Mauvaise foi

1-05 at 10:16 (Encyclopédie, Histoire, Lectures, Philosophie) (, , , , , , , , , )

Lu ici.

Simone Weil, si proche parfois d’une pensée anarchiste colorée par les irisations de la foi, n’a pas manqué de donner à l’interrogation de La Boétie un vibrant écho dans Oppression et Liberté. Et, comme trop souvent quand elle se tourne vers l’histoire sans majuscule, elle nous a laissé une critique de Marx où défilent nombre des lieux communs que les milieux antitotalitaires ne manqueront pas d’utiliser le moment venu, mais elle y met la prudence et l’intelligence sensible qui lui permettent de voir au delà même de ses propres limites.

Après avoir admis que le matérialisme de Marx ne concerne que la « notion de matière non physique », la « matière sociale » et « non pas la matière elle même », elle ne craint pas de déclarer que « Marx a purement et simplement attribué à la matière sociale ce mouvement vers le bien à travers les contradictions, que Platon a décrit comme étant celui de la créature pensante tirée en haut par « opération surnaturelle de la grâce » ; qu’il aurait oublié « que la production n’est pas le bien » ; et que, à l’instar de ses contemporains, il aurait complètement sous estimé l’importance de la guerre, car, dit elle, « le XIX ème siècle a été obsédé par la production, et surtout par le progrès de la production, et […] Marx a été servilement soumis à l’influence de son époque ».

Autant de contrevérités destinées à ramener Marx dans la problématique mystico chrétienne chère à Simone Weil, de manière à le mesurer à cette aune réductrice. La conception matérialiste de l’histoire laisse en effet le problème épistémologique de la « matière » aux abstracteurs de quintessence, aux philosophes, et elle s’en tient à l’analyse des rapports de production et de classes d’une société donnée ; aux conditions « matérielles » qui définissent ce que Marx pensait être la dernière forme d’exploitation non parce que la « matière sociale » en aurait ainsi décidé, mais parce que la production permettrait enfin de satisfaire les besoins du plus grand nombre et que la lutte des classes « tirerait » l’histoire vers le « bien », à savoir la solution d’un conflit qui n’aurait désormais plus de raison de s’en remettre à la « grâce », ou à « l’esprit » pour trouver une issue.

Chacun aura compris que cette matière sociale englobe aussi bien la culture que la politique et l’économie. Quant à l’histoire qui succéderait à la préhistoire, Marx ne pouvait ignorer qu’elle ne serait à l’abri ni des souffrances ni des conflits ; mais il pensait, en s’en tenant à une mesure du « progrès » fondée sur des besoins élémentaires dont la satisfaction a de tout temps été suspendue à l’activité « économique » , que ces inévitables maux seraient différents de ceux qui endeuillent les sociétés d’exploitation. Partant, il n’érigeait nullement « la production » en deus ex machina de l’histoire, mais il s’efforçait d’en expliquer rationnellement les effets et son rapport à la structure hiérarchique de la société.

La première phrase du deuxième paragraphe marque la pointe du raisonnement : Simone Weil a tort, elle a mesuré Marx à l’aune réductrice de la problématique mystico-chrétienne. Il n’y a pas de puisque ou de parce que entre ces bouts de phrases, mais croit deviner que l’auteur aurait bien voulu placer là une de ces deux conjonctions. Il peut être bon dès lors de se rafraîchir la mémoire. A l’automne 1934, Simone Weil achève la rédaction de ses Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, commencées d’écrire en mai de la même année, après avoir achevé, l’année précédente, Allons nous vers une révolution prolétarienne ?, où se trouve l’essentiel de sa critique du marxisme. Sa première expérience mystique date de l’automne 1938. Entre temps, elle avait déjà commencé d’écrire Oppression et Liberté. Il donc évident que ce n’est pas le christianisme qui a inspiré à Simone Weil sa critique du marxisme. (Pour situer cette critique de S. Weil dans son contexte, il peut être bon également de rappeler qu’elle fut amenée par la suite à rejoindre quelque peu Proudhon et à écrire l’Enracinement). En fait de réduction, c’est bien Louis Janover qui tient le haut du pavé, en ne considérant qu’ Oppression et Liberté et en oubliant les Réflexions et les articles précédents, non seulement il en vient à falsifier l’histoire, mais en plus il passe à côté du sens véritable de la critique de Simone Weil. 

Le nerf de la critique de Simone Weil, c’est le chapitre II des Réflexions qui nous le livre :

Avant même d’examiner la conception marxiste des forces productives, on est frappé par le caractère mythologique qu’elle présente dans toute la littérature socialiste, où elle est admise comme un postulat. Marx n’explique jamais pourquoi les forces productives tendraient à s’accroître; en admettant sans preuve cette tendance mystérieuse, il s’apparente non pas à Darwin comme il aimait à le croire, mais à Lamarck, qui fondait pareillement tout son système sur une tendance inexpliquable des êtres vivants à l’adaptation. De même pourquoi est-ce que, lorsque les institutions sociales s’opposent au développement des forces productives, la victoire devrait appartenir d’avance à celles-ci plutôt qu’à celles-là ? Marx ne suppose évidemment pas que les hommes transforment consciemment leur état social pour améliorer leur situation économique; il sait fort bien que jusqu’à nos jours les transformations sociales n’ont jamais été accompagnées d’une conscience claire de leur portée réelle ; il admet donc implicitement que les forces productives possèdent une vertu secrète qui leur permet de surmonter les obstacles. Enfin, pourquoi pose t’il sans démonstration, et comme une vérité évidente, que les forces productives sont susceptibles d’un développement illimité ? Toute cette doctrine, sur laquelle repose entièrement la conception marxiste de la révolution, est absolument dépourvue de caractère scientifique. Pour la comprendre, il faut se souvenir des origines hégéliennes de la pensée marxiste. Hegel croyait en un esprit caché à l’oeuvre dans l’univers, et que l’histoire du monde est simplement l’histoire de l’esprit du monde, lequel, comme tout ce qui est spirituel, tend indéfiniment à la perfection. Marx a prétendu « remettre sur ses pieds » la dialectique hégélienne, qu’il accusait d’être « sens dessus dessous »; il a substitué la matière à l’esprit comme moteur de l’histoire; mais par un paradoxe extraordinaire, il a conçu l’histoire, à partir de cette rectification, comme s’il attribuait à la matière ce qui est l’essence même de l’esprit, une perpétuelle aspiration au mieux. Par là, il s’accordait d’ailleurs profondément avec le courant général de la pensée capitaliste; transférer le principe du progrès de l’esprit aux choses, c’est donner une expression philosophique à ce « renversement du rapport entre le sujet et l’objet » dans lequel Marx voyait l’essence même du capitalisme. L’essor de la grande industrie a fait des forces productives la divinité d’une sorte de religion dont Marx a subi malgré lui l’influence en élaborant sa conception de l’histoire. Le terme de religion peut surprendre quand il s’agit de Marx; mais croire que notre volonté converge avec une volonté mystérieuse qui serait à l’oeuvre dans le monde et qui nous aiderait à vaincre, c’est penser religieusement, c’est croire à la Providence. D’ailleurs, le vocabulaire même de Marx en témoigne, puisqu’il contient des expressions quasi mystiques, telles que « la mission historique du prolétariat ». Cette religion des forces productives au nom de laquelle des générations de chefs d’entreprise ont écrasé les masses travailleuses sans le moindre remords, constitue également un facteur d’oppression à l’intérieur du mouvement socialiste; toutes les religions font de l’homme un simple instrument de la Providence, et le socialisme lui aussi met les hommes aus ervice du progrès historique, c’est à dire le progrès de la production. C’est pourquoi quel que soit l’outrage infligé à la mémoire de Marx par le culte que lui vouent les oppresseurs de la Russie moderne, il n’est pas entièrement immérité. Marx, il est vrai, n’a jamais eu d’autre mobile qu’une aspiration généreuse à la liberté et à l’égalité; seulement, cette aspiration, séparée de la religion matérialiste avec laquelle elle se confondait dans son esprit, n’appartient plus qu’à ce que Marx appelait dédaigneusement le socialisme utopique.

Même si on ne connaissait pas la date de publication de l’ouvrage dont est tiré cet extrait, on serait forcé d’admettre qu’il n’y a pas de trace d’influence du christianisme là-dedans. La critique de Simone Weil consiste simplement à constater que tout un pan du marxisme n’est pas scientifique pour un sou, et rien de plus. Elle reproche au marxisme d’avoir appliqué « inconsciemment aux organismes sociaux le fameux principe de Lamarck, aussi inintelligible que commode, « la fonction crée l’organe ». « La biologie, ajoute t’elle, n’a commencé d’être une science que le jour où Darwin a substitué à ce principe la notion des conditions d’existence ». La conclusion tombe d’elle-même quelques lignes plus loin : « Pour pouvoir se réclamer de la science en matière sociale, il faudrait avoir accompli par rapport au marxisme un progrès analogue a celui que Darwin a accompli par rapport à Lamarck ». Ce n’est que plus tard que notre auteur dira en substance, que Marx a été un faux prophète et que sa religion était idolâtre. En attendant, pour qui ne croit pas que « l’idée de progrès est l’idée athée par excellence« , la critique de Simone Weil n’est pas pour autant sans valeur.

Ce n’est pas tout. Non seulement ces oeuvres ne répondent à aucune problématique mystico-chrétienne, mais elles sont exemptes de contrevérités, contrairement à ce qu’annonce Janover. En fait, la réfutation sommaire qu’il entreprend dans le troisième paragraphe cité ci-dessus, n’a rien de concluant. D’abord, Janover a beau rétorquer que « la conception matérialiste de l’histoire laisse le problème épistémologique de la matière aux abstracteurs de quintessence, aux philosophes »; il n’en reste pas moins vrai de dire que l’historicisme de Marx, implicitement basé sur l’idée lamarckienne de progrès, revient à considérer que la matière sociale se meut d’elle même vers le bien. Car ces mots de Simone Weil ne sont pas vraiment un travail d’abstracteur de quintessence ou d’épistémologue, mais plutôt une autre façon d’exprimer la même idée de « progrès interne » qu’elle voit en filigranne dans l’oeuvre de Marx. Ensuite, il n’est pas vrai de dire que « la conception matérialiste de l’histoire s’en tient à l’analyse des rapports de production et de classes d’une société donnée », si l’on entend par société donnée une société passée ou présente, puisque Marx théorise également une société qu’il considère comme à venir, la société communiste, celle qui en vertu de ses principes, « pourra écrire sur ses drapeaux : de chacun selon ses moyens,à chacun selon ses besoins ». Ensuite, lorsqu’il dit que « la conception matérialiste de l’histoire s’en tient aux conditions « matérielles » qui définissent ce que Marx pensait être la dernière forme d’exploitation non parce que la « matière sociale » en aurait ainsi décidé, mais parce que la production permettrait enfin de satisfaire les besoins du plus grand nombre et que la lutte des classes « tirerait » l’histoire vers le « bien », à savoir la solution d’un conflit qui n’aurait désormais plus de raison de s’en remettre à la « grâce », ou à « l’esprit » pour trouver une issue », Janover n’ôte pas à la critique de Simone Weil son objet. En effet, cette critique porte précisément sur la raison ou plutôt l’absence de raison qui permet aux marxistes de penser que les conflits puissent trouver une issue dans une hypothétique société communiste. Selon elle, il n’y a aucune raison de penser, lorsqu’on est acquis au matérialisme historique, que l’oppression tant honnie disparaisse. Ce sont précisément des axiomes du genre de celui-ci « parce que la production permettrait enfin de satisfaire les besoins du plus grand nombre », qui tombent sous la critique de Simone Weil, car  il ne convient pas, venant de qui veut mériter le titre de scientifique, de se contenter de poser comme évidente telle ou telle progression, mais bien de mettre en évidence quelles sont les causes qui rendent ces progressions inéluctables. Or ce sont bien de telles preuves qui manquent à la doctrine marxiste, bien que celle-ci ne manque pas de se proclamer scientifique.

Résumons : De deux choses l’une ; ou bien Janover se montre incapable de comprendre la critique, pourtant simple, de S.Weil, ou bien il fait mine de ne pas la comprendre. Et quoiqu’il en soit, il ne nous livre rien qui nous oblige à prendre S.Weil pour une demeurée aux tendances mystico chrétiennes. Que les camarades se passent le mot.

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12 commentaires

  1. Lapinos said,

    – Pourquoi Marx est supérieur à Simone Weil, quelle que soit l’estime qu’on puisse avoir pour cette dernière ? Parce que Marx est plus proche de la démonologie (physique) d’Aristote que Simone Weil.
    On peut le dire autrement : Marx et Engels sont parvenus à s’extraire plus complètement des préjugés germaniques que S. Weil, moins « historique » que Marx.

    – Non seulement le matérialisme de Marx est bien aussi « physique » (on constate qu’il y a bien derrière le matérialisme de M. comme derrière le matérialisme d’A. une vision artistique), mais Marx possède très bien les différentes sortes de « matérialisme » grec ou romain : démocritéen, héraclitéen, péripatéticien, épicurien, lucrécien, etc. Il est parfaitement à même de comprendre, par exemple, que le matérialisme de Diderot est conciliable avec des préjugés économiques libéraux précapitalistes apparemment très « spirituels ».
    La science actuelle cautionnée par le Vatican est beaucoup plus proche de Démocrite et d’Epicure que d’Aristote.
    La secte unitarienne antitrinitaire se félicite d’ailleurs sur son site internet de l’adoption par le Vatican de la « science » darwinienne, atomique, newtonienne, et autres idéologies. D’où je déduis que les théologiens unitariens sont plus sérieux que les théologiens romains actuels, pape compris, puisque les unitariens savent ce que le pape ignore, à savoir que la science de Newton, par exemple, est essentiellement une science anti-aristotélicienne (ce n’est pas le cas du marxisme) ET, surtout, une science qui part d’idées théologiques antitrinitaires.

    – L’auteur que vous citez n’a pas l’air de connaître les rudiments de Lamarck et Darwin, des théories post-darwiniennes, et son jugement sur Marx et Darwin est parfaitement inconséquent. Ce qui intéresse Marx chez Lamarck -dont Darwin a repris la théorie de l’hérédité des caractères acquis- est très simple : c’est que la théorie de Lamarck laisse place à l’intelligence animale dans l’adaptation au milieu.

    En péripatéticien, Marx n’aurait pu comme le pape actuel ne serait-ce que prêter attention aux post-darwiniens actuels (Gould ou Dawkins par ex.) qui bouchent les courants d’air engouffrés depuis Lamarck et Darwin avec le mastic du « hasard », dont Bernanos fait justement remarquer qu’il est le dieu des imbéciles. Et j’ajoute : « … des imbéciles jansénistes et carreurs de cercle arriérés comme Blaise Pascal. »

  2. Sébastien said,

    Janover ne peut pas comprendre la critique de Simone Weil parce qu’il est un marxiste convaincu, voilà tout. C’est pourquoi il lui colle l’étiquette infamante de mystico-chrétienne, ce qui est plus simple que d’examiner sérieusement ses arguments.

    Vous faites bien de dire que ce n’est pas le christianisme qui lui a inspiré sa critique de Marx. J’y vois plus l’influence de Boris Souvarine, un marxiste dissident, qu’elle a fréquenté un certain temps. Il dirigeait la revue La Critique sociale, pour laquelle SW a écrit quelques articles. C’est cet homme qui lui a ouvert les yeux sur la vraie nature de l’URSS, qu’il connaissait bien puisqu’il était un des dirigeants du Komintern. Ensuite, il en sera exclu quand le parti passera sous la coupe de Staline.

    La critique de l’URSS conduira Weil à la critique de Marx, tout naturellement. Et c’est une fois qu’elle aura été guérie de ses illusions marxistes qu’elle se rapprochera du christianisme. Ce n’est pas pour rien que sa première expérience mystique date de 1938. A ce moment, elle est rentrée d’Espagne, où elle a pu voir le marxisme à l’oeuvre dans les rangs des républicains espagnols. (Lire sa Lettre à Bernanos dans laquelle évoque son expérience de la guerre.)

    Elle a raison de qualifier le marxisme de religion :

    « Le terme de religion peut surprendre quand il s’agit de Marx ; mais croire que notre volonté converge avec une volonté mystérieuse qui serait à l’oeuvre dans le monde et qui nous aiderait à vaincre, c’est penser religieusement, c’est croire à la Providence. »

    Au passage, cette critique est valable également pour le libéralisme. Lui aussi croit en l’existence d’une Providence. C’est ce qu’il appelle la main invisible du marché.

  3. La voix dans le desert said,

    Sébastien,
    « Au passage, cette critique est valable également pour le libéralisme. Lui aussi croit en l’existence d’une Providence. C’est ce qu’il appelle la main invisible du marché. »
    Exactement.
    La pensée de S.Weil est bourrée de fulgurances, on regrette qu’elle ait pas plus écrit, en fait. Il manque une critique de l’historicisme à sa critique du marxisme. (Historicisme, qui vous l’aurez remarqué, ne fait pas défaut non plus aux libéraux modernes)

    Lapinos,
    Paragraphe 1 : Presque parfaitement inintelligible. Peut mieux faire.
    Paragraphe 2 : Absolument rien à voir avec le sujet. Parfait.
    Paragraphe 3 : Si vous m’aviez lu avant de commenter, vous sauriez que « l’auteur que je cite », c’est Simone Weil.

  4. Lapinos said,

    – Il est tout à fait possible d’apprécier à la fois Simone Weil et Karl Marx, malgré les critiques peu fondées que celle-ci adresse aux études économiques de Marx dans « Les Causes de l’oppression », son meilleur ouvrage.

    Sur le plan scientifique je confirme que Simone Weil n’a pas (plus que Marx qui n’a guère eu le temps d’approfondir les sciences naturelles) une connaissance approfondie de l’évolutionnisme. En revanche, on doit à Simone Weil d’avoir relevé l’absurdité et la débilité profonde des travaux de Max Planck.

    – Ce qui me frappe en tant que chrétien c’est que le rapprochement de Simone Weil de l’Eglise catholique ne l’a pas « bonifiée », bien au contraire. Le clergé catholique continue d’ailleurs de lui témoigner mépris ou incompréhension et n’a tenu aucun compte de Simone Weil, continuant de se vautrer avec la même farouche stupidité dans la science antitrinitaire.

  5. La voix dans le desert said,

    Lapinos,

    Dites, ca tombe bien, que vous parliez des « Réflexions sur les causes de l’oppression », parce que précisément, c’est le sujet. Si vous lisez ce billet, vous verrez que Simone Weil ne critique pas les théories économiques de Karl Marx -elle dit même je ne sais plus où, vers les mêmes dates, avant Liberté et Oppression, qu’elle ne rejette pas l’analyse économique de Karl Marx- que sa critique est philosophique, et rien de plus, qu’elle vise non pas le théoricien économique, l’analyste de la société libéral-capitaliste, mais le révolutionnaire, l’utopiste qui se prend pour un scientifique, bref le progressiste modèle Lamarck.
    Pas besoin de connaître dans le détail Lamarck et Darwin pour porter un tel jugement.

    Le rapprochement de Simone Weil de l’Eglise catholique n’a pas fait d’elle une catholique, partant, je ne vois pas pourquoi les curés occidentaux seraient tenus de citer ses oeuvres en sermon. Je ne sais pas d’où vous tenez que le clergé la méprise, au contraire,S.Weil est priséede bien des ecclesiastiques de ma connaissance.

  6. Sébastien said,

    Le rapprochement de Simone Weil de l’Eglise catholique n’a pas fait d’elle une catholique

    Elle s’est convertie in extremis. C’est son amie Simone Deitz qui l’a baptisée, à sa demande.

    « Si un jour je suis entièrement privée de volonté, dans le coma, il faudrait alors me donner le baptême » (La Vie de Simone Weil, Fayard, 1997) (…) « Simone Weil avait toute sa tête quand elle a demandé le baptême. » (cité par George Hourdin dans Simone Weil, La Découverte, 1989)

    http://www.famillechretienne.fr/agir/saints-et-temoins-de-la-foi/une-vie-comme-un-bapteme_t11_s71_d49538.html

  7. La voix dans le desert said,

    Sébastien,

    Je voulais parler de sa pensée, en fait, qui n’a jamais été une pensée chrétienne. Mais j’ignorais qu’elle avait demandé le baptême, et je vous remercie de me l’avoir appris, cela m’a fait grand plaisir.

  8. Lapinos said,

    – La science n’est un progrès aux yeux d’un chrétien ou d’un communiste que lorsque telle ou telle hypothèse scientifique est vérifiée, bien sûr.
    A partir du moment où Thomas d’Aquin néglige contrairement à Averroès le caractère astrologique et physique essentiel d’Aristote, il ne contribue pas au progrès vers la vérité mais vers le mensonge, pour prendre un exemple. Votre propre croyance dans le psychisme, il n’est pas difficile de comprendre d’où elle vient.

    Il est complètement décadent et certainement très peu aristotélicien d’avaliser comme l’Eglise catholique aujourd’hui des théories qui en sont au stade de l’hypothèse, voire de l’hypothèse FOIREUSE.
    Ce qu’il faut comprendre à propos de Lamarck et de Darwin, c’est que leur théorie était largement plus univoque et donc plus scientifique du temps de Marx qu’aujourd’hui où elle prête à sourire et relève quasiment de la foi laïque.

    ça fait un moment que je me suis rendu compte que Sébastien situe le christianisme au niveau de l’étiquette et qu’il assimile à peu près l’Eglise à une sorte de parti politique (opinion dont il n’a pas le monopole puisqu’elle est principalement « actionnée » par les médiats.)
    L’hésitation de Simone Weil face au baptême vient de là : ce qu’elle ne peut supporter dans le judaïsme ou le pharisaïsme, elle est désolée de le retrouver dans le catholicisme censé être universel.

    Ce que vous faites, la Voix, c’est que vous êtes en train de forger une théorie de l’âme de l’Eglise, contre la science et l’histoire de cette Eglise qui a connu des théologies extrêmement contrastées et différentes. Sans doute est-ce votre façon à vous de rendre hommage au « De Unitate » archaïque de Thomas d’Aquin.

    Ma théorie de l’âme de l’Eglise actuelle, c’est que cette « âme » est complètement à la remorque si ce n’est à la solde de l’esprit du monde. Il n’est pas difficile de deviner où cet esprit du monde l’entraîne.

  9. La voix dans le desert said,

    Lapinos,

    Voici un post où l’on traite des rapports entre les deux auteurs majeurs de votre panthéon, Weil et Marx. Un sujet qui devrait vous interpeller au plus haut chef. Or voilà que le sujet a été évincé par vous vitesse éclair, et remplacé par des tonnes de considérations plus ou moins heureuses (soyons aimable) sur l’Eglise, Darwin, etc… Et vous avez abandonné le fil où l’on traitait du matérialisme d’Engels. J’avoue avoir pensé à vous lorsque j’écrivais le titre de cet article, mais là vous dépassez toutes mes attentes !
    Avant de répondre à vos dernières assertions, je vous rapelle le thème de ce post : la critique du marxisme par Simone Weil, au motif qu’il n’a rien de scientifique. Fichez vous ça quelque part dans le crâne, ça pourrait vous amener à vous poser des questions un peu plus interessantes que celle de l’influence de Darwin sur le clergé contemporain.

    « A partir du moment où Thomas d’Aquin néglige contrairement à Averroès le caractère astrologique et physique essentiel d’Aristote, il ne contribue pas au progrès vers la vérité mais vers le mensonge, pour prendre un exemple. Votre propre croyance dans le psychisme, il n’est pas difficile de comprendre d’où elle vient. »

    D’abord, il peut être bon de préciser que les arabes ont simplifié le modèle astrolgique des grecs. Ensuite, il faut rendre grâce à saint Thomas de s’être quelque peu débarassé de la science boiteuse d’Aristote, d’abord parce qu’en science physique, on gagne toujours à se débarrasser des hypothèses fausses, et surtout parce que ces hypothèses astrologiques gênaient le bon développement de la philosophie aristotélicienne. On doit à saint Thomas d’avoir pu donner toute sa portée à l’argument de la Physique, dans ses Sommes : il fallait, pour ce faire, passer outre l’avis de la science de la Grèce Antique en ce qui concerne les étoiles. On a bien fait.

    « Il est complètement décadent et certainement très peu aristotélicien d’avaliser comme l’Eglise catholique aujourd’hui des théories qui en sont au stade de l’hypothèse, voire de l’hypothèse FOIREUSE. »

    L’Eglise se contrefout de la science en général et de celle d’Aristote en particulier, sauf dans la mesure où celle-ci intéresse la foi. Si les papes ont été amenés à discuter de Darwin, ce n’est pas par goût pour la biologie, et pas non plus pour « avaliser » quelque hypothèse que ce soit du point de vue des sciences, mais pour expliquer jusqu’où un catholique fidèle peut aller dans la croyance à l’évolutionnisme sans que cette croyance aille contre sa foi. Je dis croyance car il me semble que les opposants à Darwin et consorts ne disent pas que des conneries, d’une part, et que la science, comme le rappelait S.Weil, n’est que croyance pour ceux qui la reçoivent comme un dogme dont ils ne peuvent pas vérifier les fondements pour une raison ou pour une autre (c’est mon cas, par exemple).

    « Ce qu’il faut comprendre à propos de Lamarck et de Darwin, c’est que leur théorie était largement plus univoque et donc plus scientifique du temps de Marx qu’aujourd’hui où elle prête à sourire et relève quasiment de la foi laïque. »

    Si c’est tout ce que vous avez à proposer pour défendre Karl Marx d’avoir cru à des théories que vous trouvez particulièrement stupides, permettez-moi de retourner votre argument. En 1874, Emile Boutroux rédigeait déjà « De la contingence des lois de la nature », où il prenait position en philosophe contre Darwin, et Nietzsche aussi, de son côté. Si la philosophie de Marx n’a rien opposé à Darwin, c’est parce que son déterminisme mécanique l’y poussait, et ce fait devrait vous faire réfléchir. Ceci dit, je m’abstiendrai de trancher le débat qui de toute façon, ne se résoudra pas du seul point de vue de la philosophie.

    « ça fait un moment que je me suis rendu compte que Sébastien situe le christianisme au niveau de l’étiquette et qu’il assimile à peu près l’Eglise à une sorte de parti politique (opinion dont il n’a pas le monopole puisqu’elle est principalement “actionnée” par les médiats.) »

    Sébastien rique bien moins que vous de confondre l’Eglise avec un parti politique. Tant que vous refuserez de croire que l’Eglise est mandatée par le Christ et inspirée par le Saint Esprit pour transmettre la Vérité aux hommes, vous ne comprendrez jamais sa supériorité de nature vis à vis des civilisations, des pays, des sociétés, des partis…

    « L’hésitation de Simone Weil face au baptême vient de là : ce qu’elle ne peut supporter dans le judaïsme ou le pharisaïsme, elle est désolée de le retrouver dans le catholicisme censé être universel. »

    Bel exemple de psychologisme. L’hésitation de Weil vient du fait qu’elle n’a pas la foi, lisez donc sa correspondance. Ce n’est pas seulement un état d’esprit qu’elle croit judaïque qui la retient sur les marches de l’Eglise, c’est un refus de l’élection du peuple juif, problème bien plus profond que celui que vous découvrez.

    « Ce que vous faites, la Voix, c’est que vous êtes en train de forger une théorie de l’âme de l’Eglise, contre la science et l’histoire de cette Eglise qui a connu des théologies extrêmement contrastées et différentes. Sans doute est-ce votre façon à vous de rendre hommage au “De Unitate” archaïque de Thomas d’Aquin. »

    Vous ne voyez aucune différence entre les actes du magistère romain et une théologie quelconque. L’Eglise ne parle pas par les écrits de saint Thomas d’Aquin, elle parle par encycliques. Il se trouve que les encycliques placent le thomisme au sommet de ce qu’a produit la pensée chrétienne, et qu’elles n’hésitent pas à reprendre de large pan de cette doctrine. Mais il faut bien voir la distinction de nature entre une théologie et un acte du magistère. Si je rends hommage au De Unitate, qui n’a rien d’archaïque -évitez de vous ridiculisez, je vous en prie : il n’y a pas grand chose d’archaïque dans la philosophie, si ce ne sont certaines ébauches naïves que fournissaient les premiers philosophes grecs, ébauches naïves que vous considérez sans honte comme des sommets de la pensée- c’est parce que je crois que l’aristotélisme de saint Thomas est bien plus conforme à celui d’Aristote lui-même que celui d’Averroès, et que même sans considérer ce point, je crois la philosophie de saint Thomas plus juste et plus profonde que celle de l’arabe. Rien à voir, donc avec l’âme de l’Eglise.

    « Ma théorie de l’âme de l’Eglise actuelle, c’est que cette “âme” est complètement à la remorque si ce n’est à la solde de l’esprit du monde. Il n’est pas difficile de deviner où cet esprit du monde l’entraîne. »

    L’âme de l’Eglise, c’est le Saint Esprit qui la dirige, contre les erreurs du monde, de tout temps. Mais il est vrai que nous traversons une époque difficile, que bien des fidèles et même des clercs sont entraînés par l’esprit du monde. Le jour où vous aurez compris les ravages qu’ont pu entraîner les bouquins de Garaudy ou de Küng, pour citer des têtes connues, vous comprendrez plus en profondeur la vérité que vos propos expriment difficilement.

  10. Lapinos said,

    – On ne peut être « péripatéticien » et ignorer ou mépriser la science ; Benoît XVI a commis l’erreur, par ignorance, de s’attaquer à François Bacon et de lui imputer la responsabilité de la science prométhéenne, ce qui, de la part d’un Allemand, est assez culotté, étant donné que les Boches n’ont jamais à quelques exceptions près été capables de faire la différence entre les Grecs et les Romains, et que c’est là que réside la différence entre la science prométhéenne, et celle qui ne l’est pas.

    D’autant plus qu’après s’en être pris à Marx ou Bacon, Benoît XVI se vautre dans la fange des spéculatiions boches les plus moisies : Adorno, Horkheimer, Popper, etc. Contrairement à ce que dit l’évêque dissident Williamson, Benoît XVI est très loin d’être le premier pape à dire des conneries. Mais ce n’est pas une raison pour en rajouter. Allez voir le site internet de la secte unitarienne antitrinitaire, vous verrez qu’ils se félicitent de l’adoption de la science laïque par l’Eglise romaine : ils ont raison, la science laïque est bel et bien essentiellement antitrinitaire. La secte unitarienne est plus avisée que Rome des questions scientifiques !!! Pire que ça, les plus « papistes » en France prêchent qu’il faut croire en Darwin (Jean-Marc Bastière de « Famille chrétienne »), alors qu’ils ne comprennent que dalle à Darwin !

    – Quelles hypothèses scientifiques d’Aristote sont fausses ? Prenez Claude Allègre, qui n’est pas complètement caricatural contrairement à certains scientifiques comme le britannique Richard Dawkins, Allègre dit (à peu près comme vous) : « La méthode scientifique d’Aristote est bonne, mais pas ses « découvertes ». C’est stupide, scientifiquement stupide d’écrire qu’une bonne méthode mène à de mauvais résultats. Je pourrais par ailleurs vous citer dans les ouvrages de Claude Allègre cinquante erreurs ou approximations scientifiques graves. Pour résumer, la science laïque d’Allègre est presque entièrement fondée sur des paradoxes, ce qui prouve qu’il n’a rien pigé à la méthode d’Aristote (et ce type est une autorité scientifique reconnue) ; ces paradoxes sont issus de la transposition algébrique de phénomènes, « thermodynamique », « magnétique », « sonore », par exemple, apparemment binaires ; et Aristote a multiplié les mises en garde contre l’algèbre (à cet égard je vous fais remarquer que la thèse universitaire assez répandue qui fait de François Bacon -alias Shakespeare- le « père fondateur » de l’empirisme est mensongère, mensonge visible dans le fait que Bacon n’est pas plus algébrique qu’Aristote – le péripatétisme que Bacon condamne est en réalité celui des moines scolastiques attardés de la Renaissance.)
    L’oeuvre de vulgarisation de la science laïque de Claude Allègre est au demeurant lui aussi débile puisque, comme Marx l’a compris, la science laïque se caractérise par son ésotérisme.

    – Revenons à Simone Weil : je ne la tiens pas pour parfaite, ni même K. Marx qui a été entraîné de par ses origines « judéo-boches » à surestimer assez longtemps les Lumières françaises et britanniques du XVIIIe (Diderot par bien des côtés pue le jansénisme à plein nez ; idem pour d’Alembert) par rapport aux Lumières de la Renaissance. Mais la condamnation sans appel par Simone Weil des spéculations algébriques de Max Planck, son constat que nous traversons une crise scientifique pire que celle que la Grèce a connue au Ve siècle avant J.-C., aussi bref cela soit suffit à en faire la plus grande savante chrétienne du XXe siècle, et je pèse mes mots. Pourquoi « chrétienne » me direz-vous ? Je ne vais pas vous faire un dessin pour vous expliquer combien de crimes atroces ont été commis et continuent d’être commis au nom de cette science laïque que Simone Weil réduit à des jongleries. Ce qui manque sans doute à Simone Weil comme à Marx, c’est le profond désir d’Apocalypse de Shakespeare, qui domine en cela avec les peintres de la Renaissance les « Temps Modernes », sonnant leur glas comme un prophète.

  11. Lapinos said,

    Quelques remarques séparées sur le « magistère » :
    – Si le magistère ne permet pas de voir que les propos d’un Jean Guitton par exemple, plutôt bien introduit dans l’Eglise et portant l’étiquette catholique, ses propos sont rien moins que sataniques, idolâtres, au regard même de la théologie de saint Augustin, alors le magistère est bon pour la casse. Le magistère est fait pour l’homme, et non l’homme pour le magistère.

    – Je ne crois pas du tout que les encycliques du pape soient « thomistes ». Pour ma part je répète que je considère le moyen âge et le thomisme comme étant « dynamiques » et dépassés, mais même si l’on s’en tient à un thomisme « statique », il est évident que le pape n’aurait pas avoué comme il l’a fait récemment publiquement
    sa méconnaissance de la personne du Saint-Esprit. S’il y a bien un point sur lequel Thomas d’Aquin est en progrès par rapport à Augustin, c’est celui-là.

    – Les bouquins de Garaudy (marxiste) ou Küng (hégélien) n’ont pas la puissance destructrice que vous leur prêtez. En un sens, je trouve même Thibon plus païen et destructeur. Mais je ne veux pas m’engager dans ce débat-là. Restons-en à la réalité, et la réalité c’est qu’on ne détruit pas ce qui est déjà dévasté depuis longtemps.
    Je m’étonne que le cas de Küng, ex-camarade de promo de Joseph Ratzinger ne vous fasse pas plus réfléchir. Celui-là a essayé de « convertir » celui-ci à la philosophie de Hegel. Son insuccès s’explique peut-être par le fait que le pape est assez grand pour piger que Hegel correspond à peu près, non seulement au régime de Napoléon, mais à celui d’Adolf Hitler. Là où vous êtes concerné, c’est que votre mosaïsme étrange (Moïse n’atteint pas la Terre Promise) correspond à peu près philosophiquement à la doctrine de Hegel, qui voyait Napoléon comme une sorte d' »homme providentiel » guidant le peuple français. Votre antimarxisme lui-même est profondément « judaïque ». Marx et Simone Weil ne sont pas seulement « antisémites », ils critiquent dans la religion chrétienne ou laïque ce qu’elle a de « juif », ou pour être plus exact, son pharisaïsme. Alors qu’il est logique pour un catholique de mettre le vieillard Siméon en avant, vous vous rangez derrière Moïse. La gloire pour Israël et le salut pour Sion dit Siméon. C’est bien Marx et Simone Weil qui sont, autant que possible, salvifiques.
    Là où Hans Küng a raison et il est parfaitement politiquement correct, c’est que Hegel est le sommet de la religion laïque et qu’il est donc rationnel pour un pape qui se félicite de la laïcité d’adopter Hegel.
    Si pesant est Hegel, d’ailleurs, que la plupart des marxistes depuis Marx (comme celui-ci l’avait pronostiqué) sont en réalité « hégéliens » (tels Derrida, Balibar, et même la conversion de Garaudy à l’islam n’est pas possible sans une bonne dose de hégélianisme).

  12. La voix dans le desert said,

    Lapinos,

    « On ne peut être “péripatéticien” et ignorer ou mépriser la science ; Benoît XVI a commis l’erreur, par ignorance, de s’attaquer à François Bacon et de lui imputer la responsabilité de la science prométhéenne, ce qui, de la part d’un Allemand, est assez culotté, étant donné que les Boches n’ont jamais à quelques exceptions près été capables de faire la différence entre les Grecs et les Romains, et que c’est là que réside la différence entre la science prométhéenne, et celle qui ne l’est pas. »

    – Etre péripatéticien, ce n’est pas aimer la science, c’est avoir fait siennes les principales armatures du péripatétisme, ce qui est tout autre chose. Il y a une ambigüité sur le mot « science  » ; le positivisme a associé ce mot aux seules sciences physiques, or pour un péripatéticien, « la science », c’est aussi et surtout la philosophie.
    – Le Saint Père remplit son devoir d’état de pasteur de l’Eglise, or il se trouve que ce devoir ne nécessite pas qu’il s’adonne à la biologie moléculaire ou à la physique corpusculaire. A moins que vous ayez un passage de son œuvre à me citer pour étayer vos dires, ce qui bien sûr, n’est pas le cas, ce reproche que vous faites au pape de mépriser la science ne vaut rien. Non, tout ce que vous avez à reprocher au pape, c’est d’avoir écorché un peu Bacon dans une encyclique. Je passe sur le ridicule qu’il y a à faire de ce point une affaire d’état, une preuve que Benoît XVI méprise la science, même venant d’un baconien acharné. Mais le point essentiel n’est pas là : il me faut vous répéter, puisque vos grandes oreilles sont aussi effroyablement bouchées, qu‘une encyclique papale concerne la foi et les mœurs, donc pas la science proprement dite. Le pape ne reproche pas à Bacon de vouloir étudier la nature, il lui reproche de vouloir créer le paradis sur terre, et vous êtes sacrément gonflé de le traiter d’ignorant : cette encyclique cite quelques passages de Bacon à l’appui de ses dires, ce qui prouve qu’il l’a lu, ce qui n’est pas votre cas, témoin notre discussion sur Ilys où vous avez démontré que vous ignoriez à quel point Bacon s’opposait à Aristote (et la confusion continue)…

    « Allez voir le site internet de la secte unitarienne antitrinitaire, vous verrez qu’ils se félicitent de l’adoption de la science laïque par l’Eglise romaine : ils ont raison, la science laïque est bel et bien essentiellement antitrinitaire. »

    – Je n’irai pas voir ce sacré site tout de suite, je compte plutôt sur vous pour m’apprendre en quoi la science peut être antitrinitaire. En attendant des explications claires et limpides, je vous avoue une immense perplexité, en lisant cette assertion.

    « Quelles hypothèses scientifiques d’Aristote sont fausses ? Prenez Claude Allègre, qui n’est pas complètement caricatural contrairement à certains scientifiques comme le britannique Richard Dawkins, Allègre dit (à peu près comme vous) : “La méthode scientifique d’Aristote est bonne, mais pas ses “découvertes”. C’est stupide, scientifiquement stupide d’écrire qu’une bonne méthode mène à de mauvais résultats. »

    – Aristote fait siennes les théories astrologiques de l’époque -qui ne sont pas de lui, pour rester dans le sujet, et qui sont fausses. Je ne dis pas que la méthode d’Aristote est bonne ou mauvaise, ça n’est pas ma partie, en revanche je tiens que les principes philosophiques qui conduisent les sciences physiques chez Aristote sont plus justes que ceux d’un Bacon, par exemple. Sans vouloir trancher entre Allègre et vous sur le fond, vous êtes tout de même d’une naïveté confondante ; je ne parle qu’en logicien : il n’y a pas que la méthode qui puisse mener à l’erreur, par conséquent, il n’est pas idiot de dire qu’Aristote a pu avoir une bonne méthode et de mauvais résultats.

    « Mais la condamnation sans appel par Simone Weil des spéculations algébriques de Max Planck, son constat que nous traversons une crise scientifique pire que celle que la Grèce a connue au Ve siècle avant J.-C., aussi bref cela soit suffit à en faire la plus grande savante chrétienne du XXe siècle, et je pèse mes mots. Pourquoi “chrétienne” me direz-vous ? Je ne vais pas vous faire un dessin pour vous expliquer combien de crimes atroces ont été commis et continuent d’être commis au nom de cette science laïque que Simone Weil réduit à des jongleries. »

    – Vous n’êtes sans doute pas plus grand que Simone Weil, et moi non plus. Restons en donc à ses propos, sans y ajouter de fantaisies. Weil se pose des questions sur Planck, elle écrit à son frère de poser des questions précises à un physicien, ce qui suffit à recadrer ses propos. Elle-même n’étant pas physicienne, objecte en philosophe, reprend des tas de considérations de Planck. Mais on reste en philosophie, pas en physique, et Simone Weil, je crois, en est consciente. Blague à part, si vous estimez la valeur de ses réflexions sur Planck, vous devriez comprendre que ses réflexions sur Marx et le marxisme ne sont pas dénuées de sens.
    – Je voudrais bien que vous m’expliquiez comment on peut donner à S. Weil le titre de « savante chrétienne », alors qu’elle n’avait pas la foi, au seul motif qu’elle se dresserait contre « la science laïque », sans faire du christianisme une étiquette, et de l’Eglise un parti politique, scientifique, etc, au moins implicitement. L‘Eglise est la communauté des baptisés -et j‘ai été particulièrement heureux d‘apprendre que Simone Weil l‘avait finalement intégré- et pas un ectoplasme idéologique.
    (Où l’on voit que ce que j’affirmais plus haut à ce sujet n’était pas dépourvu de fondement. En revanche, vos propos envers Sébastien eux, en étaient privés, et je vous préviens gentiment que la prochaine fois que vous malmenez mon lectorat, je censure vos propos.)

    « Si le magistère ne permet pas de voir que les propos d’un Jean Guitton par exemple, plutôt bien introduit dans l’Eglise et portant l’étiquette catholique, ses propos sont rien moins que sataniques, idolâtres, au regard même de la théologie de saint Augustin, alors le magistère est bon pour la casse. Le magistère est fait pour l’homme, et non l’homme pour le magistère. »

    – Connais pas l’œuvre de Jean Guitton, mais la dernière fois que vous aviez « prouvé » son satanisme sur votre blog, j’avais bien rigolé. Une fois de plus vous montrez que vous discutez de sujets qui vous dépassent : le magistère n’a jamais discuté l’œuvre de Jean Guitton, autant que je sache. Vous arrivez à faire la différence entre l’opinion personnelle ou collective d’un prêtre ou du clergé et celle de l’Eglise inspirée du Saint Esprit ? Un petit effort pour s’extraire du matérialisme crasse pourra vous aider à saisir que les réalités ne sont pas seulement naturelles, mais aussi surnaturelles, et que l’Eglise est une institution divine. Certes, le magistère est fait pour l’homme, et c’est précisément la raison pour laquelle vous devriez le suivre s’il avalisait telle ou telle pensée de Guitton. Mais je ne me fais pas d’illusion sur la réception de mes propos : il faut être catholique pour les comprendre.

    « Je ne crois pas du tout que les encycliques du pape soient “thomistes”. Pour ma part je répète que je considère le moyen âge et le thomisme comme étant “dynamiques” et dépassés, mais même si l’on s’en tient à un thomisme “statique”, il est évident que le pape n’aurait pas avoué comme il l’a fait récemment publiquement sa méconnaissance de la personne du Saint-Esprit. S’il y a bien un point sur lequel Thomas d’Aquin est en progrès par rapport à Augustin, c’est celui-là. »

    – Pardonnez mon manque d’idéologie, mais je ne comprends pas l’opposition entre thomisme « statique » et thomisme « dynamique ».

    « Là où vous êtes concerné, c’est que votre mosaïsme étrange (Moïse n’atteint pas la Terre Promise) correspond à peu près philosophiquement à la doctrine de Hegel, qui voyait Napoléon comme une sorte d’”homme providentiel” guidant le peuple français. Votre antimarxisme lui-même est profondément “judaïque”. Marx et Simone Weil ne sont pas seulement “antisémites”, ils critiquent dans la religion chrétienne ou laïque ce qu’elle a de “juif”, ou pour être plus exact, son pharisaïsme. Alors qu’il est logique pour un catholique de mettre le vieillard Siméon en avant, vous vous rangez derrière Moïse. La gloire pour Israël et le salut pour Sion dit Siméon. C’est bien Marx et Simone Weil qui sont, autant que possible, salvifiques. »

    – Mon « mosaïsme » est celui de tout chrétien, Lapinos, c’est bien dommage que vous refusiez de le comprendre. Je rappelais simplement que le christianisme ne sort pas de nulle part, et pas non plus de la philosophie grecque, mais du judaïsme ancien, révélé par Dieu à Moïse aux fils d‘Abraham. C’est un point très important de doctrine, qui porte pour nom l’Histoire du Salut. De plus, le catholique qui refuse de considérer que le catholicisme est la continuité du « mosaïsme » posera forcément que le judaïsme contemporain est le véritable fils du judaïsme antique, ce qui nous amène tout de suite plus près de ce judéo-christianisme marrane que vous prétendiez combattre en annexant la Grèce et en oubliant Israël. Comprenez une chose simple : si Moïse n’avait pas reçu les tables de la loi, et écrit le Pentateuque, il n’y aurait pas eu de vieillard Siméon qu’on puisse mettre en avant. Mais en avant face à qui ? Face aux pharisiens, évidemment, et aux autres saducéens, samaritains, etc… Siméon est l’exemple du juif fidèle à l’Alliance, à la religion de ses pères, qui n’a pas oublié la Promesse faite à Abraham, c’est tout cela, qui le rattache à Moïse, qui le sépare des pharisiens.
    – Par ailleurs, Marx ne critique pas le pharisaïme dans la religion, il critique la religion tout court, quand vous aurez compris ça, vous aurez sacrément progressé dans la compréhension de Marx. Simone Weil a dit beaucoup de conneries, et je ne lui pardonnerai sans doute jamais son antisémitisme, bien plus profond que celui des barbares germaniques (elle ne méprise pas la race, comment le pourrait elle ? Mais elle ôte au peuple juif sa véritable fierté, son élection, son rôle dans l’histoire… car la grandeur d’Israël n’est pas tellement d’être un peuple quatre fois millénaire et civilisé depuis toujours, la grandeur d’Israël est religieuse, et c’est même pour cela que sa responsabilité dans la mort du Messie est particulièrement grave)

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