Mosaïsme intégral -3-

18-08 at 3:24 (Apologétique, Crise de l'Eglise, Histoire, Théologie) (, , , , , , )

Pour condamner Jésus Christ à mort, le Sanhédrin a dû enfreindre les lois de tradition orale et écrites, consignées dans la Mishna, et ce 27 fois. L’Evangile rapporte même que le grand prêtre déchira son habit lorsque Jésus lui dit qu’il était Fils de Dieu, coutume orientale marquant l’indignation mais interdite aux prêtres en vertu de la dignité sacerdotale représentée par leur habit. Mais nous pourrions dire encore de tous ces faits qu’ils ne sont que des détails, dans la mesure où ils ne sont pris en eux-mêmes, que de simples conséquences. Le point central, causal étant que » la doctrine des patriarches et des prophètes n’avait jamais été autant bafouée en Palestine qu’à l’époque où le Messie parut. Les saducéens prêchaient que l’âme était mortelle au mépris de toute la Théologie juive, et les pharisiens en exagérant les prescriptions mosaïques, les dénaturèrent. L’Attente du Messie n’était plus que secondaire dans leur doctrine, alors que la Loi n’avait été institué que pour permettre au peuple juif de garder la saine doctrine jusqu’à l’avènement du Rédempteur annoncé par les prophètes. La Loi devenait un absolu, à laquelle ils ajoutaient mille prescriptions que l’on chercherait en vain dans la Torah. Saint Siméon, qui priait pour que Dieu lui fasse la grâce de voir de ses yeux le Messie avant de mourir, semble bien hors de son temps, car lorsque le Messie vint, personne ne l’attendait plus en Palestine. Et le soir de la comparution du Christ devant le Sanhédrin, cette assemblée de saducéens et de pharisiens d’ordinaire si prompts à se livrer bataille sur leurs litiges doctrinaux s’entendit parfaitement pour le condamner.

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4 commentaires

  1. Sébastien said,

    « En fait, nous ignorons la compétence juridique du Sanhédrin au temps de Jésus. La Mishna consacre un chapitre aux attributions de cette instance qui pouvait exécuter sa sentence de quatre façons : lapidation, mort par le feu, décapitation et strangulation (Mishna, « Sanhédrin », VII, 1). Mais les spécialistes estiment que cette compétence ne date que du IIe siècle de notre ère, au moment où, après la destruction de Jérusalem, les rabbins élaboraient un code juridique dont les articles relevaient pour une bonne part de travaux d’école (par exemple, la femme adultère devait être étranglée et non pas lapidée). D’après certains auteurs, la législation en vigueur lors du procès de Jésus n’avait rien à voir avec les prescriptions de la Mishna, et relevait du droit sadducéen, bien plus rigoureux. Or, ce sont les grands prêtres, proches des sadducéens, qui conduisent le procès. » (Jean Potin, Jésus, p. 457)

    On n’est même pas sûr que le « procès » de Jésus ait été conduit illégalement, dans la mesure où nous ne connaissons les compétences du Sanhédrin qu’à travers la Mishna et cette dernière n’a été achevée définitivement qu’au IIe siècle de notre ère, donc bien après que Jésus a comparu devant le Sanhédrin. En revanche, on est sûr d’une chose : ce tribunal a bien condamné à mort un innocent. Et cela nous suffit pour croire en sa messianité.

  2. La voix dans le desert said,

    La Mishna est postérieure à l’époque de Jésus, et consigne l’ensemble des traditions orales et écrites du droit juif. C’est à dire que l’on ne peut pas être sûr du nombre exact d’infractions commises par le Sanhédrin, parce que certaines lois ne sont que de tradition orale, et n’ont été consignées que dans la Mishna. Mais le doit juif vient en droite ligne de la loi mosaïque, et une grande partie des lois sont consignées dans les Ecritures. Celui qui lit les Ecritures saura que les juges n’ont pas le droit d’officier après le sacrifice du soir, avant le sacrifice du matin, que l’accusé ne peut être malmené, et doit même être traité avec douceur.
    J’argue des Ecritures parce que je prévois que si je dis qu’il y a peu de chance que la Mishna ait innové, si j’affirme que la tradition orale se perpétue sans grande coupure au cours des âges, ça ne convainc pas un occidental, qui ne croit qu’en l’écrit. Ceci dit, si vous voulez mon avis, le droit juif a toujours été à peu de chose près le même de Moïse à la Mishna.

    Ceci dit je ne cherchait pas à prouver que Jésus est le Messie par ces quelques lignes (Il y a tout les prophètes de l’Ancien Testament à citer pour cela), juste que ses juges ont tourné le dos aux prescriptions mosaïques en le condamnant. Le droit juif ne pouvait pas condamner Jésus, il fallait l’enfreindre pour ce faire.

  3. Sébastien said,

    « Celui qui lit les Ecritures saura que les juges n’ont pas le droit d’officier après le sacrifice du soir, avant le sacrifice du matin, que l’accusé ne peut être malmené, et doit même être traité avec douceur. »

    Il y a sûrement eu des irrégularités. Jésus a été maltraité par ses gardiens, sans aucun doute. Mais est-on bien sûr que le Sanhédrin se soit réuni pendant la nuit, contre tous les usages ? Marc et Matthieu le disent mais pas Luc : « Et quand il fit jour, le conseil des Anciens du peuple s’assembla, grands prêtres et scribes. Ils l’amenèrent dans leur Sanhédrin. » (XXII, 66)

    « Ceci dit, si vous voulez mon avis, le droit juif a toujours été à peu de chose près le même de Moïse à la Mishna.  »

    Quinze siècles séparent Moïse de la rédaction définitive de la Mishna. Le droit juif a dû sûrement évoluer pendant ce temps, variant au gré des fortunes d’Israël, pays indépendant puis soumis successivement aux dominations babylonienne, grecque, romaine. Du temps de Jésus, les Juifs n’avaient pas le droit de mettre à mort un accusé mais devaient le remettre aux autorités romaines, ce qui est un changement significatif de la législation.

    Jésus savait très bien qu’il risquait la mort en revendiquant la qualité de Messie devant le Sanhédrin : « « Mais désormais le Fils de l’homme siègera à la droite de la Puissance de Dieu ! » Tous dirent alors : « Tu es donc le Fils de Dieu ! » Il leur déclara : « Vous le dites : je le suis. » » (Luc XXII, 69-70) Les grands prêtres disposaient du motif nécessaire pour le traîner devant Pilate, en faisant croire à ce dernier que Jésus revendiquait une royauté terrestre.

  4. La voix dans le desert said,

    Les récits des évangélistes ne s’excluent pas mais se complètent. Le sanhédrin s’est vraisemblablement réuni deux fois pour juger Jésus, une première fois dans la nuit, et la deuxième fois au petit matin. La veille d’un jour de fête, ce qui enfreint une nouvelle fois la loi mosaïque, puisqu’il était interdit d’instruire un procès la veille d’un jour de fête ou un jour de fête (là encore, tout est dans les Ecritures).

    La loi mosaïque n’a pas varié en 15 siècles, donc je suppose que le droit qui en est issu n’a pas dû varier beaucoup. Et sûrement pas sur des points aussi importants que ceux qui ont été bafoué dans le procès de Jésus. Jamais juge juif n’a laissé un accusé sous sa protection se faire frapper par un vulgaire soldat.

    En se disant le Fils de Dieu Jésus ne risquait pas la mort de facto. Un juge dans l’esprit de Moïse (n’aurait pas déchiré ses habits) et aurait dû vérifier la véracité d’une telle assertion. De plus il était interdit de condamner à mort sans une nuit entière de réflexion (c’est pour cela que le Sanhédrin se réunit deux fois, en deux jours, pour laisser aux juges la possibilité de réfléchir).

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