Organon

23-06 at 4:49 (Encyclopédie, Heurs et malheurs, Histoire, Lectures, Philosophie, Théologie) (, , , , , )

La Renaissance a méprisé la philosophie du Moyen Age, et plus particulièrement le syllogisme, qu’elle tenait d’Aristote. On trouve de ces moqueries chez Michel de Montaigne : Le jambon fait boire, or le boire désaltère, donc le jambon désaltère. C’est certes amusant, mais ce n’est pas une critique digne de ce nom, car il suffisait de conclure que le jambon faisait que l’on se désaltère, pour que le syllogisme fût exact.

Si vous vous attardez à lire les drôleries publiées à dessein de railler le syllogisme, vous vous rendez compte de la bêtise de leur auteur. Tenez, Eugène Ionesco, par exemple, qui s’attaque au syllogisme d’Aristote, »Tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme, donc Socrate est mortel« , et le remplace par celui-ci : « Tous les chats sont mortels, or Socrate est mortel, donc Socrate est un chat« . N’importe quel logicien du Moyen Age aurait, l’Organon à dans la main droite, débusqué les sophistes qui usaient de ce genre de syllogisme, puisque la majeure, Les hommes ou les chats sont mortels n’implique en aucune façon que seuls les hommes ou les chats soient mortels. Le raisonnement d’Ionesco est un sophisme. En quoi peut-il donc être retenu comme un argument contre l’usage en bon droit du syllogisme ?

Le rapport qu’entretiennent les philosophes rationalistes avec le syllogisme est passionnel. Comme ils savent que la véracité du syllogisme repose sur la majeure, qui est essentiellement inductive, ils le raillent comme ils peuvent. Et pourtant, le rationalisme n’en a pas contre le syllogisme en soi, mais contre l’induction. Dès que le rationaliste s’est débarrassé de l’induction, ils se lance dans la déduction, et use alors su syllogisme à tout propos, en abuse, à en rendre ses pages indigestes. Il refuse d’affirmer comme la majeure d’Aristote que les tous les hommes sont mortels, il attend de le prouver. Or du point de vue de la déduction pure, il est parfaitement impossible de prouver que les hommes sont mortels. Que tous les hommes soient morts jusqu’à présent ne prouve pas que les hommes sont mortels. Ici, le rationaliste devra donc sacrifier sa méthode pour se fier à l’induction ou à l’expérience, sous peine d’être absurde. Mais il est d’autres cas où il ne le fera pas.

L’induction permet de commencer un raisonnement et la déduction, de le continuer. L’usage en bon droit de la déduction permet de confirmer ou non la justesse de l’induction. Et on peut affirmer sans crainte, que la capacité inductive du philosophe grandit à mesure qu’il déduit. A l’inverse, la philosophie rationaliste serait parfaitement stérile si ses auteurs ne revenaient pas sur leurs principes de temps en temps. Bien raisonner, c’est de première nécessité, afin surtout de pouvoir améliorer sa capacité inductive, car le génie est inductif, pas déductif.

Etablissons cette différence entre le paradoxe d’une part, et le mystère de l’autre, qui est la pâte dans laquelle s’introduit le levain théologique. Le rationalisme est un refus du mystère, dans le sens scientifique et catholique du terme. Pas de mystère chez ces comiques qui prétendent tout prouver, mais beaucoup de paradoxes, forcément inévitables. Là où les catholiques s’en remettent à la Théologie introduisant une dimension verticale les rationalistes restent coincés dans la dimension horizontale. C’est une philosophie résolument naturaliste, et un raisonnement inductif seul aime le mystère.

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19 commentaires

  1. Spendius said,

    (J’ai des difficultés dans ces débats là, mais tant pis, je me lance…)

    Il manque le concept essentiel pour s’orienter: l’axiome.

    L’induction ne sert qu’à poser des axiomes, qui sont les points de départs de la science. L’axiome est la base métaphysique de la science. Mais la science se forge contre l’axiome, le principe ou la « conjecture ». Elle doit démontrer, faire de la conjecture de Pythagore le théorème de Pythagore. Pourquoi les hommes sont mortels, pourquoi la matière n’est pas éternelle.
    L’induction doit rendue minimale si l’on veut un système dans lequel les choses se déduisent d’elles-mêmes – ce qui est un peu la définition d’une démonstration.

    Sur le paradoxe: Il est vrai que quand on est dans la déduction, quand la science avance, elle arrive à des paradoxes incroyables. Il ne faut que voir l’état de la physique actuellement!
    Mais ces paradoxes disparaissent si l’on considère que la réalité n’est pas « unifiée ». Que la réalité est faite seulement de processus, sans continuité ni principe unificateur. A ce moment là, on ne peut plus parler de paradoxes, car les paradoxes sont « ponctuels », or, tout est processus, tout est mouvement.

  2. La voix dans le desert said,

    « Tous les hommes sont mortels », c’est un axiome, je le classe comme majeure inductive, parce que je m’intéresse en philosophe, à la façon de raisonner. Vous vous placez dans le domaine scientifique, donc votre axiome est plutôt une base expérimentale.

    Vous me feriez presque regretter de n’être pas plus versé dans la science, dites donc. J’aimerais en savoir plus sur l’état de la physique en ce moment, ou la fiabilité de la proposition inductive qui veut que tout soit mouvement.

    Dans le domaine philosophique, tout est question de mesure. Il faut l’induction et la déduction, sans abus ni manquements. Sans quoi on n’arrive à rien sauf à faire des systèmes idiots, qui multiplient les pages pour faire disparaître les failles.

    Et soit dit en passant, tout le but de la philosophie catholique aujourd’hui, derrière les scolastiques c’est de prouver que la foi catholique est un axiome.

  3. Spendius said,

    La base est à détruire. La science doit se retrancher – les vérités induites doivent devenir déduites. En mathématiques, c’est le saut de la conjecture au théorème. Un type dit un truc, qu’on sait intuitivement vrai, mais après, il le démontre. Cette démonstration – qui des fois demande des prouesses d’intelligence jamais atteintes, comme pour la démonstration de la conjecture de Fermat, maintenant théorème de Fermat-Wiles – permet d’avancer.
    Si personne ne s’était mis en tête de démontrer la conjecture du type, il n’y aurait pas eu de progrès. Vous voyez donc à quel point l’induction est dangereuse.

    Vous, vous pensez qu’en démontrant que telle vérité induite est vraie, on avance pas, on revient juste en arrière. C’est faux: Pour démontrer quelque chose, il faut avancer dans plusieurs aires, développer plusieurs sujets, il faut vraiment creuser la matière pour obtenir par déduction la conjecture en question.

    La philosophie et la science sont en opposition. Et selon moi, la philosophie est inepte. La philosophie cherche la vérité, et la vérité est du domaine de la science. Et la science, en modélisant la réalité, n’obtient aucun des modèles philosophiques pondus par les pédants de l’université – la science ne tend pas la main à la philosophie, donc c’est une absurdité.

    « Tout est processus » – c’est de Lee Smolin. C’est ce que nous apprend grosso modo la physique moderne. Il n’y a pas d’induction là-dedans.

    « Prouver que la foi catholique est un axiome. »

    Euh…il y a pas un paradoxe là?

  4. La voix dans le desert said,

    Pardonnez ma brievete et les fautes d’orthographe dues au clavier qui est le mien a cet instant, il manquera les accents.

    Je ne crois pas avoir jamais dit qu’il fallait s’en tenir a l’induction, Spendius, ni que seule l’induction etait progres ou ce qui revient au meme que la deduction etait regression. Il est evident que l’un n’est rien sans l’autre, mais j’aurais tout de meme tendance a dire que l’induction est plus grande,et c’est cela qui distingue la philosophie des sciences, la science se servant davantage de la deduction, comme vous le faites remarquer /ceci dit, c’est evident en mathematiques mais peut etre pas partout, je ne sais pas/. Votre phrase initiale est la a seule fin de m’embeter je pense. On ne detruit pas la base, on la perfectionne, ou si elle est fausse, on s’en passe.

    Mais c’est sur que si vous vous attachez a la philosophie moderne ou tel qu’enseignee dans les uniiversites, vous n’allez pas trouver grand chose de scientifique.

    Pour la foi comme axiome philosophique, le sujet est immense, c’est trop pour mon pauvre esprit fatigue.

  5. Spendius said,

    C’est à la Vérité qu’il faut se maintenir, et non pas à des procédés qui permettent de l’atteindre. L’induction est bonne si elle est utile à atteindre la Vérité. Or, elle est dangereuse, car pas dynamique, elle endort en quelque sorte: Démontrer en quoi l’homme est mortel permet d’avancer, c’est un mystère résolu qui en amène à d’autres – il y a un chemin à parcourir, l’induction nous ralentit.

  6. La voix dans le desert said,

    C’est lexces de l’induction qui ralentit, pas l’induction.
    L’induction, c’est le mystere qui ne peut qu’aboutir a d’autres mysteres, c’est pourquoi plus on raisonne, plus on voit combien tout nous echappe, c’est le ‘je sais que je ne sais rien’ de Socrate.

  7. Spendius said,

    Plus on raisonne, plus on prend conscience de notre petitesse, c’est tout. La religion et la philosophie nous enseigne exactement le contraire.

  8. La voix dans le desert said,

    N’importe quoi. C’est tout le contraire, qu’il faudrait dire. Les scientistes, ont appris aux hommes a croire qu’ils pourraient pretendre a l’omniscience, pas les philosophes (sauf si vous classez les rationalistes modernes parmi les philosophes)

  9. Spendius said,

    Je vous parle de la science, pas des scientistes, des ingénieurs et autres bouffons. positivstes. Le chercheur, l’homme qui s’étonne devant la grandeur et la majestuosité de l’univers, qui a l’esprit et la curiosité d’un enfant, qui s’amuse avec ces modèles, cherche à deviner, à percer les problèmes.
    Malheureusement, rares sont ceux qui ont encore cet exprit d’admiration – mais je pense que plus rares encore sont les vrais croyants.

  10. La voix dans le desert said,

    De meme, je vous parlais de la philosophie, pas des rationalistes.

    Vous dites vrai que la foi et la science ont disparu de ce monde. nous vivons vers un mode de dingues qui discuy\tent de tout et ne resolvent rien, deux peches gravissimes. (Ah la tentation de l’emigration!)

  11. Spendius said,

    La philosophie a commencé à « exister » réellement, d’une manière autonome, quand elle s’est libérée de la théologie.

    Or, je pense qu’on est d’accord pour dire que la philosophie, libre et autonome, est une espèce de folle surexcitée qui n’en fait qu’à sa tête. Il y a très peu de raison chez les philosophes. Il y a aussi ce détestable penchant chez les philosophes, qui est qu’ils pensent que la réalité peut-être complètement subordonnée à leurs vues et leurs pensées, alors que ce devrait être le contraire.

  12. La voix dans le desert said,

    Oui nous sommes d’accord. Il vous reste a admettre que le salut de la philosophie est dans la theologie, et l’entente sera parfaite.

  13. Spendius said,

    Le salut de la philosophie est dans la théologie…ou alors, la philosophie peut très bien cesser d’exister, c’est cool aussi.

  14. La voix dans le desert said,

    Apres ca, ne me dites pas que vous n’etes pas nihiliste, Spendius.
    Ou alors, le plus probable, c’est que vous dites ca dans le seul but de me casser les pieds.

  15. Spendius said,

    Je ne ferais jamais ça! :-D

  16. La voix dans le desert said,

    C’est un dementi et une bonne resolution j’espere. :D

  17. Spendius said,

    Vous avez modifié votre message, je réponds à l’original: C’est un démenti.

    La philosophie a tellement changé de formes à travers les époques, qu’on ne sait plus vraiment ce qu’elle veut dire. Et elle n’apporte plus grand chose à la connaissance.

    Ce qui est important, c’est la physique je vous dis!

  18. La voix dans le desert said,

    Le probleme c’est que je suis deborde de travail, en ce moment, je n’ai pas le temps de me mettre a la physique. Mais je retiens ce que vous me dites de scientifique en general, c’est toujours ca de pris.

    Il n’y a qu’une forme de philosophie veritable, le reste n’etant que carictures. La philosophie perennis ne perira pas, parce qu’elle est dans le vrai. A chacun de reconnaitre sa superiorite pour grandir l’entendement humain.

  19. Spendius said,

    Alors je vous laisse bosser.

    (C’est très imprécis, ce que je dis de « scientifique », je ne suis qu’un amateur – je suis encore trop jeune pour m’y lancer corps et âme)

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