Une pièce manquante

22-01 at 7:56 (Apologétique, Arabisme, Heurs et malheurs, Islam, Pensées détachées) (, , , , , , )

Comment exposer la foi chrétienne aux musulmans ?

Peut être, pour trouver une solution à ce problème en apparence insoluble, faut il se remémorer ce qu’est l’islam et quelle est la nature du Coran. L’islam, comme l’a dit saint Jean Damascène, qui a vu son expansion de très près, est une hérésie chrétienne. Le Coran est un livre théologique prêchant une doctrine hérétique en ce qu’il nie la Trinité, la divinité du Christ, la Rédemption et le péché originel. Mais on peut dire que ces hérésies sont des conséquences d’une autre, celle qui nie la Tradition apostolique. On s’en rend bien compte lorsqu’on lit des ouvrages écrits par des musulmans à l’adresse des chrétiens. Tous les dévidages, les syllogismes, les exégèses du Coran et de la Bible aboutissent à confirmer cette conception coranique du christianisme, qui ôte à la doctrine des apôtres tout fondement en Jésus Christ. Chaque musulman croit être parce qu’il est musulman, un authentique disciple de Jésus. C’est de cette assurance, que les musulmans basent sur la révélation que Dieu aurait accordé à Mohammed via l’ange Gabriel, que se tirent les hérésies qu’expose la théologie coranique.

Saint Thomas dans le Contra Gentiles, et dans le De rationibus fidei dit qu’il est difficile d’argumenter contre les musulmans parce qu’ils ne reconnaissent pas les Ecritures : Frustra enim videretur auctoritates inducere contra eos qui auctoritates non recipiunt. Amputé de l’autorité de la Tradition, il ne reste donc que la raison naturelle qui soit notre alliée face aux infidèles, mahométans compris. Si saint Thomas a connu les ouvrages d’Averroès, et d’Avicenne, il a découvert à travers ces deux philosophes péripatéticiens, une conception de la philosophie, du rôle et des capacités de la raison naturelle, qui n’est pas celle des diverses écoles de théologie coranique. De ce point de vue là, on peut même dire que la doctrine d’Averroès est l’exact contrepoint de celle des acharites. Face à un musulman le catholique est en fait plus démuni que ne le croit saint Thomas. (D’ailleurs, saint Thomas n’a jamais argumenté contre les musulmans. Le De rationibus fidei est un exposé de l’intelligence de certains dogmes, ce n’est pas un traité adressé aux musulmans, mais au Chantre d’Antioche.)

Les musulmans rejettent peu ou prou l’usage de la raison, tant en philosophie qu’en théologie, autant qu’ils rejettent l’autorité des Ecritures. Cet état de fait suffit selon moi à justifier l’usage de la théologie positive à l’adresse des musulmans. Si l’on côtoie des musulmans au quotidien, des gens qui ne connaissent que vaguement leur doctrine, qui ne connaissent pas la vôtre, l’usage de la raison naturelle peut sembler le seul pont entre vous et eux. Mais on se rend bien compte de l’importance de la théologie positive lorsqu’après avoir argumenté sur la nature divine, notre interlocuteur rejette en bloc tout notre raisonnement, au motif que la révélation coranique interdit de penser de la sorte. Du reste je ne voudrais pas en proposant ma façon de penser, mépriser toute autre méthode que celle que j’estime le plus. Je ne dis pas que la théologie spéculative, ou la philosophie naturelle soient inutiles face à l’islam (que l’on se rappelle ici de certaines pensées de Charles de Foucauld, qui sont un trésor), mais il importe davantage selon moi, de prouver que la théologie de saint Paul est bien conforme à l’enseignement du Christ, avant de discuter les notions qu’elle implique. Y a t’il un objet qui soit plus approprié à la théologie positive que la doctrine de la Tradition ?

D’autre part, indépendamment de sa valeur apologétique, un tel ouvrage a une valeur intellectuelle. Les musulmans ont une vision déformée des dogmes chrétiens. Si à défaut de convertir, un ouvrage de théologie positive pouvait permettre de diffuser une meilleure compréhension de la doctrine catholique, cela serait toujours un bien, et un bien n’est jamais perdu. D’ailleurs, vu l’état du christianisme en Occident, on peut dire que l’ouvrage en question ne serait pas seulement utile aux mahométans, mais aussi aux chrétiens.

Sauf erreur de ma part, il n’y a aucun traité théologique exposant la doctrine catholique contre les assertions coraniques que l’actualité ait incité à écrire. Il doit y avoir plusieurs raisons à cet état de fait. D’abord, il semble que les chrétiens occidentaux n’aient pas grand souci de convertir les musulmans. Ce qui est vrai des siècles passés l’est encore aujourd’hui ; qui s’inquiète de convertir les musulmans ? Personne. Ensuite, tout porte à croire que le point de divergence essentiel entre l’islam et le catholicisme ait été perdu de vue par les chrétiens, et cette constatation est extrêmement inquiétante. On s’épuise à multiplier les ouvrages et les articles s’inquiétant du sort de la laïcité -comme si un catholique devait se désoler que la laïcité soit en danger ! On explique bien patiemment que l’islam ne distingue pas entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, ce qui est vrai. Mais alors, on ne rappelle que cette distinction est une application du commandement du Christ  » rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » qu’à titre annexe. L’islam n’est pas perçu comme une religion, mais comme une seule philosophie politique, à laquelle on oppose de moins en moins souvent la philosophie chrétienne. En ce qui concerne l’avenir de la France, ma crainte principale n’est pas tant que le nombre de fidèles musulmans ne s’accroissent jusqu’à devenir majoritaire, c’est que les fidèles catholiques manquent de théologie face à cette doctrine.

Publicités

25 commentaires

  1. aquinus said,

    Merci pour ces développements essentiels La voix.

    J’ai depuis une dizaine d’années, pour des raisons professionelles, des relations régulières avec des musulmans dans un grand nombre de pays du Maghreb et du Moyen-Orient. L’un des sujets principaux de « discussion » est la religion ce qui revient en général pour eux à faire une apologétique du coran. S’y lancer avec la raison naturelle est peine perdue et j’ai mis un moment à m’en rendre compte; la formation d’esprit coranique interdisant de facto un grand nombre si ce n’est la majorité, des raisonnements philosophiques.

    En outre j’ai rapidement réalisé qu’ils ignoraient totalement ce qu’était le christianisme, a fortiori le Magistère de l’Eglise et la Tradition catholique. Les plus érudits sont capables d’annoner certaines réfutations sommaires des passages les plus gênants (pour eux) de l’Evangile et surtout de St Paul. Ce sont ceux-là qui sont les plus proches de la conversion, parce qu’à partir de cet embryon de connaissance de notre religion j’arrive désormais à leur faire comprendre que leurs arguments contra sont faux, et à avancer des pions montrant la cohérence théologique de notre Tradition. C’est un grand choc lorsqu’ils réalisent que, peut-être, le Catholicisme n’est pas une sorte de mythe antique sans aucune cohérence que l’islam submergera bientôt, mais au contraire bien plus solide théologiquement qu’il n’y parait. Ils ne se doutent en général absolument pas de cela.

    En réalité sorti de l’étroite matrice coranique, il est aisé de prendre le dessus sur un musulman – que la discussion porte sur la théologie catholique, telle discussion géopolitique ou les affaires. L’impasse théologique du coran les condamne à une soumission totale à une Loi, qui les met dans une telle position de faiblesse que la seule façon qu’ils ont de renverser la situation est de commettre les actes de violence les plus absolus dès lors que quiconque ébranle ou contredit cette Loi.

    Ainsi, l’islam n’est absolument pas une quête de Dieu ou une voie de Salut, mais une impasse théologique totale.

    Un ouvrage tel que celui que vous évoquez m’intéresserait au plus haut point et me semble essentiel à la Chrétienté aujourd’hui; ce qui m’intéresse aussi, ce serait de comprendre les ressorts qui ont fait qu’un certain nombre de penseurs musulmans ont réussi à faire de la philosophie (en opposition complète avec le coran). Comment y sont-ils parvenus, et surtout comment n’ont-ils pas poussé jusqu’à abandonné leur hérésie?

  2. La voix dans le desert said,

    Je pense que vous faites erreur lorsque vous dites que les musulmans ont philosophé contre le Coran. Je crois qu’il ont philosophé contre la théologie coranqiue, c’est à dire contre l’interprétation littérale du Coran. C’est le cas bien connu d’Averroès, qui affirme sans ambage que l’on doit proposer l’interprétation du sens véritable du Coran selon les règles de la philosophie (en fait, celle d’Aristote). Il est remarquable de constater que le système averroïste n’est pas anti coranique, dans le sens qu’il prétend se fonder sur le droit. Il n’y a pas à mon sens de faille logique, pas de raison de laisser tomber ses croyances si elles ne sont que des déductions philosophiques pures.

    Mais l’enseignement d’Averroès a été rejeté par les théologiens coraniques, et je pense que l’opposition la plus frontale que peut trouver le chrétien chez un musulman est celle théologique, de l’assurance de la révélation coranique, ce qui ruine la valeur apologétique de la théologie spéculative, et de la philosophie en général. Autant se passer des préambules de la foi, et entrer tout droit dans la Révélation, balayant ipso facto l’argumentation opposée (non pas au hasard, mais selon un plan determiné, bien sûr).

    Il reste que c’est à moi de vous remercier, heureux que je suis de pouvoir entendre des opinions occidentales à ce propos.

  3. vhp said,

    Comme Aquinus, je vous remercie d’avoir bien voulu nous livrer votre science sur ce sujet. Ca faisait déja un petit moment que j’esperais que vous passeriez à l’acte.

    J’aurais beaucoup de questions à vous poser à ce sujet pour vous ennuyer, mais pour commencer, puisque vous soulignez que l’islam est une hérésie chrétienne, que pensez-vous des thèses de chercheurs comme Alfred-Louis de Prémare ou le Père Edouard-Marie Gallez* sur les origines de l’islam ?

    Par ailleurs, le point de doctrine catholique le plus à même de faire comprendre à un musulman le catholicisme, n’est-ce pas la communion des saints et la reversibilité des mérites ? J’ai toujours été frappé, en lisant la prose mahométane, à quel point cette notion est tout à fait étrangère à l’islam : Mahomet lui-même n’a pas eu le droit d’interceder pour le salut de ses proches, et les musulmans ne peuvent pas prier pour le salut des défunts que l’on soupçonne mort dans l’infidèlité. Quelle tristesse… Et une fois qu’une personne admets l’idée de communion des saints, elle doit être plus à même d’admettre le mystère de la rédemption.

    Enfin – j’abuse de votre hospitalité – vous semblez fréquenter les chrétiens orientaux. Quel discours (théologique) ont ils face à l’islam ?

    Bien à vous,
    vhp

    * : sa thèse est exposée ici : http://www.lemessieetsonprophete.com/

  4. La voix dans le desert said,

    Evidemment, les dogmes catholiques se tiennent entre eux de telle façon que si vous en niez un, vous serez conduit à nier tous les autres. En ce sens, il est vrai de dire qu’un point de doctrine assimilé aide à comprendre les autres points de doctrines.
    Mais concernant le point précis de la Rédemption, il se trouve que les concepts purement judiciares de l’autorisé et de l’interdit dans la théologie islamique ne sont pas des synonymes des concepts de bien et de mal que défend la théologie catholique. Il n’est pas certain qu’un musulman entendrait la notion de mérite que vous lui expliqueriez (je n’ai jamais essayé de discuter ce point). On en vient toujours à buter sur le même point, que la raison ne suit pas. Dans une discussion, vous pourriez être amené à discuter de cela, sans pouvoir placer des dogmes de premier ordre, mais il serait impensable de commencer un bouquin de théologie par la doctrine de la communion des saints, dogme secondaire.

    Pour la question des origines de l’islam, j’avoue que j’ai un faible pour les explications qui tiennent compte du contexte des hérésies, et du judéo-christianisme. J’ai parcouru rapidement votre lien, et j’y ai retrouvé la thèse de l’espagnol José O’Callaghan qui disait que les manuscrits de Qumran étaient judéo-chrétiens. Si l’on étudie le contexte historique, on voit qu’il se prête facilement à une explication du genre de celle que défend le Père Gallez. Remarquez que lorsque je dis que l’islam est une hérésie chrétienne, je ne parle pas en termes historiques, mais purement doctrinaux. Dans cette perspective, il semble tout indiqué que les origines de l’islam soient à chercher dans les fermentations intellectuelles des judéo chrétiens de Syrie Palestine, plutôt que chez les incultes des déserts péninsulaires, mais ce n’est pas évident pour autant. Pour répondre à votre question, je crois que le père Gallez, O’Callaghan, et les linguistes qui déterminent l’influence des langues hébraïques et araméennes sur l’arabe du Coran sont dans le vrai.

    Quant à la question du discours théologique des chrétiens d’Orient, j’avoue ne pas bien saisir le sens de votre question. Voulez-vous savoir si les chrétiens tendent au syncrétisme (je réponds tout de suite que non)? ou s’ils se risquent à l’apologétique ? Je réponds à la deuxième question par la négative. Un débat doctrinal a le plus de chance d’avoir lieu quand un érudit musulman tente de convertir un supérieur de monastère, un prêtre ou un moine solitaire. A cette occasion, on en vient rapidement à traiter de la Tradition apostolique, d’une façon ou d’une autre. (L’authenticité chrétienne de la théologie de saint Paul, en théologie, l’évangile de Barnabé en histoire, etc…)
    J’espère vous avoir répondu. Dans le cas contraire, n’hésitez pas à m’ennuyer.

    Cordialement

  5. daredevil said,

    bonjour,

    Excusez-moi de vous ennuyer. Je ne comprends pas votre argument  » ils nient la divinité du Christ », enfin si je le comprends mais d’après le peu que je connais, les Juifs nient aussi la divinité du Christ.

    En parlant de ça, justement j’ai trouvé un texte sur le Net qui réfute la judéité du Nazarréen, non pas pour séparer le judaïsme et le christianisme, mais parce que selon lui, dans la région où le Crucifié est né, les personnes n’étaient pas juives, ceux-ci étant concentrés dans une autre zone. Propos stupides ou cela vaut-il que j’entame des recherches à ce sujet ?

    Sinon bon courage, je viens de découvrir votre blog, c’est parfois un peu ardu mais intéressant.

    Cordialement

  6. La voix dans le desert said,

    daredevil,

    Oui, les juifs nient la divinité du Christ, et ils nient aussi le simple fait qu’il soit le Messie annoncé par les Prophètes, contrairement aux musulmans (ceci dit, la connaissance des Prophètes n’est pas le point fort de la doctrine d’islam, trop acharnée à trouver dans la Bible des annonces de la mission de Mohammed). Avec un juif rabbinique, on est obligé de discuter l’interprétation de l’Ancien Testament en premier lieu, quand on la discute en second lieu avec un musulman. (En ce sens, je pense qu’on trouve meilleur appui chez saint Paul et saint Augustin que chez saint Thomas pour discuter avec un juif). En cet article, je ne cherche pas à dégager les spécificités de la doctrine islamique, mais simplement à prouver le bien fondé de la méthode que j’expose brièvement, qui me semble correspondre le mieux au contexte.

    Ce n’est pas la première fois que j’entends dire que Jésus ne serait pas juif. Mais c’est la première fois que j’entends invoqué cet argument. Porte t’il sur Nazareth ou sur Bethléem ? Le Christ est né à Bethléem, d’une mère nazaréenne selon les Evangiles. Plutôt que de discuter Bethléem, c’est Nazareth dont il faudrait nier qu’elle fut habitée de juifs à l’époque. Remarquez, dans les deux cas, la position me semble intenable. A l’époque de Jésus, les juifs se divisaient en deux, selon qu’ils étaient du Nord, ou du Sud (Jérusalem, Bethléem). Les pharisiens jérusalémites méprisaient les galiléens, dont s’entourait Jésus (saint Pierre, par exemple), d’où peut être des confusions, mais si les apôtre n’étaient pas aussi rigoureux sur les ablutions rituelles que les pharisiens, ils n’en étaient pas moins juifs. Vous pouvez toujours chercher, mais je serait dort étonné que vous trouviez quelque chose de solide à l’appui de cette thèse.

    A part ça, je vous remercie de vos encouragements, qui font toujours plaisir.

    Bien à vous

  7. Ren' said,

    J’ai entamé la lecture de votre blog il y a quelques temps avec beaucoup d’intérêt, y trouvant de quoi me faire progresser ; mais une grande surprise aujourd’hui de me voir référencé dans vos liens, tant l’érudition manifesté par tous les intervenants de ce blog me manque ? Face à une telle culture, je n’ai pour moi que ma foi et la fréquentation quotidienne des musulmans…

  8. La voix dans le desert said,

    Merci de vos compliments implicites. C’est moi qui ait été surpris de découvrir qu’on m’avait mis en lien. Il me semble normal de rendre la pareille, d’autant que j’apprécie l’initiative qui est à l’origine de la création de votre site.

    Vous avez la foi et l’expérience, que vous faudrait il de plus ? N’importe quel chrétien ayant la foi en sait plus que le plus fin des philosophes, comme dit Saint Thomas. Si l’érudition est chose très utile, elle n’est pas absolument nécessaire pour discuter avec un infidèle de quelque religion qu’il soit.

    Cordialement

  9. Beethoven said,

    St Thomas disait plus apprendre devant le crucifix que dans les livres.

  10. Ren' said,

    Pour en revenir à votre article, l’une des difficultés des discussions entre catholiques et musulmans est -à mon sens- la primauté de la pratique en islam. La majorité des musulmans a été habituée par des siècles de fiqh à considérer des pratiques légitilmées par les siècles mais en contradiction avec le Coran (lapidation, circoncision, excision, etc.) comme étant des prescriptions coraniques grâce à des argumentaires tortueux et finalement incohérents. Comment faire percevoir la cohérence du catholicisme quand notre liberté chrétienne vis-à-vis des pratiques nous « disqualifie d’office » ? De même, il y a une impossibilité culturelle à voir les contradictions internes du Coran, du fait de ce syllogisme : 1. Le Coran vient de Dieu 2. Or il déclare que s’il venait d’un autre que Dieu, alors il y aurait des contradictions 3. Donc le Coran ne contient pas de contradictions. Quand le contradictoire est décrété sans contradiction, comment faire percevoir la cohérence là où est postulée d’office l’incohérence ?

  11. La voix dans le desert said,

    C’est exactement ce que je dis, que l’on part vaincu d’avance si l’on place la discussion sur le terrain du Coran. Ce faisant, opposant ses raisons naturelles à ce qui est reconnu comme révélé, on ne parvient pas à emporter l’adhésion à ces raisons elles-mêmes. (Ce qui est plutôt plaisant, car cela veut dire que le rationalisme n’est pas dans la coutume). Et à supposer que vous emportiez l’adhésion de votre interlocuteur à vos raisons, cela ne ferait pas de lui un chrétien, mais un impie, ce qui ne nous avance pas beaucoup.
    Une méthode qui essaie de faire d’un musulman un impie pour en faire ensuite un chrétien me semble non seulement indigne d’un chrétien, mais forcément condamnée à la stérilité vu les mentalités auxquelles elle s’adresse.
    Il ne reste qu’à suivre le Pères de l’Eglise, et comme eux, à exposer les raisons de la foi. Pourquoi sommes nous chrétien ? Parce que nous croyons que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, le Rédempteur du genre humain. Et pourquoi croyons nous ces choses ? Parce qu’Il l’a dit, et on trouve trace de ces Paroles dans la Tradition. Je ne vois pas d’autre façon de procéder que celle-ci, qui plonge directement votre interlocuteur dans la Révélation. Je ne dis pas que c’est infaillible, mais je dis qu’elle permet au moins d’instruire les intelligences des dogmes chrétiens, ce qui est déjà beaucoup. Et de montrer que la religion qui est la nôtre peut se targuer d’avoir conservé le dépôt de la foi intact des Apôtres à nos jours.
    De la même façon, qu’est ce qui nous permet de discuter le Coran, d’y voir des contradictions ? La Révélation, et à travers elle seulement, nos arguments philosophiques et historiques ont de la portée. A partir de l’exposition de la foi chrétienne, et seulement à partir de là, on peut légitimement contester la théologie coranique sans verser dans le rationalisme.

    Au sujet de la pratique, je ne vois pas quoi vous répondre, ne comprenant pas le sens que vous donnez à l’expression « liberté chrétienne » dans ce contexte. Je vous prie de bien vouloir excuser mon insuffisance, et si vous le souhaitez, de reformuler votre question.

  12. Ren' said,

    La question n’est pas, en effet, de discuter des contradictions coraniques. Je n’ai soulevé ce problème que pour illustrer ce qui pour moi reste une difficulté majeure : quand l’esprit de notre interlocuteur est habitué à trouver logique l’illogique, comment lui faire prendre conscience de la cohérence de ce qu’on lui dit ? La simplicité des affirmations coraniques vient sans cesse faire barrage… Vous dites : « Pourquoi croyons nous ces choses ? Parce qu’Il l’a dit, et on trouve trace de ces Paroles dans la Tradition ». Réponse immédiate : « Non, votre Tradition est l’oeuvre de faussaires (le Coran le dit), nous, musulmans, avons les véritables paroles de Jésus (le Coran le dit) »

    Quant à la « liberté chrétienne » que j’évoque, elle se comprend par contraste avec le ritualisme musulman : pour un regard musulman, nous avons une diversité de pratiques qui ne sont que bid’ah (innovation, non-prescrite par Dieu, et donc blâmable), ce qui « prouve » notre égarement… Autre certitude handicapante.

    Votre idée me semble très intéressante, très convaincante quant au contenu projeté, mais après avoir résolu la question du « que dire ? », reste à trouver la réponse à la question du « comment dire ? » : comment passer les barrières mentales de l’interlocuteur ?

  13. La voix dans le desert said,

    Je ne pense pas que le musulman ait l’habitude de cconsidérer logique l’illogique.Disons plutôt qu’il prend l’habitude de ne pas se poser de questions au nom du Coran. Du reste, rappelez vous que je parlais d’écrire un livre, pas de mener une discussion, ce qui change le problème. Ecrire un livre, c’est avoir la maîtrise de l’objection. Si vous me demandez que faire dans un cas de discussion comme celui que vous évoquez, je n’ai pas de réponse infaillible. En général, je rétorque par une histoire. En Syrie, si un musulman m’explique que les chrétiens ne sont pas des disciples du Christ dixit le Coran, je lui raconterai immanquablement l’histoire de Saint Paul sur le chemin de Damas. En général, les histoires plaisent, amènent des questions, et à partir du moment où il commence à discuter de la Bible, et non du Coran, le musulman perdra pied, fatalement. Je ne dis pas que c’est ça qu’il faut faire, je dis que c’est ce que je fais (en Orient).
    Par un livre, on s’adresse à un public determiné. Dans une discussion, le « comment dire » dépend de la personne à qui vous avez affaire. Il arrive que l’on rencontre un instruit, qui vous débite un discours apologétique qu’il suffit alors de réfuter -facile. Le plus souvent vous vous trouvez face à un ignorant de bien des choses, y compris de sa propre religion, et alors pourquoi pas raconter l’Evangile, ou les Actes ? (Vous vous serez rendu compte, si vous avez ne serait-ce que voyagé en Orient, combien les musulmans un tant soit peu instruits se plaisent à vous narrer un hadith, ou un bout d’histoire islamique…

  14. Ren' said,

    Pour ce qui est de « ne pas se poser de questions », je dirais plutôt « à cause de la tradition islamique », qui décréta la fermeture de l’ijtihad, « sous le prête-nom du Coran »… Quant à mon « interlocuteur », il n’est pas si différent de votre lecteur, si votre livre vise un public musulman. La forme de communication diffère, mais la question du « comment », à mon sens, demeure. J’ai en tout cas un grand intérêt pour votre expérience de l’Orient, la mienne se limitant à l’Occident (France et Maroc)

  15. La voix dans le desert said,

    Ce n’est qu’une pure induction de ma part, mais je pense que mon lecteur est différent de vos interlocuteurs. Parmi vos interlocuteurs, la majorité n’achèteront pas un livre traitant du christianisme, ou ne le liront pas si on leur offre. La curiosité intellectuelle est l’apanage d’une minorité. Je pense que je ne m’illusionne pas. En revanche, je connais un peu l’immigration arabe maghrébine en France, et je peux vous dire qu’ils sont en général plus curieux et plus raisonneurs que les moyen orientaux ou que les français.
    De toute façon, on aura beau décortiquer les psychologies, les anayser en tous sens, on ne trouvera pas là une façon parfaite de procéder. On ne fait que mettre les chances de son côté, et il ne reste qu’à prier pour que la grâce de Dieu face le reste.

  16. Ren' said,

    Votre dernière remarque est un précieux rappel : celui de l’importance de la prière. C’est ce qui fait toute la différence entre l’agir en Dieu et l’agir au nom de Dieu… Le premier nous place dans une attitude filiale, alors que le deuxième met en avant notre ego. Je bascule trop facilement dans ce dernier travers, je pense, oubliant cette phrase du Christ : « Aux hommes c’est impossible, mais à Dieu tout est possible » (Mt XIX, 26)

  17. La voix dans le desert said,

    Il ne faudrait pas oublier en effet, que c’est la petite Thérèse qui est patronne des missionnaires. D’ailleurs agir hors de Dieu -pour reprendre votre heureuse expression- n’est pas seulement impie, c’est également vain.
    (Voir les observations des Pères commentant la Passion du Christ, sur le volontarisme de saint Pierre)

  18. Ren' said,

    Heureux rappel que celui de Thérèse ! Mais pour ce qui est des commentaires des Pères, auriez-vous des références précises ? D’avance, merci.

  19. La voix dans le desert said,

    Vous pouvez vous reporter à la Chaîne d’Or de saint Thomas d’Aquin, vous y trouverez une suite de commentaires des Pères, verset par verset de l’Evangile, et par conséquent. Autant que je sache, ces quatre suites de commentaires ont été toutes traduites en français, ce qui permet de découvrir les éxégèses des Pères souvent extraites d’opuscules quasiment introuvables en français.
    C’est dans la chaîne d’Or de l’Evangile de saint Jean, l’impétuosité de saint Pierre est discutée (Cap XVIII), faisant référence à saint Jean Chrysostome entre autres (dont les commentaires de l’Ecriture sont toujours magnifiques).

  20. Ren' said,

    Mersi braz. N’ayant lu que Tertullien et Irénée, et actuellement plongé dans St Augustin, j’aurais sans doute passé nombre d’années avant de tourner mon regard vers St Thomas d’Aquin. Je serais donc longtemps resté ignorant d’un tel trésor…

  21. La voix dans le desert said,

    Outre l’intérêt personnel, et le précieux support doctrinal pour votre travail, vous trouverez chez saint Augustin un tas de belles images, de métaphores et de comparaisons qui pourront vous servir dans vos conversations avec les musulmans.
    A part ça, ne perdez pas un seul instant, et je ne saurais trop vous conseiller de vous lancer dans les commentaires de saint Thomas lui-même. Si vous êtes latiniste, rien ne vous restera inconnu ; dans le cas contraire, vous aurez je crois, accès aux commentaires des épîtres de saint Paul, précieux documents entre tous.

    A part ça, n’hésitez surtout pas à lire les autres oeuvres de saint Thomas. (C’était la minute de propagande thomiste)

  22. Xabi said,

    Auriez-vous un ouvrage de « vulgarisation » à conseiller sur Saint Thomas d’Aquin?

  23. La voix dans le desert said,

    A moins de vouloir par ce mot qualifier l’interprétation pour le moins douteuse de certains thomistes, je ne vois personne qui a écrit de la vulgarisation sur le sujet. Ou alors, c’est que je ne comprends pas le mot. Il y a en revanche des variations dans le degré de complexité entre un livre et un autre. Si vous souhaitez lire une petite présentation, qui reste générale, je vous conseille « Saint Thomas du Créateur » de Chesterton. Très beau, comme une méditation. On y parle plus de saint Thomas que de philosophie, mais le sens profond de l’oeuvre est parfaitement perçu par l’auteur. Si vous voulez connaître le gros de la philosophie thomiste, vous gagnerez à lire « Le thomisme » d’Etienne Gilson. Exposé synthétique de la pensée du maître, une bonne base. Deux références efficaces, qui n’ont rien d’original.

    (Alors que les autres scolastiques sont presque parfaitement tombés dans l’oubli, il y a eu un certain nombre de thomistes au XIXème et XXème siècle, mais qui présentent des divergences d’interprétations sur des points capitaux. Vous conseiller un livre de Gilson, c’est prendre parti. A toutes fins utiles, mieux vaut préciser.)

  24. Ren' said,

    Mon intérêt pour St Augustin est en effet venu de mon intérêt pour l’islam… Son passé de manichéen l’a amené à écrire de nombreux textes qui sont d’une grande actualité, du fait des points communs existant entre ces deux religions.

  25. Olivier C said,

    La Voix dans le désert à dit : « Une méthode qui essaie de faire d’un musulman un impie pour en faire ensuite un chrétien me semble non seulement indigne d’un chrétien, mais forcément condamnée à la stérilité vu les mentalités auxquelles elle s’adresse. Il ne reste qu’à suivre le Pères de l’Eglise, et comme eux, à exposer les raisons de la foi. Pourquoi sommes nous chrétien ? [etc…] ».

    Quand à Averroès et Avicenne c’est vrai qu’ils n’étaient pas représentatifs de la pensée musulmane…

    Bravo et merci pour ces quelques phrases, vous m’avez convaincu. En tout premier lieu par votre considération sur « l’éthique » à avoir dans notre approche d’un dialogue islamo-chrétien pour lequel il ne s’agit pas de détruire les convictions de l’autre mais de construire de manière positive.

    Je reconnais avoir eu le travers dénoncé. La prochaine fois que j’entamerais une réflexion ou une discussion interreligieuse avec cette confession je me souviendrais de votre conseil. Jusqu’à maintenant, dans les rares fois où j’ai eu l’occasion d’entamer une disputatio islamo-chrétienne, je cherchais à démontrer aux musulmans les incohérences internes de leur foi, la prochaine fois je partirais du donné révélé en suivant les orientations suggérées plus haut.

    Bien à vous. Olivier C

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :