Matérialisme historique

7-05 at 6:28 (Beauté, Encyclopédie, Histoire, Lectures) (, , , , , , , , )

On pourrait penser, à juste titre, que les églises romanes ont des proportions plus harmonieuses, et que l’atmosphère qui en émane est plus recueillie, il n’empêche que le texte ci-dessous n’est pas sans avoir une certaine âme :

« De même que l’esprit chrétien se retire dans l’intérieur de la conscience, de même l’église est l’enceinte fermée de toutes parts où les fidèles se réunissent et viennent se recueillir intérieurement. C’est le lieu du recueillement de l’âme en elle-même, qui s’enferme aussi matériellement dans l’espace. Mais si, dans la méditation intérieure, l’âme chrétienne se retire en elle-même, elle s’élève, elle s’élève, en même temps, au dessus du fini; et ceci détermine également le caractère de la maison de Dieu. L’architecture prend, dès lors, pour sa signification, indépendante de la conformité au but, l’élévation vers l’infini, caractère qu’elle tend à exprimer par les proportions de ses formes architectoniques. L’impression que l’art doit par conséquent chercher à produire est en opposition à l’aspect ouvert et serein du temple grec; d’abord celle du calme de l’âme qui, détachée de la nature extérieure et du monde, se recueille en elle-même, ensuite, celle d’une majesté sublime qui s’élève, qui s’élance au delà des limites des sens. Si donc les édifices de l’architecture classique en général, s’étendent horizontalement, le caractère opposé des églises chrétiennes consiste à s’élever du sol et à s’élancer dans les airs.

Cet oubli du monde extérieur, des agitations et des intérêtes de la vie, il doit être produit aussi par cet édifice fermé de toutes part. Adieu donc les portiques ouverts, les galeries qui mettent en communication avec le monde et la vie extérieure. Une place leur est réservée, mais avec une toute autre signification, dans l’intérieur même de l’édifice. De même la lumière du soleil est interceptée, ou ses rayons ne pénètrent qu’obscurcis par les peintures des vitraux nécessaires pour compléter le parfait isolement du dehors. Ce dont l’homme a besoin, ce n’est pas de ce qui lui est donné par la nature extérieure, mais d’un monde fait par lui et pour lui seul, approprié à sa méditation intérieure, à l’entretien de l’âme avec Dieu et avec elle-même.

Mais le caractère le plus général et le plus frappant que présente la maison de Dieu dans son ensemble et ses parties, c’est le libre esssor, l’élancement en pointes, formées, soit par des arcs brisés, soit par des lignes droites. Ce libre élancement qui domine tout et le rapprochement au sommet constituent ici le caractère essentiel d’où naissent, d’un côté, le triangle aigu, avec une base plus ou moins large ou étroite, d’autre part, l’ogive, qui fournissent les traits les plus frappants de l’architecture gothique…

L’ogive, dont les arcs semblent d’abord s’élever des pilliers en ligne droite, puis se courbent lentement et insensiblement, pour se réunir en se rapprochant du poids de la voûte placée au dessus, offre l’aspect d’une continuation véritable des pilliers eux-mêmes se recourbant en arcades. Les piliers et la voûte paraissent, par opposition avec les colonnes, former une seule et même chose, quoique les arcades s’appuient aussi sur les chapiteaux d’où elles s’élèvent.

La tendance à s’élever devant se manifester comme caractère principal, la hauteur des pilliers dépasse la largeur de leur base dans une mesure que l’oeil ne peut plus calculer. Les pilliers amincis deviennent sveltes, minces, élancés, et montent, à une hauteur telle que l’oeil ne peut saisir la dimension totale. Il erre ça et là, et s’élance lui-même en haut, jusqu’à ce qu’il atteigne la courbure doucement oblique des arcs qui finissent par se rejoindre, et là se repose; de même que l’âme, dans sa méditation, d’abord inquiète et troublée, s’élève graduellement de la terre vers le ciel, et ne trouve son repos que dans Dieu. »

G.W.F. Hegel, Esthétique, 3ème partie.

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29 commentaires

  1. Lapinos said,

    La différence entre Hegel et Marx est bien sûr là aussi. C’est d’ailleurs par ce biais, en tant qu’artiste, que j’en suis venu à découvrir le catholicisme profond de Marx et Engels.

    La différence, c’est que, contrairement à Hegel, Marx sait LE TROPISME MORTEL de la musique et se bouche les oreilles. Marx, comme Aristote, François Bacon, a lu Homère.
    Dans leur critique d’art, même si elle est assez peu développée, n’importe, Marx et Engels font un véritable carnage de poètes, jansénistes en particulier, ou, plus exactement, ils résolvent leurs petites équations, leurs ellipses à néant.
    La musique est un trou noir. Celui-ci ne se démontre d’ailleurs que par la musique, comme le « Big-Bang ».

    Pour que la cathédrale néo-gothique de Hegel tienne, il est obligé de faire comme Rémi Brague et postuler que l’art romain, ou Socrate à la limite, représente un sommet. C’est pour ça que son édifice s’effondre et que Hegel ne peut le replâtrer à coup de consensus comme Brague : parce que Hegel sait que la dynamique de l’art romain vient d’Athènes. Il sait que les « nazaréens » ne sont que de pâles pastiches de la Renaissance. Est-ce qu’il n’est pas cocasse que l’artiste hégélien le plus « crédible »
    soit le stalinien « génial » Pablo Picasso. Dans lequel les officiers nazis n’avaient pas tort de reconnaître un « maître ».

    G.W.F. Hegel est à la philosophie romaine et médiévale ce que la cathédrale de Beauvais est à l’art gothique : le symbole de son orgueil et que la peur du diable s’achève dans le pacte avec Lucifer. Vous feriez bien avant de vous joindre à la cohorte des petits suppôts sectateurs de Hegel de constater dans quel marais vous avez mis les pieds : Kierkegaard, Nitche, Heidegger, Horkheimer, Adorno, Bachelard, Ellul, Popper, Arendt, Husserl (Edith Stein a fui au dernier moment), Bergson… la liste est longue des possédés, héritiers directs ou indirects de Hegel et Kant.

    Ce que le Nouveau Testament enseigne au plan de la démonologie, c’est que ce sont les possédés, les tarés, les fous manifestes qui éprouvent le plus grand besoin de se rapprocher et de le toucher. Les petits possédés, Saduccéens, scribes ou Pharisiens, s’en écartent. Ils lapideront ensuite Etienne.
    Comme si Dieu vomissait aussi d’abord les démons tiédasses.

  2. Lapinos said,

    1. L’histoire selon Hegel est le résultat d’un mélange de scolastique médiévale désuète (E. Kant) et d’esprit des « Lumières françaises » altéré (qu’on retrouve chez Goethe également).
    Autrement dit, pour simplifier, l’Allemagne n’est jamais véritablement sortie, au plan des idées, du moyen âge. La condamnation sans appel des « Droits de l’Homme » par Marx n’est pas seulement une condamnation de principe du droit « égalitaire » mais découle aussi du constat qu’un siècle après que cet idéal a été mis en avant en Angleterre, puis en France, il n’est plus possible de ne pas le considérer comme un simple slogan hypocrite ; les conditions de vie des ouvriers en Angleterre suffient à elles seules à discréditer les « Droits de l’homme » aux yeux de Engels et de Marx, beaucoup plus proches de Dickens ou Balzac que de Montesquieu ou Diderot, comme on a coutume de dire parfois.

    2. L’histoire selon Rémi Brague, quant à elle, typiquement « germanique » (et l’Espagne ou le Nord de l’Italie sont très « germaniques »), est le produit d’un consensus artificiel entre le parti laïc athée ou agnostique, largement dominant aujourd’hui, et le petit parti démocrate-chrétien « qui fait là où on lui dit de faire ». L’accord consiste à se répartir l’histoire, jusqu’au moyen âge pour les chrétiens, avec Thomas d’Aquin, pris comme « sommet de la pensée chrétienne », sommet dépassé aux yeux du parti laïc par la Renaissance que la propagande d’Etat laïque et capitaliste a repeinte en phase d’émancipation vis-à-vis de l’Eglise et de la théologie, partage et thèse absurdes au sens de la dynamique historique.
    Entre Rabelais ou même Voltaire et un intellectuel laïc contemporain, Onfray, Ferry ou même Sartre, il n’y a AUCUN rapport : autant Sartre ou Ferry sont tournés vers la philosophie archaïque allemand, autant Voltaire est tourné vers la science moderne anglaise (même s’il a commis des erreurs d’appréciation, notamment à propos de Newton).

    3. Le même consensus qui détermine Brague est résumé par celui qui consiste à faire de la Révolution française une période charnière, en bien d’un côté comme en mal de l’autre. La dictature napoléonienne reprend en réalité beaucoup de principes mis en avant dès le début du XVIIe siècle en Angleterre et va également à rebours des idées de Voltaire ou Rousseau, dont les effigies sont peut-être idolâtrées, mais les idées bafouées.
    Aussi défectueuse soit la religion de Voltaire (qui m’a appris beaucoup plus que n’importe quel clerc contemporain), cette religion n’est pas le marécage bourbeux de l’athéisme boche de Nitche, Michel Onfray ou Sartre (Je rappelle que Voltaire a raillé la théologie de Leibniz, à qui le XIXe siècle industriel a restitué toute sa dignité, y compris en France – qu’on fasse lire « Candide » dans l’Education nationale est une chose, qu’on le traduise correctement du français au français en est une autre.)

    4. Marx n’a pas été dupe de la légende dorée ou noire de la Révolution française, comme sa comparaison précise de la Révolution française avec sa cousine britannique le prouve, écartant le facteur idéologique en tant que facteur principal, des deux côtés de la Manche.
    En revanche, et c’est sans nul doute sa généalogie allemande et son éducation protestante qui l’expliquent, Marx a mis un certain temps à comprendre que la foi de François Bacon est indissociable de sa science physique, comme la foi d’Aristote est indissociable de son art ; idem pour Michel-Ange ou Raphaël. En quelque sorte Marx vérifie l’adage de Bacon (alias Shakespeare) comme quoi « Beaucoup de science mène à Dieu ».

    5. Si on peut dire de la Renaissance -ou de l’humanisme- qu’elle s’émancipe de la religion, en revanche elle ne s’éloigne pas de la « théologie », bien au contraire. Là réside bien sûr la clef du consensus entre les avocats du parti clérical et ceux du parti anticlérical dont se prévaut R. Brague (dans « La Voie Romaine »).
    Le progrès de la Renaissance consiste à substituer à l’idée latine archaïque et patrimoniale d’Europe géographique, posée sur la Méditerranée, un Occident « cosmologique », une « Histoire céleste » bien plus évangélique et théologique que le christianisme temporel sur lequel Hegel est fondé.

    Quand Benoît XVI parle de « dissidence », je dis que c’est de la poudre aux yeux. Quand Jean-Paul II dis : « N’ayez pas peur ! », je demande pourquoi il craint tant de se détacher des principes scientifiques unitariens et antitrinitaires ?? Est-ce que Bacon, Marx, Engels ou Simone Weil ont à recevoir des leçons d’une bande de planqués papistes-boutinistes ? Planqués derrière leur ignorance, leur pacte Atlantique et leurs petits principes moraux à deux balles. Ils feraient mieux de se demander si eux-mêmes ne sont pas sur le parvis de l’Eglise.

  3. La voix dans le desert said,

    Emmanuel Kant scolastique, l’Espagne germanique, la science antitrinitaire, des dissidents papiste-boutinistes, la foi chrétienne de Marx… J’ai compris : vous êtes dans la quatrième dimension.

    Tout s’éclaire à présent.

  4. Lapinos said,

    – Parfaitement, Kant tente en grande partie de prolonger la scolastique, tous les étudiants en philo. savent ça. Pourquoi croyez-vous que Kant est un des philosophes les plus étudiés dans les séminaires français (ce que je trouve personnellement scandaleux et explique en partie l’indigence intellectuelle du clergé et pourquoi il y a des branleurs qui n’hésitent pas ensuite à faire l’éloge de la morale satanique de Nitche en chaire) ?

    Vous défendez la théorie de l’âme : mais la chienlit romantique c’est exactement ça, une théorie de l’âme. De là vient l’hostilité des catholiques français vis-à-vis de l’Allemagne au XIXe siècle, de ce qu’ils se rendent compte que le romantisme, le sentimentalisme germanique révulsant est en train de déborder sur la France et d’envahir toute l’Europe.
    Renseignez-vous, crétonnerre, et vous verrez ce que les Grecs pensent de la « passion ». Le simple fait du romantisme suffit à prouver que les Boches n’ont rien compris à la Grèce à de très rares expressions.

    – L’Espagne est assez disparate, elle a aussi été influencée par l’islam, mais le côté « allemand » de Madrid saute aux yeux. D’ailleurs si de Gaulle est un pitoyable guignol, un manoeuvrier, Franco lui fait bien partie au même titre qu’Hitler et ses généraux de l’espèce des soldats (même M; del Castillo est obligé d’admettre qu’il est sans doute le plus grand stratège européen du XXe siècle). Personnellement, en tant que catholique et donc pacifiste, je condamne absolument et sans concession le recours aux armes, les croisades et autres récupérations démoniaques de la théologie ; en tant qu’il se bat à cent contre un, je tiens même Ben Laden pour moins certainement voué aux flammes de l’enfer que ses adversaires qui larguent du ciel des bombes sur des innocents et osent se dire « chrétiens », traînant ainsi les Evangiles dans la boue.

    – Marx a été baptisé.
    – Seul un béotien peut ignorer la détermination en grande partie théologique de Newton et de toute science en général. La « neutralité scientifique » est une idéologie, qui dissimule d’ailleurs souvent une hypocrisie extrême.

  5. La voix dans le desert said,

    Que « Kant tente en grande partie de prolonger la scolastique », ne prouve pas que la philosophie de Kant mérite l’appelation de scolastique, point sur lequel portait mon commentaire. Mais bon, la logique, c’est un truc judéo-boche, sans doute ?

    Que Marx ait été baptisé (chez les protestants si je en m’abuse, ce qui pose la question de la validité du baptême en question, ceci dit en passant), ne fait pas de lui un penseur chrétien, à moins de jouer sur les mots. Mais vouloir que les mots signfient quelque chose, c’est sans doute un tic de crétin quantique, ou d’une autre espèce de crétin.

    Que la chienlit romantique soit aux antipodes de la Grèce antique personne, en tout cas, pas moi, ne vous contestera. Mais cela n’a rien à voir avec une quelconque théorie de l’âme, mais alors rien à voir. Dites, pour rire, vous l’avez lu, le De Anima d’Aristote ?

    Que l’Espagne soit asse disparate, je ne conteste pas non plus. Mais en faire un mélange d’islam et d’Allemagne, c’est pour le moins bouffon. Et si Franco -Gloire à lui d’en avoir fini et dans le sang, avec la furie révolutionnaire !- est un soldat, tous les soldats ne sont pas non plus des allemands. Le pacifisme est une idéologie encore plus répugnante que l’idéologie guerrière. Et surtout, il n’a rien de chrétien, ne vous en déplaise. Amusant comme vous, qui rejettez de toutes vos faibles forces la morale, ce pur produit du judaïsme selon vous, vous attachez à nous prêchez une autre morale, celle-ci qui se prétend surnaturelle (catholique) et qui n’est même pas naturelle. Cerise sur le gateau, on a même droit à une défense de Ben Laden, summum de réthorique, où lon apprend que ses fautes ne sont pas si graves que cela, puisque les yankees pèchent davantage. On admirera le jugement, pourtant interdit par la morale chrétienne -Dieu seul sonde les coeurs- et la crétinerie du propos.
    O tempora, o mores !

  6. Spendius said,

    Vous savez Lapinos, « j’ai des amis qui s’y connaissent vachement et qui m’ont dit que » vous êtes un con. J’ai pas de liens wiki sur moi là, malheureusement.

    Lu, La Voix. J’ai oublié de vous visiter récemment – il faut améliorer le côté promo hein, parce qu’à force de faire l’anachorète dans la réacosphère, on oublie que vous êtes là.

  7. Spendius said,

    Pff, elles sont nazes mes vannes là. Faut que j’aille dormir.

  8. Lapinos said,

    – « Scolastique » est un terme général ; elle n’est honnie de Rabelais ou François Bacon que dans ses abus, le branlement monastique et clérical qui se prolonge jusqu’au XVIIe siècle.
    Siger de Brabant ou Averroès ont raison, l’art grec le confirme, Aristote privilégie ce qui est « immédiat » sur ce qui est « médiat » ; sa méthode, comme celle de Bacon, privilégie la vision et réserve à la réflexion la seule rhétorique. C’est parce que la philosophie de Kant est obsédée par le psychisme qu’elle est pleine d’algèbre et de syllogismes, et que Kant ne parvient pas vraiment à intégrer l’intuition ou la prophétie à son système.
    – Ce n’est pas seulement le romantisme qui est « anticlassique », mais la période baroque auparavant. Et le romantisme comme le baroque sont indissociables d’une croyance en l’âme. Cette noria de penseurs judéo-boches au XIXe siècle, fascinés par l’animisme bouddhiste, ça n’a rien d’étonnant. Et MEME Hegel. Hegel est le plus rusé parce qu’il dissimule sa psychologie derrière une théorie de l’histoire en principe incompatible avec la statique algébrique (disons pythagoricienne), mais en réalité Hegel lui-même est « cyclique » ; les penseurs dits « existentialistes », « hégéliens de gauche » ou « de droite » sont en réalité des imbéciles incapables de comprendre que leurs spéculations dérivent d’une scolastique sclérosée, et qui plus est ont dépouillé Hegel du progrès, c’est à dire de sa ruse (le crétin Kierkegaard au premier chef).
    – Permettez-moi de vous dire que je me tamponne pas mal de la question de la validité du baptême de Marx quand Benoît XVI en est à s’inspirer de philosophies telles que celles de Horkheimer, Adorno, Popper, etc., dont la débilité profonde, si ce n’est le satanisme, est à peine dissimulé ; quand j’entends régulièrement la morale du suppôt de Satan Frédéric Nitche prônée en exemple par des curés ; il serait moins choquant d’entendre Mahomet cité en exemple.
    Le corbeau est envoyé en mission par Noé, et comme celui-ci ne revient pas, il envoie une colombe qui remplit cette mission que le corbeau a délaissée. Marx ne dit pas : « Dieu est mort ! » comme Nitche ou Sartre, Feuerbach, mais : « L’Eglise romaine est morte, c’est une synagogue de Satan remplie de pharisiens ». Marx est même le seul à ma connaissance à avoir réfuté la thèse de Feuerbach dans sa conclusion narcissique que Dieu ne fait que refléter l’homme (sachant que Nitche, Freud ou Sartre ne méritent même pas d’être réfutés tant ils sont grotesques).

    – Je ne glorifie nul guerrier, jamais, aucun. Je suis convaincu que j’irais en enfer si je le faisais. Et je serais bien le dernier à parier sur la gloire de Bernard de Clairvaux ; la Gloire est pour Israël et le Salut pour Sion.
    Cela ne m’empêche pas d’être capable de distinguer un guerrier lâche qui n’affronte pas son adversaire directement mais largue des bombes sur des civils désarmés (un théoricien chrétien qui veut justifier une telle abomination devra en passer par des syllogismes encore plus foireux que ceux d’Einstein), d’un autre qui se bat à l’arme blanche, le genre Godefroi de Bouillon ou Ben Laden.

    – Les petits bourgeois crétins, le genre militant sarkozyste ou boutiniste, qui se réclament de la croisade contre Ben Laden, n’ont même pas les couilles pour la plupart d’aller se promener dans la cité de Creil ou de la Courneuve ! Les directeurs des consortiums pétroliers qui télécommandent l’armée française en Afghanistan, par exemple, se gardent bien d’y envoyer leurs gosses comme faisait l’élite bourgeoise autrefois (et comme la reine d’Angleterre continue de faire) ! Personne n’est dupe qu’il s’agit de préserver les richesses de l’Occident yanki ou européen, quitte à piétiner s’il le faut le Nouveau Testament et à lui faire dire le contraire de ce qu’il dit. De même un rabbin avisé remarquera qu’il y a beau temps que Dieu n’est venu secourir le peuple hébreu, et qu’entre Barack Obama et Moïse, il y a comme qui dirait « une marge », étant donné qu’Obama ressemble plus à Nabuchodonosor.

    (Vanne d’autant plus nulle, Spendius, que vos amis vénèrent le con et sont des adorateurs de la matrice, condition indispensable pour gober les niaiseries d’Einstein. Le principe statique de l’algèbre, c’est que, né d’un con, on achève sa vie en vieux connard qui malgré tous ses efforts ne parvient pas à réintégrer le placenta de ses rêves.)

  9. La voix dans le desert said,

    Spendius,

    Vous tombez à pic, je commencais à m’inquiéter de ne plus vous voir nulle part ; me voilà ravi de constater que vous êtes toujours fidèle au poste, même si vous semblez effectivement sacrément fatigué !
    Ne vous en prenez qu’à vous-même si la promo de ce site est négligée, puisque c’est vous mon agent qui deviez vous en charger (cf je ne sais plus quelle conversation, je fais confiance à votre mémoire) ; vous auriez mauvaise grâce à refuser ce poste, pas franchement contraignant puisque je me fiche éperdumment de ma promo, en fait.

    Lapinos,

     » “Scolastique” est un terme général ; elle n’est honnie de Rabelais ou François Bacon que dans ses abus, le branlement monastique et clérical qui se prolonge jusqu’au XVIIe siècle. »
    Bacon ne vomit pas seulement la scolastique tardive, il rejette aussi Aristote, qu’il ne manque pas d’insulter copieusement, d’ailleurs. Merde alors, l’histoire fiche encore en l’air vos petites poésies !

    « Siger de Brabant ou Averroès ont raison, l’art grec le confirme, Aristote privilégie ce qui est “immédiat” sur ce qui est “médiat” ; sa méthode, comme celle de Bacon, privilégie la vision et réserve à la réflexion la seule rhétorique. »
    Déjà, impossible de se prétendre disciple de Bacon en ignorant à ce point sa doctrine. Quand vous aurez compris en quoi elle s’écarte de celle d’Aristote, vous aurez peut-être le droit de parler en baconien, mais pour l’instant, il est manifeste que vous n’y entendez rien. Au reste, et c’est fabuleux, vous êtes aussi ignorant de l’aristotélisme. Cette espèce de découpage entre « vision » et « réflexion » n’est pas traduisible en langage aristotélicien. Quand vous aurez appris que c’est Aristote qui a inventé le syllogisme, condition de la science, selon lui, vous ne pourrez plus débiter des anneries aussi énormes que celles citées ci-dessus.

    « Marx ne dit pas : “Dieu est mort !” comme Nitche ou Sartre, Feuerbach, mais : “L’Eglise romaine est morte, c’est une synagogue de Satan remplie de pharisiens”. Marx est même le seul à ma connaissance à avoir réfuté la thèse de Feuerbach dans sa conclusion narcissique que Dieu ne fait que refléter l’homme (sachant que Nitche, Freud ou Sartre ne méritent même pas d’être réfutés tant ils sont grotesques). »

    Nietzsche n’ayant pas les yeux dans sa poche, constate : « Dieu est mort », et il s’en inquiète à sa façon. Marx, s’il ne dit pas « Dieu est mort », ne se fait pas prier pour répéter son souhait que Dieu meure. Comme quoi, l’opposition entre Nietzsche et Marx est bien réelle, mais le point de divergence n’est pas précisément leur athéisme. C’est une idée récurrente dans vos discours, que Marx s’éloigne de Feuerbach, propos bouffon. Marx regrette que l’athéisme de Feuerbach ne transforme pas le monde : « Une fois qu’on a découvert, par exemple, que la famille terrestre est le secret de la sainte famille, c’est la première elle-même qu’il faut alors réduire théoriquement et pratiquement à néant. » (4ème Thèse sur Feuerbach). J’attends la citation de Marx à l’appui de cette déclaration qui dit que Marx rejette l’Eglise au motif de son pharisaïsme, etc…

    « Je ne glorifie nul guerrier, jamais, aucun. Je suis convaincu que j’irais en enfer si je le faisais. Et je serais bien le dernier à parier sur la gloire de Bernard de Clairvaux ; la Gloire est pour Israël et le Salut pour Sion. »
    Ah ah ! Après ça, allez cracher sur les démocrates chrétiens, ces crétins qui n’ont pas compris que… Compris quoi au fait ? Ah oui, que le salut était au prix sanguinolent de la révolution prolétarienne. Un raskolnikov dans votre genre ne pouvait bien sûr qu’apprécier Lénine.

    « Cela ne m’empêche pas d’être capable de distinguer un guerrier lâche qui n’affronte pas son adversaire directement mais largue des bombes sur des civils désarmés (un théoricien chrétien qui veut justifier une telle abomination devra en passer par des syllogismes encore plus foireux que ceux d’Einstein), d’un autre qui se bat à l’arme blanche, le genre Godefroi de Bouillon ou Ben Laden. »

    Bien sûr. Bombarder des civils en avion, c’est mal, mais envoyer des avions pleins de civils sur des tours pleines de civils, là, c’est de l’héroïsme. Admirable éthique, à géométrie variable.

    (Spendius a démontré que vous n’avez pas lu aucun des scientifiques que vous prétendiez juger, Restif que vous n’aviez pas lu Heidegger, régulièrement insulté sur votre blog, j’en suis personnellement arrivé à la conclusion que vous n’avez rien lu de saint Thomas (pas même le De Unitate qui focalise votre critique imbécile), ou de saint Augustin qui vous permette de porter légitimement des jugements de la portée de ceux que vous tenez sur lui, je ne parle même pas de denis.l et de Waught, ou de Bloy… Mais dites, je suis pris d’un doute cruel, ces jours-ci ; Marx, au moins, vous l’avez lu ? Je me demande si vous pourriez finir par avouer que cinq pages du Capital ont suffit à vous convaincre de la pertinence de ses propos. )

  10. La voix dans le desert said,

    Il y a au moins un point sur lequel vous avez raison, c’est que Sartre ne mérite pas d’être réfuté. D’ailleurs, Marcel De Corte a tout dit depuis lontemps : « La santé est le meilleur antidote du sartrisme ».

  11. Spendius said,

    « Le principe statique de l’algèbre », « la placenta de ses rêves », « les adorateurs de la matrice », « né con, on achève sa vie en connard ». Heureux de constater que vous restez toujours autant poète, Lapin.

    C’est vrai, La Voix. Mais vous faites peur aux autres, aussi. Vous êtes l’unique entièrement et totalement réac du coin, les autres c’est des amateurs à côté.
    Ah non, il y a aussi ceux d’Isabelle des Charbinières, mais ils sont moins gentleman je trouve. Vous, vous arrivez encore à dialoguer avec le Lapin durant tout ce temps, eux l’auraient déjà définitivement bloqué à son deuxième message grand max. Respect.

  12. Lapinos said,

    – L’astrologie d’Aristote a des conséquences décisives sur sa science métaphysique. Il se trouve que François Bacon, que vous devez confondre avec Hobbes, non seulement partage la même astrologie que le Stagirite, mais qu’il a en outre défendu cette astrologie géocentrique contre ses plus fameux détracteurs, les arrivistes Kopernik ou Galilée.

    – La différence principale entre Bacon et Aristote est au sujet de la méthode. Si Aristote vilipende Socrate ou Platon ici ou là, Bacon conçoit toute une stratégie de défense pour protéger la science contre les attaques qu’elle subit de la part, notamment, d’un clergé déjà au bord de la sclérose intellectuelle.
    Bacon sait parfaitement le rôle actif joué par certains clans de la curie romaine en faveur de Galilée.

    D’une façon plus mystérieuse encore, que Marx tente d’élucider, Aristote a semble-t-il lui-même constitué une sorte de « trésor scientifique » comme Bacon, au seuil de la décadence grecque qui suit Aristote. Bacon se fixe comme objectif ambitieux de dépasser avec son « Novum Organum », la science d’Aristote ; il se veut un « Aristote chrétien ».

    Bien sûr Aristote ne prône pas le syllogisme en science puisqu’il révèle le caractère syllogistique de l’algèbre et le danger que son usage représente dans le domaine scientifique. Danger signalé également par Roger Bacon, qui fut sans doute de tous les moines scolastiques, quoi qu’il y ait de bons passages chez Thomas d’Aquin, le plus savant.

    Je crains que vous n’alliez chercher vos infos dans wikipédia ou ce genre d’attrape-couillon, vous aussi, La Voix.

  13. La voix dans le desert said,

    « L’astrologie d’Aristote a des conséquences décisives sur sa science métaphysique.  »

    Oui, c’est précisément ce que je vous signalais sur un autre fil, et je précisais en disant que les conséquences ont été néfastes à sa métaphysique.

    « Bacon se fixe comme objectif ambitieux de dépasser avec son “Novum Organum”, la science d’Aristote ; il se veut un “Aristote chrétien”.  »

    Ah, ben voyons, bien sûr ! Bacon veut dépasser Aristote… tout s’explique. Mais alors, pourquoi l’insulte t’il alors ? Relisez donc De la dignité et de l’accroissement des sciences. Quand Bacon insulte Aristote de voleur des sciences, il ne se prétend pas son disciple. Si Bacon a voulu dépasser Aristote, il semblerait qu’il ne s’en est pas aperçu, et alors, c’est vous qui allez avoir besoin d’une théorie de l’âme pour expliquer ce paradoxe.

    « Bien sûr Aristote ne prône pas le syllogisme en science puisqu’il révèle le caractère syllogistique de l’algèbre et le danger que son usage représente dans le domaine scientifique. »

    N’importe quoi. Le syllogisme est la condition sine qua non de la scientificité, chez Aristote. Il est vrai qu’Aristote ne porte pas les mathématiques dans son coeur, mais ce n’est pas parce qu’il les assimile à un syllogisme. L’idéalisme qui est le vôtre, qui vous tient bien fermement vous contraint à modifier chacune des doctrines que vous approchez sur le modèle de votre esprit. C’est vous qui rejettez les mathématiques, au motif qu’elles sont syllogistiques, pas Aristote. Mais à part ça, il est vrai que Bacon et Aristote ont ce point en commun qu’ils se méfient des mathématiques.

    « Je crains que vous n’alliez chercher vos infos dans wikipédia ou ce genre d’attrape-couillon, vous aussi, La Voix. »

    Le premier qui use d’un tel argument a gagné ? Sérieusement il n’y a guère que vous qui avez besoin de wikipédia pour faire tourner la roue de votre moulin. Vous avez plus le profil que moi à aller y chercher des « infos » : un type qui juge de deux philosophes ou philosophies, à l’aide de comparatifs « plus », « moins », comme si ce genre d’algèbre sans l’exactitude de l’algèbre pouvait avoir un sens en philosophie, un sophiste comme vous doit avoir besoin d’informations générales, pas trop dures à comprendre qui permettent de faire ronronner l’appareil réthorique.

  14. La voix dans le desert said,

    J’allais vous oublier, Spendius.

    Jusqu’à présent, les gens qui ont été les plus aimables avec le lapin sont ceux qui lui ont conseillé de ne plus écrire, de lire tranquillement quelque temps, etc.

    Personne n’a peur des types de La Question ni de moi, simplement, tout le monde s’en fiche profondément, de la philosophie en général et de la métaphysique en particulier, de l’histoire et de la musique baroque et les réacs autant que les autres. (Si c’est le genre de propos qui justifie la position que vous me prêtez sur l’échiquier, je peux vous en sortir d’autres qui auront tôt fait de remettre du poids dans la balance…) Réac, c’est un mot, rien de plus, mais je ne le récuse pas. Et vous, toujours libéral libertaire ?

  15. Lapinos said,

    – Aristote ne rejette pas les mathématiques en général, mais l’algèbre en particulier ; y compris dans le cas de Zénon d’Elée qui pourtant maintient l’algèbre dans son registre exclusivement déductif et démonstratif, disons « rhétorique » (ce n’est pas le cas d’Einstein ni de Galilée). L’algèbre, le « ratio » du type AB+BC=AC est un modèle de raisonnement spéculatif et syllogistique. L’induction de Bacon, le créationnisme d’Aristote permettent de découvrir de nouvelles formes, pas le syllogisme, qui n’est qu’un raisonnement « en miroir ».

    – L’Université fait de Bacon le « père de l’empirisme », mais c’est un mensonge éhonté dans la mesure où Bacon n’est pas néo-pythagoricien, il détruit même toute la science pythagoricienne qui sourd déjà à son époque. Or l’empirisme est indissociable du « néo-pythagorisme ». Benoît XVI partage ce mensonge universitaire d’une manière étrange dans la mesure où le rapprochement du néo-pythagorisme avec la science militaire balistique est un fait établi. Cherchant des responsables à la science, disons « prométhéenne », il aurait du inculper Galilée ou Descartes, Newton, certainement pas Bacon qui relègue la science technique au rang inférieur.

    – Il n’y a pas que dans wikipédia qu’on peut lire des conneries ; j’ai feuilleté récemment un bouquin d’un certain Pascal Ide, ordonné depuis par le pape, qui profère sur Aristote des énormités, et sous le prétexte d’instruire de jeunes gens par-dessus le marché !

    – Il est assez évident que ce sont les spéculations peu aristotéliciennes mais platoniciennes de Hegel qui se rapprochent le plus de votre « mosaïsme ». Dans « Le mythe de l’Eternel retour », Mircéa Eliade, même s’il a tort de ne pas voir qu’Homère est « historique » et non pas seulement « mythologique », Eliade fait voir la ressemblance entre l’homme providentiel allemand et l’homme providentiel Moïse guidant le peuple hébreu. Je connais assez bien Hegel et on pourrait d’ailleurs multiplier les exemples d’accointances entre l’idéologie laïque de Hegel et le judaïsme (Les musulmans chiites avec leur prophète Ben Laden sont-ils très loin de cette idée d’homme providentiel ? L’islam est aussi une forme de judéo-christianisme.)
    C’est donc plutôt à moi de m’étonner que vous dénonciez Sartre, dont la filiation avec Hegel et Heidegger, avec une petite dose d’algèbre cartésienne en plus, n’est un secret pour personne (sauf pour BHL) ? Moi je vous le dis, Sartre est on ne peut plus éloigné d’Aristote, de Bacon et de Marx, et l’existentialisme, presque entièrement syllogistique, me le fait voir comme un dominicain éculé surgi du moyen âge avec son attirail spéculatif et qui tente de ressusciter la philosophie (ce n’est pas le premier dominicain à être escorté par une hystérique, et il y a d’ailleurs entre le clergé et les femelles comme une longue histoire d’amour trouble.)

  16. Lapinos said,

    [Erratum : j’ai écrit que P. Ide a été ordonné par le pape ; en réalité il semble qu’on lui a plutôt octroyé une sorte de titre honorifique un peu désuet, qu’il ne soit qu’un « Monsignore » comme on dit. J’évoque ce type parce qu’il est un exemple comme Brague de fascination pour le modèle allemand/romain, fascination qu’un Français est peu prédisposé, ne serait-ce que par tradition familiale, à tolérer. Heidegger avant Ide a transformé Aristote quasiment en son contraire, c’est-à-dire à peu près Epicure.]

  17. Spendius said,

    Mouarf, libéral-libertaire…vous avez lu Soral récemment?

    À la base, je n’étais qu’intéressé par l’économie, La Voix. Je n’ai pas l’intelligence nécessaire pour soutenir une position de l’échiquie dans la cour des grands. Vous me semblez néanmoins le plus cohérent de tous – et seuls les extrémistes sont cohérents. Les autres sont plus mous, vous êtes un dur vous, un vrai de vrai. Je pense que le monde s’éloigne un peu plus chaque jour de ce que vous défendez, ce qui vous rend essentiel, on prend du recul avec vous et l’on devine grâce à vous oú va la civilistion, avec une vision plus claire que chez les autres réacs. Donc pas de camps pour moi, simplement la volonté de remplir ma tête.

    Et puis j’ai toujours, en plus de l’intérêt que je porte sur vous et vos articles, la sensation que vous finirez peut-être par me convertir. On sait jamais, hein.

  18. La voix dans le desert said,

    Lapinos,
    Concernant Aristote et Bacon, c’est un dialogue de sourds, là. Je ne réponds pas à présent, mais je posterai quelques réflexions, Aristote, Bacon, Locke, …

    Spendius,

    « Donc pas de camps pour moi, simplement la volonté de remplir ma tête. »
    En voilà, un programme réac ! Avoir gôut pour la connaissance est une attitude réactionnaire dans la mesure où le gros de nos contemporains ne s’interessent à rien. Mais on ne se remplit pas la tête comme on replit un panier. Ici la question qualitative l’emporte sur le quantitatif. On en apprend plus en lisant un bon ouvrage de philosophie qu’en s’infligeant des tas d’articles d’économie. Si vous avez l’impression de comprendre mieux le monde en lisant ce blog que d’autres, c’est peut-être parce qu’on prétend ici faire de la philosophie et pas de l’économie ou de la sociologie, justement. (Mais cette situation n’est pas une exclusivité. J’ai là en lien quelques sites excellents). Libéral, libertaire, libertarien, je vous ai déjà dit que je en faisais pas la différence, tant il me semble que toutes ces étiquettes marquent des doctrines qui pour présenter des nuances, émanent toutes des mêmes principes philosophiques.

    Soyons positifs, je ne sais pas si vous vous convertirez, mais je peux au moins vous dire ceci : si conversion il y avait, ce ne serait pas mon oeuvre, mais celle de Dieu. Dès lors, ce n’est pas en moi qu’il faut placer vos espérances, mais bien en Lui. Ou au moins, tentez de vous représentez l’enjeu que représente une conversion. Pour l’heure, il me semble que c’est l’amusement qui motive vos propos.

  19. Spendius said,

    L’amusement? .

  20. La voix dans le desert said,

    J’ai l’impression que ces mots sont plus un jeu, un défi, qu’un embryon d’espérance véritable. Mais peut être est-ce que je me trompe, dans ce cas, je serais ravi de l’apprendre.

  21. Spendius said,

    Ah non, vous vous trompez, je me pose de réelles questions sur le sujet. Je ne suis pas si superficiel que ça, hein.

  22. Lapinos said,

    Le dialogue de sourds sur Bacon et Aristote vient de ce que vous reprenez des arguments universitaires en vogue, à la fois sur Bacon et Aristote, que je conteste radicalement.
    Il est assez intéressant de noter que l’Université est aujourd’hui plus près du péripatétisme de Thomas d’Aquin que de celui d’Averroès ou des « artistes » comme Siger de Brabant. Et ce n’est certainement pas sans lien avec l’envahissement des superstitions allemandes liées à la « psyché » ; l' »inconscient » de Freud n’est qu’une énième fraction du miroir pour tenter de donner de la profondeur à ce qui n’est plus qu’un marigot infesté de doctes ignorants.

    Ce que Bacon reproche d’abord à Socrate et Platon, qui incarnent la décadence grecque à ses yeux, c’est de s’être coupés de la sagesse des anciens, et notamment de la sagesse des mythes. Pour faire de la science de Bacon une science antagoniste de celle d’Aristote, il faut poser l’équation entre Platon et Aristote, faire semblant d’ignorer le mépris croissant d’Aristote pour la poésie et la musique, rattachés à Dionysos et Poséidon dans la mythologie grecque.
    En liant le progrès à la musique, Hegel se situe assez nettement dans le camp des Troyens.

  23. La voix dans le desert said,

    Spendius,
    D’accord. Pardonnez mon jugement hâtif. Je prie pour vous, priez aussi.

    Lapinos,
    Concernant Bacon, voir nouveau post, donc. En deux mots, toutefois :
    – Dire le contraire de ce qui se dit, ce n’est pas une garantie de vérité. En l’occurence, si vous aviez l’amabilité d’avancer des arguments, peut être pourrait-on juger de la justesse de vos propos. Mais vous balancez votre dernière petite théorie révolutionnaire, comme ça : « Bacon se fixe comme objectif ambitieux de dépasser avec son “Novum Organum”, la science d’Aristote ; il se veut un “Aristote chrétien”. » (On ne rit pas, au fond !), sans la moindre argumentation l’accompagnant (et pour cause, hein). Le dialogue de sourd vient de ce que vous refusez d’entendre les arguments qu’on vous oppose.
    – Toujours très vite : Aristote ne méprise pas la poésie (où êtes vous donc allé chercher ça ?) ; d’autre part, la dernière fois que nous avons parlé des mythes grecs, je me rapelle que vous reprochiez à Platon d’avoir lié sa philosophie à ces éléments non scientifiques (ce qui est faux, d’ailleurs). Si j’ai bien compris, depuis, la ligne du parti a changé, les mythes sont devenus « positifs » (hihi), et il est triste que Platon et Socrate se soient coupés de la sagesse des mythes. Amusant.

  24. Ren' said,

    « Les musulmans chiites avec leur prophète Ben Laden sont-ils très loin de cette idée d’homme providentiel ? » …Si vos affirmations sur Marx et consorts -sur lesquelles je ne peux avoir aucun avis, tant mon ignorance est grande en la matière- sont à l’aune de cette absurdité, voilà de quoi s’inquiéter ! Pour mémoire, Ben Laden est un sunnite, même si la tendance wahhabite dont il est issu n’était à l’origine qu’une secte extrémiste… Et aucun musulman, qu’il soit chi’ite ou sunnite, ne qualifiera l’un de ses contemporains de prophète (nabî).

    Reste cependant en islam une attente très « messianique » du mahdî… Et du Christ.

  25. La voix dans le desert said,

    Merci pour ces rappels, Ren.
    J’avais laissé passer (il y a tellement de sketches, on rit, mais on ne sait plus toujours pourquoi, après coup, et puis, s’il fallait répondre à tout, on n’en finirait pas).

  26. Lapinos said,

    – Il est évident que la philosophie grecque en général est indissociable de la mythologie grecque, comme la pensée occidentale est indissociable de la Bible, la pensée des plus fameux penseurs athées (Feuerbach, Sartre) ou blasphémateurs (Nitche) inclusivement.
    François Bacon ainsi que les plus fameux peintres de la Renaissance, et ça distingue nettement leur théologie de celle du moyen âge, accordent une importance beaucoup plus grande à la mythologie et au théâtre tragique grecs.
    A la Renaissance le péripatétisme est synonyme de science scolastique répétitive et d’archaïsme, et de fait pour contrer les averroïstes, Thomas d’Aquin est obligé de « tirer » Aristote vers Platon. Encore une fois le « De Unitate » n’a guère d’interêt en dehors des motifs théologiques que Thomas d’Aquin oppose à l' »anti-animisme » de Brabant ou d’Averroès, qui est bien conforme à la dynamique du Stagirite vers la réduction de l’âme à une théorie sensorielle.

    L’induction de Bacon a ceci de neuf qu’elle est mystérieuse et contient une stratégie de défense contre les adversaires de la science contemporains de Bacon. Elle peut paraître presque paranoïaque, mais la suite des événements a justifié les craintes de Bacon. Pour le reste la méthode de Bacon est classique et fondée essentiellement sur l’observation des formes et la vision, hostile à l’algèbre et à la musique.

    (Vos railleries sont aussi faiblardes que le moyen qui consiste à censurer les miennes ; pour ce qui est de la maîtrise du vocabulaire de l’islam et de l’étiquettage des sous-sectes sunnites, je crois en revanche qu’on peut vous faire confiance.)

  27. La voix dans le desert said,

    « François Bacon ainsi que les plus fameux peintres de la Renaissance, et ça distingue nettement leur théologie de celle du moyen âge, accordent une importance beaucoup plus grande à la mythologie et au théâtre tragique grecs. »

    Il n’y a pas de théologie baconienne à proprement parler, il n’y a que du scientisme, une mauvaise philosophie qui ne tardera pas à se parer des attributs de la théologie. Au Moyen Age, la théologie était une science, chez Bacon, elle n’est presque rien.

    « A la Renaissance le péripatétisme est synonyme de science scolastique répétitive et d’archaïsme, et de fait pour contrer les averroïstes, Thomas d’Aquin est obligé de “tirer” Aristote vers Platon. Encore une fois le “De Unitate” n’a guère d’interêt en dehors des motifs théologiques que Thomas d’Aquin oppose à l’”anti-animisme” de Brabant ou d’Averroès, qui est bien conforme à la dynamique du Stagirite vers la réduction de l’âme à une théorie sensorielle. »

    Il n’y a pas un argument théologique dans le De Unitate. Et saint Thomas n’a pas tiré Aristote vers Platon, il s’est contenté de reproduire ce qu’il croyait être la pensée du maître. Et il se trouve que c’est la théorie d’Averroès qui rejoint Platon, comme le fait remarquer Saint Thomas. C’est fou comme vous pouvez déformer la réalité pour qu’elle se plie et entre dans les petites cases que la dialectique marxiste prépare d’avance à cet effet ! Ici, vous assimilez carrément la théorie de Brabant et d’Averroès à un vulgaire sensualisme à la Condillac, ce qu’elle n’est pas. Il n’y a pas d’ « anti-animisme » de Siger de Brabant, ou d’Averroès, avec ou sans guillemet. Mais le délire n’est à son comble qu’un peu plus loin, lorsque vous discutez de la dynamique d’Aristote. D’abord, il n’y a rien qui puisse vous permettre de penser que la pensée d’Aristote tend vers le sensualisme. Ni du point de vue historique, ni surtout du point de vue philosophique. Tout son système s’effondre si on lui ôte sa théorie de la connaissance, basée sur une conception précise de l’activité du sujet connaissant, qui exclut tout sensualisme, et qui se bâtit contre lui. Quand à « la dynamique d’Aristote », que voulez-vous dire par là ? Dans la mesure où la philosophie aristotélicienne répond aux apories qui ont surgi à la pensée du Stagirite, il y a bien une dynamique d’Aristote. Mais ce ne peut pas être de cette dynamique que vous parlez, puisque la phrase n’aurait aucun sens si c’était le cas. Il ne reste plus qu’une solution, conclure que vous êtes là en train d’interpréter Aristote non pas à l’aune aristotélicienne, mais à l’aune de la dialectique marxiste. C’est une belle preuve de votre foi marxiste, mais ça ne mange pas de pain. Relisons donc : « La conception dialectique de l’histoire impose de penser qu’Aristote représente un moment précis sur la voie du progrès vers la sorite de l’aliénation, la complète compréhension de la matérialité absolue ; en effet, en s’opposant à Platon, Aristote, etc… ». Non seulement je trouve ce procédé ridicule, n’étant pas marxiste, ni adepte de quelque pensée dialectique d’ailleurs, mais en outre, je trouve particulièrement pervers ce procédé qui est le seul possible une fois acquis à la religion Dialectique, qui fait comme si en parlant de « dynamique d’Aristote » il nous faisait voir un ressort aristotélicien, alors que le ressort en question est pure création d’un esprit dialectique, et en aucun cas aristotélicien.

    « L’induction de Bacon a ceci de neuf qu’elle est mystérieuse et contient une stratégie de défense contre les adversaires de la science contemporains de Bacon. Elle peut paraître presque paranoïaque, mais la suite des événements a justifié les craintes de Bacon. Pour le reste la méthode de Bacon est classique et fondée essentiellement sur l’observation des formes et la vision, hostile à l’algèbre et à la musique. »

    Bientôt vous allez nous expliquer que la pratique de l’induction baconienne nécessite une initiation de type ésotérique. Ca n’explique pas grand-chose, et surtout, ça ne démontre toujours pas son efficacité pratique dans le domaine scientifique.

    « Vos railleries sont aussi faiblardes que le moyen qui consiste à censurer les miennes ; pour ce qui est de la maîtrise du vocabulaire de l’islam et de l’étiquettage des sous-sectes sunnites, je crois en revanche qu’on peut vous faire confiance. »

    Dites donc, j’ai failli pleurer là, pauvre petite victime censurée. Je vous avais prié de fiche le camp de ces lieux, et vous êtes revenu, mais officiellement vous êtes toujours persona non grata.
    Si mes railleries sont moins bonnes que les vôtres, c’est que j’ai moins l’habitude de faire le clown que vous. (Spendius, elle est mieux celle-là ?)

  28. Lapinos said,

    – C’est aussi pourquoi le « De Unitate » ne fait pas honneur à Thomas d’Aquin ; parce qu’après avoir annoncé qu’il va s’en tenir à une démonstration qu’Averroès et les averroïstes n’ont pas compris comme il faut la doctrine du Stagirite, il plaide que la théologie incite à croire en l’immortalité de l’âme, que le péripatétisme de Siger de Brabant, des « artistes » ou d’Averroès, tend à réduire à néant.
    Il est aussi intéressant de remarquer qu’Alain de Libéra qui a commenté cet ouvrage et en fait (à tort) un ouvrage décisif, pour les besoins du « politiquement correct » loue le travail d’Averroès l’Arabe, mais qu’il penche nettement du côté du péripatétisme de Thomas d’Aquin (il le faut pour accorder l’importance qu’il accorde au « De Unitate »).

    – C’est un consensus récent entre laïcs et démocrates-chrétiens de voir la théologie comme l’affaire des seuls dévots voire des seuls clercs. Le genre de consensus qui permet de valider la thèse de l’Europe latine de Brague. Seulement il semble que l’Histoire, en réalité, échappe largement aux thésards et au consensus. Le consensus entre démocrates-chrétiens et laïcs est d’ailleurs une idée assez cocasse, car en réalité les démocrates-chrétiens ne font que ronger l’os que les laïcs, qui dominent largement les débats, leur permettent de ronger.
    (Sachant bien sûr que la question de savoir si l’islam ou les Arabes ont joué un rôle dans la constitution intellectuelle de l’Europe est une question qui n’a d’intérêt que pour un journaliste du « Figaro » ou d’en face.)

  29. La voix dans le desert said,

    « C’est aussi pourquoi le “De Unitate” ne fait pas honneur à Thomas d’Aquin ; parce qu’après avoir annoncé qu’il va s’en tenir à une démonstration qu’Averroès et les averroïstes n’ont pas compris comme il faut la doctrine du Stagirite, il plaide que la théologie incite à croire en l’immortalité de l’âme, que le péripatétisme de Siger de Brabant, des “artistes” ou d’Averroès, tend à réduire à néant. »

    Si seulement c’était vrai ! Ca pourrait alors montrer que saint Thomas n’est pas un bon péripatéticien, ce qui est un point important dans la grande œuvre de dialectique que vous voudriez produire, œuvre qui cherche à établir que le péripatétisme authentique, c’est le marxisme. Sauf que c’est faux, tout simplement. Ce traité est philosophique. Si saint Thomas est amené à parler du point de vue de la foi ci et là, c’est bonus. L’argumentation proprement dite, elle, est philosophique, œuvre d’un péripatéticien. Croyez moi désolé de constater une fois de plus que la réalité n’aime pas vos théories, mais c’est ainsi. Ajoutons, une fois de plus, que votre résumé de l’averroïsme est simplificateur au point d’être faux. Si votre matérialisme vous condamne à croire que l’âme n’est que sensorielle et qu’elle est mortelle, c’est dommage pour vous, mais ayez au moins la bonté de ne pas essayer d’entraîner dans votre chute des auteurs qui n’ont pas professé un tiers des hérésies qui sont les vôtres. Sachez seulement que l’averroïsme, qu’il s’agisse de celui de Siger (qui reviendra sur ses erreurs, louange à Dieu !) ou de celui d’Averroès, n’est pas le matérialisme d’Engels, loin s‘en faut.

    « Il est aussi intéressant de remarquer qu’Alain de Libéra qui a commenté cet ouvrage et en fait (à tort) un ouvrage décisif, pour les besoins du “politiquement correct” loue le travail d’Averroès l’Arabe, mais qu’il penche nettement du côté du péripatétisme de Thomas d’Aquin (il le faut pour accorder l’importance qu’il accorde au “De Unitate”). »

    Je cherche désespérément ce qu’il y a de politiquement correct dans le fait d’être convaincu que saint Thomas a raison en ce qui concerne la controverse (de Libera est plus réservé en fait). Dans la mesure où ce traité a pu convaincre Siger « l’averroïste type », de la bêtise de ses propos, il s’agit bien un ouvrage décisif ; de Libera fait la part des choses, et ne lui donne pas une importance démesurée. A part ça, c’est bien de lire de Libera, mais c’est encore mieux de lire saint Thomas ou Siger eux-mêmes. Vous êtes là à faire des rectifications historiques d’exposés de spécialistes, sans même avoir lu les ouvrages dont il est question, c’est clownesque franchement.

    « Sachant bien sûr que la question de savoir si l’islam ou les Arabes ont joué un rôle dans la constitution intellectuelle de l’Europe est une question qui n’a d’intérêt que pour un journaliste du “Figaro” ou d’en face.  »

    Les historiens aussi peuvent être intéressés. Un historien, je me permets de vous le rappeler, c’est quelqu’un qui étudie l’histoire, et pas un type qui fait de la philosophie de l’histoire, qui au nom de la Révélation Dialectique, se permet d’étudier certains « moments » et pas d’autres.

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