Valeur de la critique

28-04 at 5:36 (Encyclopédie, Heurs et malheurs, Lectures, Philosophie, Théologie) (, , , , , , , )

2- Dans Quadragesimo Anno, le pape Pie XI expliquait pourquoi l’Eglise a « le droit et le devoir de se prononcer avec une souveraine autorité sur les problèmes sociaux et économiques ».

« Sans doute, c’est à l’éternelle félicité et non pas à une prospérité passagère seulement, que l’Eglise a reçu la mission de conduire l’humanité ; et même, « elle ne se reconnaît point le droit de s’immiscer sans raison dans la conduite des affaires temporelles ». A aucun prix toutefois elle ne peut abdiquer la charge que Dieu lui a confiée et qui lui fait une loi d’intervenir, non certes, dans le domaine technique, à l’égard duquel elle est dépourvue de moyens appropriés et de compétence, mais en tout ce qui touche à la loi morale. […] Car, s’il est vrai que la science économique et la discipline des moeurs relèvent, chacune dans sa sphère de principes propres, il y aurait néanmoins erreur à affirmer que l’ordre économique et l’ordre moral sont si éloignés l’un de l’autre, si étrangers l’un à l’autre, que le premier ne dépend en aucune manière du second. Sans doute, les lois économiques, fondées sur la nature des choses et les aptitudes de l’âme et du corps humain, nous font connaître quelles fins, dans cet ordre, restent hors de la portée de l’activité humaine, quelle fin au contraire, elle peut se proposer, ainsi que les moyens qui lui permettont de les réaliser ; de son côté, la raison déduit clairement de la nature des choses, et de la nature  individuelle et sociale de l’homme la fin suprême.

Mais seule la loi morale Nous demande de poursuivre dans les différents domaines entre lesquels se partage Notre activité, les fins particulières que Nous leur voyons imposé par la nature ou plutôt par Dieu, l’auteur même de la nature, et de les subordonner toutes, harmonieusement combinées, à la fin suprême qu’elle assigne à tous Nos efforts. Du fidèle accomplissement de cette loi, il résultera que tous les buts particuliers poursuivis dans le domaine économique, soit par les individus, soit par la société, s’harmoniseront parfaitement dans l’ordre universel des fins et Nous aideront efficacement à arriver, comme par degrés au terme suprême de toutes choses, Dieu, qui est pour lui-même et pour nous le souverain et l’inépuisable Bien. »

On voit par ces paragraphes combien il est aisé de répondre aux chrétiens qui pensent que la Doctrine Sociale de l’Eglise est dépassée. Si la doctrine sociale de l’Eglise était un recueil de traités d’économie, on pourrait juger ceux-ci réfutables et même réfutés. Mais il s’agit d’une branche de la théologie morale, qui comme telle est fondée sur l’enseignement du Christ, dont tout chrétien qui se respecte sait que les paroles ne passeront point. Dans l’ordre théorique aucune des vérités révélées ne sera jamais avérée fausse. De même, dans l’ordre pratique, il sera toujours possible de pratiquer les vertus que le Christ nous a ordonné de pratiquer. Il se peut qu’il soit devenu très dur de les pratiquer, peut-être plus dur que jamais, mais ce ne peut être une bonne raison de déclarer les vertus chrétiennes impropres à notre époque. Ce point semble tellement évident qu’on a peine à en croire nos yeux lorsqu’on lit avec quelle désinvolture certains chrétiens passent outre les enseignements pontificaux.

Cet avis, que la doctrine de l’Eglise puisse être dépassée, nous semble provenir chez certains de ceux qui la professent, d’une erreur sur le contenu même de la doctrine qu’ils jugent. Il devrait suffir donc de rappeler la nature théologique des encycliques papales, pour réduire à néant les équivoques à l’origine de ces jugements malheureux. Peut-être s’imaginent-ils que les papes ont proposé que l’on mette en oeuvre des recettes économiques qu’un économiste averti ne peut que juger inadaptées, peut être croient-ils que l’Eglise propose un programme politique révolutionnaire, à la façon des utopies socialistes, mais il n’en est rien. L’Eglise ne fait que développer la morale évangélique dans ses applications sociales et économiques. L’Eglise par exemple, ne rejette  pas le régime capitaliste. On lit, toujours dans Quadragesimo Anno, que le capitalisme « n’est pas à condamner en lui-même ; ce n’est pas sa constitution qui est mauvaise ». En revanche, elle condamne sans appel, au nom de l’enseignement du Christ, le libéralisme, l’esprit -pour ainsi dire- qui régit l’activité économique de la plupart des pays aujourd’hui.

Puisqu’elle se fonde sur la Révélation, la valeur de la théologie morale est absolue. Mais cette valeur ne peut elle être perçu que par les fidèles ? Dans sa totalité, oui, mais parce que toute théologie est aussi philosophie, chacun, de par sa qualité d’animal raisonnable, sera capable de reconnaître la pertinence des vérités naturelles qu’elle expose en même temps que les vérités surnaturelles. Ainsi, si ceux qui ignorent que le Christ est mort pour nous et qu’il est ressuscité ne percevront pas le sens profond des sentences papales,  il n’est pas nécessaire d’être chrétien pour être philosophe, et il suffit d’être philosophe pour résoudre certaines questions théoriques et pratiques, qui composent une partie de notre sujet.

Peut-être conviendrait-il donc dans un premier temps, de discuter les opinions des Anciens pour y voir plus clair.

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