre des minorités qui justement composent la nation. C’est ainsi qu’ils s’obstinent, à l’exemple des conventionnels, à nier les peuples de France, au profit d’un idyllique « peuple français » qui jamais n’exista. Les identités locales, qui conformément à la recommendation Romaine et au principe de subsidiarité, voudraient assumer les responsabilités propres à leur compétence, se verraient traitées comme la Vendée par Westermann ! Entre les landers allemands, les cantons suisses et les autonomies espagnoles, la république française se présente comme un corps qui a tout oublié et qui ne veut rien apprendre !

Les nationalistes dont beaucoup prétendent avoir lu Maurras et s’en inspirer, n’ont pas retenu cette phrase lapidaire qui dit tout : « Qu’est-ce que le fédéralisme ? Je ne puis mieux le définir qu’en disant qu’il est le contraire du séparatisme ». « 

A suivre, donc…

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Seigneurs d’Espagne

10-09 at 8:23 (Encyclopédie, Hispanophilie, Histoire, Lectures)

« Notre mouvement ne serait pas entièrement compris si l’on croyait qu’il n’est seulement qu’une façon de penser; ce n’est pas une manière de penser, mais une façon de vivre. Nous ne devons pas seulement nous proposer l’édification d’une politique, nous devons adopter dans toutes les manifestations de notre existence, dans chacun de nos gestes, une attitude profondément et entièrement humaine. Cette attitude, c’est l’esprit de sacrifice et de service, le sentiment spirituel et militaire de la vie. Ainsi donc que personne ne croit que nous venons faire des recrues afin de nous permettre d’offrir des prébendes; que personne ne croit que nous nous groupons pour défendre des privilèges. Je voudrais que ce microphone devant moi portât mes paroles jusqu’au dernier coin des foyers ouvriers pour leur dire : oui nous portons des cravates; oui, vous pouvez dire de nous que nous sommes des « hidalgos ». Mais justement nous apportons un esprit de lutte précisément, pour ce qui ne nous intéresse pas en tant qu’ « hidalgos »; nous entrons dans la lutte pour que beaucoup de notre classe s’imposent des sacrifices durs et pénibles, et, nous entrons dans la lutte pour qu’un Etat autoritaire puisse répandre ses bienfaits aussi bien sur les puissants que sur les humbles. Tels, nous sommes, ainsi que furent toujours les « hidalgos », d’Espagne. Ils parvinrent à la hiérarchie des seigneurs véritables parce que dans les terres lointaines comme sur le sol de notre Patrie, ils surent faire face à la mort, s’adonner aux tâches les plus rudes pour ce qui, du seul fait qu’ils étaient « hidalgos », aurait pu ne pas leur importer. »

José Antonio Primo de Rivera

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Blanc et Rouge

17-08 at 2:15 (Encyclopédie, France actuelle, Lectures)

Demi tour à gauche… droite !

Le XIX ème et le XX ème siècles ont vécu sur l’hypothèse gauche-droite. Pendant un siècle et demi en tout cas, on a cru savoir ce qu’on disait quand on utilisait ces termes, et pas seulement en France. En Angleterre, les Thories étaient à droite et les Whigs à gauche, jusqu’au moment où ils se sont laissés déborder par les Travaillistes.

Pour simplifier : la droite était conservatrice : le sabre et le goupillon ; la gauche, révolutionnaire : paix aux chaumières, guerre aux palais.

Dans ce sens, le slogan de la III ème république française  » Toujours plus à gauche, mais jamais au delà » avait un sens : la gauche voulait modifier les choses, mais pas trop. En fait elle voulait discréditer la droite pour prendre sa place : Ote-toi de là pour que je m’y mette. Elle a réussi. Dès qu’on a des palais, on se garde de leur faire la guerre.

D’où un glissement perpétuel, qui fait que les véritables partis de droite sont des espèces disparues et que ce qui passe pour à droite maintenant aurait été stigmatisé comme une dangereuse faction d’extrême-gauche il y a cinquante ans.

Cet aperçu de la situation se complique, du moins en France, du fait que la gauche au pouvoir gouverne un tant soit peu à droite, et que la droite au pouvoir gouverne à bride abattue à gauche, et, partout dans le monde, du fait que, par un merveilleux tour de passe-passe, la désinformation comuniste a réussi à faire passer le monstrueux national-socialisme pour un parti de droite, ce que la droite elle-même a gobé. Détails.

Au point où nous en sommes arrivés maintenant, j’entends au début des années 90, les mots « gauche » et « droite » ont perdu toute signification. La surenchère sur la notion de « gauche » a triomphé lorsque Boris Elstine, partisan d’une économie de marché, donc de la constitution d’une bourgeoisie, au demeurant nationaliste russe, et favorable à l’Eglise orthodoxe, a dénoncé le putsch communiste d’août 1991 comme une manoeuvre… de droite ! Le Monde, d’ailleurs a sanctionné cette terminologie. Elstine est donc à gauche avec Mitterrand, les putchistes d’août 1991 à droite, sans doute avec Reagan. On se demande où est le communisme réformateur de Gorbatchev dans ce musée Grévin de la politique ?

Pour ajouter à la confusion, il ne faut pas oublier que le mot « libéral » en français est maintenant l’antonyme absolu du mot « libéral » en américain, puisque les « libéraux » français sont, plus ou moins, à droite, tandis que les « liberals » américains sont résolument à gauche.

Faut-il, pour clarifier les idées, parler d’une « sensibilité de gauche », ou « de droite », la première étant plus portée aux réformes, la seconde à la défense de l’ordre établi ? Je l’ai longtemps cru, et je pensais que la distinction se cristallisait heureusement autour de ces deux citations : « Je préfère une injustice à un désordre » (Goethe) – « Tu ne supportes pas l’injustice : pour toi, c’est le seul désordre » (Eluard). Mais lorsqu’on sait qu’Eluard parlait aussi du « coeur d’amour » de Staline, on s’aperçoit qu’appliquée à la politique, la notion même de sensibilité ne signifie pas grand chose. D’ailleurs il suffit qu’un régime « de gauche » s’instaure où que ce soit pour qu’il devienne ennemi de toute réforme, les siennes une fois faites, si bien qu’on en arrive à cette définition ubuesque : tout parti au pouvoir est de droite, tout parti de l’opposition est de gauche. Le caméléonisme politique va peut-être jusque là, mais ca ne clarifie en rien le vocabulaire.

Peut-être ce carroussel de la gauche et de la droite, l’une venant à chaque instant remplacer l’autre, signifie t’il simplement qu’il est temps de renoncer à ces notions transitoires, qui ont pu avoir leur utilité dans le monde de la révolution industrielle, mais qui ne correspondent plus à rien, à une époque où il n’y a plus, politiquement, ni d’aristocratie féodale, ni de prolétariat révolutionnaire, mais, en Occident, tout un camaïeu de bourgeois nantis-appauvris, et, à l’échelle du monde, deux catégories qui s’appellent en jargon moderne les « have » et les « have nots ».

Dans cette perspective, y aurait-il quelque utilité à revenir sur une autre distinction, peut-être plus ontologiquement juste – je ne fais ici que jeter cette idée en l’air- les Blancs et les Rouges ?

Les Blancs sont du côté de l’Etre, les Rouges du côté de l’existence.

Les Blancs sont pour ce qui précède le choix, les Rouges pour le choix.

Les Blancs sont pour le Dieu-Homme, les Rouges pour l’homme-dieu.

Les Blancs croient en un Ordre et une Justice, d’ailleurs inséparables, les rouges veulent imposer leur ordre et leur justice.

Les Blancs sont des constructeurs, les Rouges des destructeurs.

Les Blancs sont pour l’éternité, les rouges pour l’occasion.

Le Blancs cèdent leur place dans le métro, les Rouges le couvrent de graffiti…

On pourrait continuer.

J’ai toujours récusé l’étiquette « homme de droite » : je sentais qu’une veste qui la porterait me gênerait aux entournures.

Je ne récuserais pas la griffe  » Blanc ».

Vladimir Volkoff.

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