Paulinisme appliqué

6-11 at 8:05 (Apologétique, Arabisme, Histoire, Islam, Théologie) (, , , , , , , )

A l’origine, ce billet se voulait une réfutation des principales assertions de l’apologétique islamique sunnite (précision d’importance) dans sa forme adressée aux « chrétiens ». Y travaillant, je n’ai pas pu m’empêcher d’en tirer certaines conclusions méthodiques, et c’est ainsi que l’idée m’est venue de proposer un patron d’essai apologétique catholique à l’adresse des musulmans.

Sur le terrain des polémiques apologétiques le chrétien à un tour d’avance sur le musulman. Il suffit au chrétien de discuter l’authenticité de la Bible et la Vérité de son message pour convaincre le musulman, tandis que le musulman doit, avant d’établir l’authenticité du Coran et la vérité de sa doctrine, prouver que la doctrine qu’explicite la Bible est fausse et oeuvre tardive d’auteurs inconnus, sans réelle valeur historique. Le Coran entre dans l’histoire après que le christianisme ait été prêché, et la doctrine du Coran s’oriente frontalement contre les dogmes du christianisme, ceci expliquant cela ; dans l’ordre théologique comme dans celui de l’histoire, l’affirmation précède la négation. L’axe central de divergence entre les chrétiens et les musulmans concerne le Christ, pas le Coran et Mohammed. C’est là un axe on ne peut plus chrétien. En conséquence, le chrétien doit conclure avec saint Jean Damascène, que l’islam est une hérésie chrétienne, et ses doctrinaires, des hérésiarques chrétiens. Et je ne suis pas convaincu que l’apologétique catholique ait beaucoup à gagner d’ajouter à l’exposition de la Révélation qui est son objet, quantités de pages philosophiques et historiques, en vue de discuter l’authenticité du texte du Coran. En conséquences, il m’a semblé bon de commencer l’essai apologétique par la réponse à ces questions que peut se poser le fidèle musulman :

1- Qu’est-ce qu’être chrétien ?

 

2- Comment connaître l’enseignement du Christ ?

3- Quel est l’enseignement du Christ ?

L’apologète catholique a un autre tour d’avance sur son confrère musulman, car l’un et l’autre n’accordent pas la même valeur aux textes sacrés. Si un historien, qu’il soit chrétien ou non, prouvait que les deux exemplaires originaux du Coran sont faux, il détruirait le fondement même de la théologie islamique. A l’inverse, si un historien de quelconque confession, prouvait que les Evangiles synoptiques sont des faux, si un musulman prouvait que l’Evangile de saint Jean n’a pas vraiment été écrit par l’Apôtre, il est certain que l’apologétique chrétienne en serait affectée, privée d’une ressource importante, mais il est non moins certain que cela ne saurait l’empêcher définitivement de prêcher. Le coup porté ne serait pas fatal, pour la simple raison que la doctrine catholique ne prétend pas se fonder sur les seules Ecritures Saintes, mais sur la tradition apostolique, qu’elle soit orale ou écrite, ce qui est un cadre bien plus large. Parlant de cela, le principal problème technique de l’apologétique islamique sunnite est que, s’adressant aux « chrétiens » dans leur ensemble qu’il s’agisse des protestants, des orthodoxes ou des catholiques, elle s’appuie néanmoins sur l’idée qu’en critiquant la valeur historique des Ecritures, on ruine les fondements de l’édifice doctrinal chrétien, bien que le postulat de l’Ecriture seule n’appartienne qu’aux multiples sectes protestantes. Catholique, j’ai lu mille petits traités d’apologétique islamique, sans jamais avoir eu l’impression que l’auteur pourrait un jour me faire changer d’avis sur la vérité de ma religion. J’ai simplement pensé qu’il y avait plus de points communs entre un pasteur évangélique et un musulman sunnite que chacun des deux ne voudrait le croire de prime abord.

Ainsi donc, il nous faut établir que le chrétien est un disciple du Christ, membre de l’Eglise qu’Il a fondé, croyant en la doctrine qu’Il nous a révélé, et appliquant les commandements moraux qui en découlent (question n°1). L’apologétique islamique trace souvent un historique de ce mot dont la foule baptisa les premiers chrétiens. Il ne semble pas mal venu de faire de même. Puis il faut préciser que l’enseignement du Christ nous est transmis par la Tradition Apostolique (question n°2). L’Eglise en effet, a été instituée avant que les écrits qui composent ce que nous nommons le Nouveau Testament ne soient composés. L’Eglise est garante de la tradition orale et écrite que nous ont transmis les Apôtres. Joseph de Maistre a raison de dire que l’attachement des protestants à l’écrit est idiot, et que l’enseignement des Apôtres était oral. On le voit bien à travers les Epîtres de Saint Paul, qui sont adressées à des fidèles déjà instruits des vérités de la Révélation. Mais de Maistre va trop loin lorsqu’il oppose l’oral à l’écrit. D’abord parce que l’oral et l’écrit sont complémentaires, ensuite parce que la distinction fondamentale n’est pas là. L’oral et l’écrit sont tous deux nécessaires, et il convient bien mieux d’opposer le dépôt de la Tradition Apostolique à ce qui n’est pas de la Tradition Apostolique, ou se dresse contre elle. Là il faut parler du lien qui unit le nouveau testament à l’ancien. Le musulman considère Jésus comme le Messie qu’espéraient les Patriarches. Il faut donc aussi discuter de l’authenticité des évangiles et des Ecritures judaïques, et prouver la fausseté des apocryphes, en particulier de l’évangile de Barnabé. Puis montrer les preuves de la messianité du Christ. C’est avec la question n°3, nous entrons dans le vif du sujet, qui discute des questions doctrinales et morales. Bien entendu, la réponse aux questions doctrinales implique des arguments éxégétiques tirés du nouveau et de l’ancien testament. Le dogme de la Trinité, la divinité du Christ, sa mort sur la croix en rémission de nos péchés, tout cela est étayé par l’éxégèse.

Sans entrer dans les détails qu’implique l’exposition de la doctrine chrétienne, il est facile de se rendre compte du rôle important que jouera dans cet édifice, la théologie de saint Paul. Si la lecture de chaque théologien permet de comprendre la doctrine chrétienne, nul nous semble t’il, n’est plus à même de faire comprendre aux musulmans leur égarement que l’Apôtre des Gentils. (Et de faire revenir à la véritable Tradition les fils d’Israël qui n’ont pas abandonné la synagogue, ajouterais-je). Ce n’est pas un hasard si l’apologétique islamique cadre ses tirs sur la doctrine de saint Paul. En effet, son enseignement traite tous les points sur lesquels butent les musulmans, de la divinité du Christ à l’abrogation de la Loi mosaïque. L’axe principal de divergence entre les chrétiens et les musulmans est la personne du Christ et ses attributs, avons nous affirmé plus haut. Or les épitres de saint Paul, sont résolument centrées autour de la personne du Christ. Et, autre point qu’il est important de noter, ces mêmes épitres sont les plus anciennes pages doctrinales de la tradition chrétienne.

Un travail de qualité n’omettra pas de traiter des points secondaires de litiges entre l’islam et l’Eglise, comme par exemple, ce qui concerne Abraham, Ismaël et Isaac, et leur rôle dans ce que l’Eglise appelle l’Histoire du Salut.

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17 commentaires

  1. Lapinos said,

    Le plus dur à comprendre pour un musulman, et apparemment pour vous aussi, c’est surtout la personne du Saint-Esprit. Et les épîtres de Paul en parlent bien sûr tout autant que du Fils.
    L’incarnation pose bien sûr un problème aux musulmans comme aux Juifs, aux protestants même aujourd’hui voire à certains catholiques influents (J. Duquesne) ; mais si le pape déclare avoir lui-même une compréhension faible de la Troisième personne, on peut imaginer facilement ce qu’il en sera pour un musulman.

    La contradiction du pape est la même que celle de ceux qu’on appelle en France les « charismatiques », mouvement d’origine protestante où l’on veut mettre l’Esprit en avant mais où on continue néanmoins de se référer à saint Augustin, comme les jansénistes, alors même que du propre aveu d’Augustin, le ‘De Trinitate’ est un ouvrage de circonstance plus qu’imparfait, d’autant plus depuis que la scolastique et Karl Marx sont passés par là, faisant table rase de Platon et de l’archaïsme romain.

  2. aquinus said,

    Bonjour,

    Pourriez-vous nous éclairer de vos lumières quant à la doctrine chrétienne du péché originel et à son ignorance par l’islam? est-ce un bon angle d’attaque pour leur conversion, arrive-t-on par ce biais à les convaincre que Dieu est bien plus connaissable que ce qu’ils croient? le lien avec la liberté que Dieu nous a offerte est-il ainsi facilité?

    Question connexe: que dit la théologie sunnite quant aux péchés, ou dispositions au péché, des enfants et petits-enfants? comment s’article pour eux ces notions et celle de la raison humaine (à défaut de libre-arbitre)?

    Merci pour votre texte ci-dessus.

  3. Beethoven said,

    Chère « La voix dans le désert »,

    Les musulmans sont en effect très contradictoires lorsqu’ils prennent des passages de la Sainte Bible. Ils excellent dans l’exercice qui consiste à citer un passage de la Sainte Bible en coupant la fin où l’on voit le Messie qui annonce qu’une personne ou une entité viendrait plus tard . Eux disent que Mohammed arrivera , alors qu’il suffit juste de lire une seule ligne plus bas pour voir que le Christ parle par exemple du Saint-Esprit. De plus , ils disent que la Bible est falsifiée .( non pas quand ils prennent des passages dedans , cela va de soi )
    Quand à moi j’attends avec impatience l’analyse qui met en relation la réalité, la vérité, l’intelligence et l’âme chez St Thomas d’Aquin ( une sorte de grand exposé sur le thomisme ) . Aussi , si cela est possible l’analyse du très célèvre « Filioque »qui sépare les orthodoxes et les catholiques ( les catholiques disent que le Saint Esprit procède du Père et du Fils tandis que les orthodoxes eux, pensent que le Saint Esprit procède du Fils )

    Si cela vous demande beaucoup de travail ne vous embetez pas à traiter cela et reposez vous bien.

  4. La voix dans le desert said,

    Aquinus,
    Le mot chrétien de péché n’a pas d’équivalent strict dans la doctrine islamique. Faire un péché, pour un chrétien, c’est offenser Dieu en allant contre sa volonté, aller contre sa nature d’homme. Le péché est un désordre dans la création. Ces considérations sont chrétiennes, mais pas islamiques.
    Le Coran présente au fidèle musulman deux catégories d’actes, d’une part ceux qui sont autorisés, et d’autre part ceux que Dieu a interdits. Le « péché » est donc pour le fidèle, de commettre l’interdit. Point.
    La doctrine du péché originel ne s’entend pas en terre d’islam, et on y prêche que c’est la nature de l’homme qui a été créé dans des dispositions de faiblesses. Les dispositions au péché de petits enfantrs s’expliqueront ainsi, par la nature, sans chercher
    Avec une telle façon de voir les choses, Dieu devient l’auteur de nos fautes et de nos manquements. La croyance en la prédestination vient balayer toute les considérations chrétiennes sur l’emploi du libre arbitre permettant de faire le mal.

    Il est très clair que l’ignorance par les musulmans de la doctrine du péché originel est un point de divergence important. Sans péché originel, o felix culpa, point de Rédemption. S’il peut être légitime de partir de ces considérations pour convaincre le musulman que la Providence vous fait rencontrer, il ne me semble pas que ce soit un bon moyen de débuter un essai apologétique.
    Le musulman ne croit pas dans le péché originel parce qu’il ne croit pas en l’authenticité de la Genèse (enfin, le musulman instruit, qui a entendu parler de la doctrine chrétienne, je veux dire, parce que le musulman moyen n’y connaît rien le plus souvent), vous risquez donc de vous trouvez à parler histoire très vite. Bien sûr, vous pourriez aussi parler de ces choses sous l’angle philosophique, la discussion serait passionnante et vous sortiriez vainqueur sans trop de difficultés, puisque la doctrine chrétienne est la plus rationnelle qui soit. Mais encore une fois, ce ne peut servir de méthode dans le projet que j’expose, et je me propose d’échapper au rationalisme en présentant la doctrine révélée avant la voix de la raison philosophique.
    La polémique peut servir de déclencheur à la grâce de Dieu pour faciliter une conversion, bien sûr, mais il ne faut pas oublier qu’il y a plus de sagesse dans l’explicitation pacifique d’un corps de doctrine que dans la simple réfutation des doctrines opposées. Je ne crois pas qu’il soit du meilleur effet de discuter les croyances de l’islam, y compris celles qui ont trait au mal. En exposant l’enseignement du Christ, dans toute sa clarté, comme faisaient les Apôtres, on réfute instantanément tout enseignement faux.

    Lapinos,
    Sans doute ne suis-ja pas assez saint pour avoir une compréhension parfaite des attributs et perfections de la troisième personne de la Trinité. Dans le cas où vous bénéficieriez de davantage de lumières, je vous demande instamment de bien vouloir rédiger la partie de l’ouvrage qui traitera du sujet.
    Contrairement à ce que pensait J. de Maistre il n’y a pas lieu d’attendre une Révélation du Saint Esprit, qui viendrait parachever celle du Père (Ancien Testament), et celle du Fils (Nouveau Testament). La troisième personne de la Sainte Trinité, est en effet à l’oeuvre depuis que Jésus l’a envoyé, à la Pentecôte, à travers l’Eglise.
    Et puisque vous en parlez, il faudra tout de même un jour que vous m’expliquiez bien en détail en quoi Marx rompt totalement avec Platon.

    Beethoven,
    Phrases tronquées, sens perverti, c’est là toute l’éxégèse dont est capable l’apologétique islamique, en effet. Lorsqu’il s’agit d’exposer la doctrine coranique, les théologiens musulmans se montrent tout de même plus capables. La bonne chose, c’est que cette lecture conforte dans la foi catholique, ô combien.
    L’apologétique islamique n’est pas si illogique qu’il y parait, car lorsqu’elle tente d’appuyer sa réfutation des dogmes chrétiens sur les Ecritures, elle appuie les Ecritures sur le Coran, de façon explicite ou implicte. L’auteur donc, se propose de prouver que les chrétiens sont de mauvais disciples du Christ, et il en arrive, à force de faussetés qui révèlent soit une grande ignorance soit une grande mauvaise foi, à prouver que les chrétiens sont en fait des disciples de saint Paul qui a trahi l’enseignement du Christ.
    La tache d’un chrétien, à l’inverse est donc d’expliciter l’enseignement du Christ, et donc de montrer que saint Paul n’a rien inventé.
    Si vous voulez lire tel ou tel article sur mon blog, il m’est possible de l’écrire, mais j’ai besoin que vous me donniez des sujets plus précis à traiter.

  5. vhp said,

    Merci « la voix » pour ces précisions. Pourriez-vous nous expliquer comment la doctrine islamique prétend résoudre l’apparente contradiction entre la responsabilité humaine et la prédestination telle qu’elle est comprise par les musulmans ?

    De façon subsidiaire, si on explique à un musulman que cette doctrine fait de Dieu une sorte de tyran pervers (en ce sens qu’il aurait crée des créatures à la seule fin de les voir finir en Enfer), que reponds t’il ?

    Bonne nuit,
    Vhp

  6. Lapinos said,

    Bon sang mais le coran est presque exclusivement un code moral et vous osez dire que les musulmans n’ont pas le sens du péché !? La doctrine catholique moderne (de saint Thomas, par ex.) s’oppose au judaïsme, à l’islam, au protestantisme, au jansénisme, et à la religion laïque fondée sur le code civil, la morale du ‘bon père de famille’ précisément parce qu’elles se refusent à abandonner les codes et les institutions humains STATIQUES au profit de l’amour divin DYNAMIQUE prôné sur la montagne.

    Joseph de Maistre a dit beaucoup de conneries, et pour une fois qu’il se contente d’énoncer un principe admis par tous les théologiens catholiques, des pères grecs aux scolastiques en passant par saint Augustin, vous trouvez le moyen de contredire J. de Maistre ?

    Pour piger pourquoi Marx rejette Platon et le platonisme comme saint Thomas, il vous suffit de lire un « Que Sais-Je » sur Aristote. Sachant pourquoi et comment Aristote rejette Platon parmi les doctrines archaïques, pourquoi et comment Aristote méprise Socrate et son ironie, alors vous saurez pourquoi Marx comme Averroès ou Thomas d’Aquin, bref tous les péripatéticiens qui savent lire (ce n’est pas le cas d’Heidegger ou Jeanne Arendt), rejettent Platon.
    Platon est un poète, d’où son succès dans le monde romain. Quand Hegel fait de la poésie, non sans hésiter, l’art le plus achevé, il est au contraire dans l’esthétique marxiste le plus primaire. Il n’y a pas de savants ni d’artistes dans l’Empire romain, il n’y a que des soldats, des poètes et des prêtres. Quand les Romains se mêlent de science et d’art, ils ne font que pasticher les Grecs. D’où certains historiens ont pu justement conclure que l’Empire romain fut une ‘non-civilisation’. L’admiration du XIXe siècle, des nazis et des Yankis pour Rome vient de là : c’est un hommage rendu par des barbares à la barbarie.

  7. La voix dans le desert said,

    Vhp,

    La définition de la foi chrétienne, c’est la connaissance imparfaite de Dieu. La connaissance parfaite c’est celle qui sera donnée aux élus dans le paradis. Mais il n’y a pas non plus d’équivalent en islam. La chahada, profession de foi que chacun connaît ne concerne que l’existence d’un Dieu unique (noté qu’elle n’oblige pas elle seule à croire en un Dieu créateur), et d’authentifier Mohammed comme Son messager. Rien de plus. Si l’on excepte certains mystiques comme ibn Arabi, la plupart des intellectuels musulmans vous expliqueront que Dieu est un être insaisissable. La perversité de Dieu est une chose impensable au sens pratique musulman. Toutes ces considérations sont l’apanage des instruits, pas du commun des musulmans. Donc vous pouvez croiser un musulman qui à priori, pensera comme vous que Dieu récompense les bonnes oeuvres (surtout s’il lit des auteurs mystiques). C’est si l’on creuse le fond de doctrine que l’on tombe sur des incohérences, à vous alors de vous montrer philosophe.
    J’espère vous avoir répondu.

    Lapinos,
    Si vous tenez tant que cela à tenir des discussions sérieuses, il va falloir être un peu plus rigoureux dans vos propos. Que signifie cette distinction -qui n’est d’aucun théologien- entre la morale statique, et la morale dynamique? Comment pouvez vous mêlez saint Thomas à ces mots de fumiste ?
    C’est à se demander si vous lisez ce qu’on écrit. Ce n’est pas parce que le Coran est un code judiciaire que les musulmans ont le sens du péché. Le seul sens qu’ils aient est celui, binaire, de ce qui est permis ou interdit. Qu’est ce que le péché pour un chrétien ? Essentiellement, une offense à Dieu. Cette conseption est absente de la doctrine islamique. Donc les musulmans n’ont pas le sens du péché. Ils ont le sens de la loi au sens judiciaire du terme, pas au sens moral. Le décalogue un précepte moral, est chose sans équivalent dans la doctrine islamique. Votre problème, c’est que vous ne faites pas la différence entre la morale et le judiciaire, comme l’a montré nos conversations sur la loi mosaïque. Lisez donc saint Thomas à ce sujet, au lieu de le citer, cela vous aidera peut-être à mettre de l’ordre dans vos idées.

    La phrase de J. de Maistre est une hérésie, et je vous défie de la trouver dans saint Augustin ou dans saint Thomas. Le Christ a annoncé la venue du Saint Esprit, et nous avons vu son oeuvre dans l’Eglise. Il n’y aura pas d’autre révélation que celle de Jésus Christ, l’alpha et l’oméga. J de Maistre ne tire pas cette idée de quelque doctrine catholique, mais plutôt de quelque doctrine ésotérique qui lui sera demeurée du temps où il fréquentait les loges martinistes.

    Faut il déduire que votre connaissance d’Aristote se borne à la lecture d’un que sais-je ? On est tenté de le penser. En tout cas, votre raisonnement n’a rien de philosophique. Prouver que Marx est un péripatéticien, cela ne veut pas dire que leurs doctrines respectives ont des points communs, sans quoi on ferait de tout le monde un péripatéticien. Si Marx est un péripatéticien, le système d’Aristote et le sien auront des points commun sur des points fondamentaux en particulier en ce qui concerne l’origine des connaissances. Quand vous m’aurez exposé vos raisons de rapprocher ces deux auteurs, on en reparlera, en attendant, merci d’éviter ce genre d’âneries. Surtout que si un lecteur ou moi-même avait mauvais esprit quelqu’un pourrait s’amuser à citer Aristote contre Marx, en ce qui concerne la propriété privée par exemple.
    C’est d’ailleurs pà cause de ce point fondamental, l’origine des connaissances, qu’Averroès n’est pas un péripatéticien aux yeux de saint Thomas et aux miens.

    Ce n’est pas Rome que les yankis et les nazis admirent, c’est l’idée qu’ils se font de Rome. Lisez donc Mommsen.

  8. Beethoven said,

    La Voix dans le désert,

    Je pensais avoir pourtant été clair mais ce n’est pas un souci, reposez vous bien ; quand à moi un petit verre de vin bordelais m’appelle.

  9. Lapinos said,

    C’est là qu’on se rend compte que votre judéo-christianisme binaire n’est rien d’autre qu’une forme de jansénisme ou de protestantisme, la Voix.
    Si la méthode platonicienne de saint Augustin pour accroître le trésor de la révélation est fondamentalement différente de la méthode aristotélicienne d’Averroès ou Thomas d’Aquin, le principe de libération de l’homme, y compris dans le domaine de la connaissance, est affirmé par saint Augustin dans le « De Trinitate ».
    Augustin consacre par exemple un long passage à la meilleure façon d’élucider les énigmes contenues dans les épîtres de saint Paul et qui ont évidemment trait à la Révélation. Même si la méthode d’Augustin est catastrophique, il ne nuit pas au principe.

    L’Apocalypse de Jean, le moindre des théologiens catholiques ne peut l’ignorer, a trait à la Révélation aussi. Tandis que les sectes protestantes hostiles à la Science et à l’Art préfèrent donner une interprétation littérale débile de l’Apocalypse, les théologiens catholiques, tel Léon Bloy, tentent d’en élucider le sens profond en demandant l’aide de l’Esprit saint. Ici se situe aussi la différence entre le mysticisme protestant et le mysticisme catholique.
    Un interprète comme Césaire d’Arles, bien qu’augustinien, sait parfaitement ce que le texte de l’apocalypse exige comme effort scientifique pour être embrassé avec force.

    Par ailleurs l »Arbre de la connaissance du bien et du mal’ est bien à l’origine du code moral binaire juif, protestant ou musulman.
    Contre la morale laïque du ‘bon père de famille’, il y a bien des ‘péchés’ même si les laïcs n’aiment pas ce mot qui leur rappelle que leur idéologie est une idéologie ‘judéo-chrétienne’.
    ‘Hors de la loi, point de salut’ : voilà un dogme commun aux juifs comme aux protestants, aux laïcs ou aux musulmans, voire aux démocrates-chrétiens (puisque « Voter est un devoir chrétien » selon Mgr Barbarin).

    Le principe d’égalité est un principe binaire laïc par exemple, un principe statique dans le sens où tout le monde est placé à égalité devant la loi et les institutions. L’enseignement de Jésus est dynamique parce qu’il fait éclater le carcan légal en même temps que l’élection du peuple juif. C’est un handicap d’être riche si l’on désire gagner le Royaume de Dieu ; une prostituée, un larron, possède une avance sur un docteur de la loi pharisien : fini l’égalité de la morale statique.
    La Charité est bel est bien dynamique et non plus binaire ‘oeil pour oeil, dent pour dent’ (on pourrait écrire ce slogan sur la façade des commissariats de police laïcs.)

    J’ajoute que la loi est spirituelle, qu’elle est un ‘rapport’ ou un ‘raisonnement’, tandis que la Charité est corporelle, matérielle, elle EST Dieu : de là vient l’adoption par la scolastique de la doctrine péripatéticienne contraire au platonisme archaïque.
    De là aussi l’essor artistique de la Renaissance qui marque contrairement à l’exégèse iconoclaste laïque un recul de l’idéologie et de la poésie et une avancée de la forme et de la science.

    (Tout ou presque chez Marx, non seulement sa doctrine mais aussi son mode de vie, ses goûts artistiques, son attirance pour Balzac, son rejet du totalitatisme et des institutions laïques fait de lui un ‘classique’, un homme de la Renaissance.)

  10. La voix dans le desert said,

    Pas la peine de prendre le temps de vous répondre, vous vous fichez de ce qu’on vous dit. Je me contenterai donc de répéter les fondamentaux :
    -Les considérations sur le judiciaire et le moral sont chez saint Thomas. On a déjà parlé de ça mille fois, pas la peine d’y revenir.

    -La morale, c’est la charité envers Dieu. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Au cas où vous ne le sauriez pas, Jésus parle ici du Décalogue. Le péché c’est donc le non respect de ces comandements.
    Très notable, votre rejet de la Genèse. Très logique. Radicalement anticatholique.
    Par ailleurs, quoi que vous puissiez penser en théologie, ne dites plus jamais que vous aimez l’histoire après cette phrase : « Par ailleurs l”Arbre de la connaissance du bien et du mal’ est bien à l’origine du code moral binaire juif, protestant ou musulman. » Les musulmans n’ont aucun rapport avec la Genèse, malheureusement.

  11. Lapinos said,

    Notez que saint Irénée va plus loin que moi puisqu’il déclare carrément inutile de lire l’Ancien Testament.
    Mon interprétation est conforme à la doctrine catholique, non pas univoque hélas, mais dominante jusqu’à ce que l’Eglise ait accepté récemment de se soumettre aux lois mondaines laïques.
    L’échelle de Jacob ne va pas plus haut que Jésus-Christ et quiconque empruntera l’échelle de Jacob aujourd’hui retombera au fond du puits.
    La Jérusalem ancienne n’est pas la Jérusalem nouvelle, la révélation se prolonge jusqu’à l’Apocalypse et les épîtres de saint Paul qu’il convient d’essayer de comprendre dans leur substance complète ; enfin les catholiques ne sont pas plus soumis à la loi juive qu’à la loi laïque qui en dérive mais à un principe divin, l’amour, qui n’est pas scripturaire, ni légal, puisque Dieu EST amour. L’Eglise catholique est libérée du joug de la loi par le Sermon sur la Montagne, une liberté refusée auparavant au peuple à la nuque raide, interdit par conséquent de se gouverner par lui-même et soumis à la théocratie. Même saint Augustin le dit : « La loi ne justifie pas. » (‘De Trinitate’)
    Même saint Augustin, loin d’être le champion de la rébellion, ne permet pas qu’on se soumette à une loi inique ou dépassée.

    Si les démocrates-chrétiens justifient la théocratie laïque tant bien que mal, la science de Dante Alighieri nous enseigne que les cercles les plus bas sont réservés aux sectateurs de César qui opposent au cercle de leurs affaires privées le cercle des affaires mondaines, qui disent qu’il faut payer l’impôt à César, par exemple, en vertu de l’Evangile, alors que Jésus n’a JAMAIS dit cela.

    Le judéo-christianisme du cardinal Barbarin après celui de Mgr Lustiger n’a qu’un seul but : rendre la lâcheté actuelle de l’Eglise catholique théologique.

  12. Lapinos said,

    Sur les orgines du Coran contrairement à ce que vous affirmez, il est difficile de se prononcer étant donné qu’il emprunte à divers courants et se veut à la fois une réforme du judaïsme et du christianisme, ce qui fait d’ailleurs qu’un ‘islam laïc’ est envisageable et a déjà existé, tandis que la farouche hostilité de Marx au césarisme de Hegel traduit les origines catholiques de la pensée marxiste. Maurras, par exemple, est un penseur plus musulman que catholique et que la position de ceux qui attaquent la laïcité en se réclamant de Maurras est insoutenable.

  13. La voix dans le desert said,

    C’est vraiment incroyable, je connais votre mauvaise foi, et pourtant, à chaque fois, je suis bluffé, j’ai l’impression de la découvrir. Vous êtes un vrai champion, un lapin de compétition.
    On a déjà parlé en mille endroits de la façon dont la loi était abrogée, et on en était arrivé au point que vous préfériez la thèse de Luther à celle de saint Thomas. Le débat est clos.

    Discutons plutôt de vos éxégèses on ne peut plus insirées, comme de celle-ci par exemplequi interprète « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » par : « ne donnez rien à César ». On ne peut être plus absurde.

  14. Lapinos said,

    – C’est vous qui prenez Thomas d’Aquin pour Hobbes ou à peu près et refusez de voir sa dynamique élémentaire enseignée en classe de terminale de lycée, à savoir que Thomas retourne à Aristote et aux Pères grecs qu’Augustin avait disqualifiés bêtement.

    – Deuxio je dis que le PARALLELISME, ou César ou Dieu, ou le cercle privé ou le cercle public, la théologie de Barbarin, est hérétique, à la limite du césarisme puisque, dans les faits, elle a bien amené les irresponsables démocrates-chrétiens Sarkozy ou Bayrou, Jacques Delors, à déclarer que la loi civile prime sur la loi divine.

    Jésus n’établit EN AUCUN CAS un parallélisme entre César et Dieu ; c’est en toute bonne logique catholique que j’interprète l’Evangile comme une limite infranchissable imposée au pouvoir civil quel qu’il soit, monarchique, démocratique, dictatorial, peu importe. Les bornes sont déjà dépassées par Louis XIV, bien avant Napoléon ou Hitler, et par les grands airs divins de ce roi absolu (la barbarie capitaliste émerge d’ailleurs sous son règne.)

    Il est tout à fait satanique d’affirmer comme j’ai pu le lire dans ‘Valeurs Actuelles’ que Jésus prescrit de payer l’impôt à César, car là il ne s’agit plus simplement d’interpréter comme un parallélisme ce qui est une hiérarchie, mais d’affirmer ce qui n’est pas écrit. La simonie capitaliste est bel et bien indissociable du césarisme séculier. La preuve de ce que j’avance c’est que si Jésus avait dit qu’il fallait payer l’impôt à César, il serait alors tombé dans le piège que les pharisiens et les saduccéens lui tendaient. Or il n’est pas bien sûr tombé dans le piège. Sa formulation un peu particulière en outre, Jésus a plutôt l’habitude de parler en parabole, elle est ici comme un miroir tendu aux hypocrites afin qu’ils soient confondus.

    Est-ce un hasard si le césarisme démocrate-chrétien est précisément fondé sur ce qui le proscrit formellement et que la génuflexion du clergé devant les autorités se payent de centaines de milliers de morts chaque année ?
    Je crois plutôt aux signes qu’au hasard, notamment aux signes tracés par Jésus sur le sable.

  15. La voix dans le desert said,

    Mon pauvre, si vous connaissiez la philosophie aristotélicienne, vous sauriez que ce qui chez lui s’apparente à une idée de la création est bien loin de se confondre avec la doctrine de la création de saint Thomas d’Aquin.
    De même vous gagneriez à étudier l’histoire. Vous semblez ignorer qu’à l’époque de saint Augustin, on n’enseignait pas le péripatétisme. Les néoplatoniciens tenaient fermement les rênes des académies. Il a fallu attendre que Boèce traduise Aristote en latin pour que l’Occident puisse se pénétrer des oeuvres du maître.

    Il est évident pour un chrétien que la loi divine doit être respectée par la société et son gouvernement. En conséquence il n’y a pas d’hermétisme entre la sphère publique et la sphère privée. Distinction n’est pas séparation.
    On aura beau être d’accord là dessus, je maintiens que vous interprétez l’Evangile n’importe comment, et que Jésus a bien prescrit de payer l’impôt à César. Ce n’est pas la haine du césarisme -bien légitime d’ailleurs. Je partage votre détestation de Louis XIV et de Napoléon, etc…- qui vous fait dire ça, c’est votre instinct (je refuse de placer ici le mot intelligence) révolutionnaire. Il FAUT, en toute logique communiste, que Jésus ait refusé de payer l’impôt à César. Mais vous aurez beau y mettre toute votre ardeur, les mots demeureront : « rendez à César ce qui est à César ». Pour parler clairement, on est bien d’accord que Jésus établit une hiérarchie entre l’Etat et Dieu, mais cela ne veut pas dire que le citoyen ne doive rien à l’état.

  16. Lapinos said,

    Mais je n’ai absolument pas dit que Jésus ordonne de refuser de payer l’impôt à César ! C’est aussi stupide que l’inverse que vous continuez de soutenir mordicus contre l’esprit et la lettre. Le chausse-trappe des saduccéens est double. Jésus aurait dit qu’il fallait refuser de payer l’impôt, il était piégé également.
    Simplement la question de la constitution politique est trop vile pour qu’elle puisse être hissée au niveau de la question du culte divin. Jésus parle à Ponce Pilate comme s’il était un homme comme les autres, sans aucune déférence particulière, et invite les autres hommes à l’imiter.

    Par ailleurs le communisme n’est pas non plus un refus systématique de payer l’impôt contrairement à ce que vous semblez croire. C’est un refus de l’esclavage capitaliste qui aboutit à baptiser des banques « Vierge Marie, mère de Dieu », comme les Yankis démocrates-chrétiens n’hésitent plus à le faire, c’est-à-dire à ramener les choses les plus élevées au niveau des plus basses.

    Avec en plus dans la doctrine de Marx le refus de fonder le progrès sur la légalité humaine ou la légalité dépassée du peuple hébreu, ainsi que la dénonciation de l’Etat laïc en tant qu’imposture, faux dieu, Léviathan à l’aspect satanique que Hegel décrit, comme Marx le souligne, en utilisant un vocabulaire aussi mystique que tautologique.
    L’idée de ‘personnalité morale’ qui traverse le code napoléon est non seulement anticommuniste mais elle est aussi anticatholique. Rien ne justifie qu’un catholique se livre à de telles entités aussi factices et ésotériques que des personnalités morales ou un ‘Etat’ abstraits.

  17. La voix dans le desert said,

    Concernant le premier paragraphe, on est bien d’accord. Enfin, je pense, parce que je ne comprends plus, du coup, ce que vous me reprochez. Quelle est donc cette thèse inverse que je défends contre la lettre et contre l’esprit ?

    Le droit napoléonien issu en droite liigne du droit romain païen est fondamentalement antichrétien, là aussi, on est bien d’accord. Le droit chrétien se que l’on appelle pompeusement la doctrine sociale de l’Eglise. Qu’il faut fonder la légalité sur Dieu et son Eglise, c’est une évidence pour un chrétien. Mais là, je ne suis pas vraiment certain que c’est ce que vous vouliez dire.

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