Volontarisme chrétien

20-05 at 5:31 (Apologétique, Crise de l'Eglise, Encyclopédie, France actuelle, Théologie) (, , , )

Peut être ai-je déjà usé de cette expression, ou de celle de volontariste chrétien. Peut-être pas. Mais j’aimerais bien pouvoir en user désormais sans qu’il y ait d’équivoque possible, l’heure est donc venue de vous livrer une courte définition.

Le volontariste chrétien est catholique : de tout son esprit, il adhère aux dogmes de foi de notre Mère l’Eglise. Mais ses mœurs ne sont pas aussi catholiques que son nom le laissait croire.

On pourrait définir la sainteté comme une adéquation parfaite entre la volonté du saint et la volonté de Dieu. Le saint goûte déjà sur la Terre à sa récompense future dans le ciel, il vit dans le présent. Pas comme les jouisseurs modernes et de tous temps, qui confondent plaisir et bonheur, mais comme un homme qui met ses pas dans ceux du Christ. A l’inverse, le volontariste chrétien ne se soumet pas à la volonté de Dieu. Il l’ignore. Je ne dis pas qu’il ne respecte pas les dix commandements de Dieu, au moins par respect de la loi catholique qui interdit de supposer le mal dans les actions du prochain sauf évidence confirmée par les sens. Non. Je veux dire que ce n’est plus Dieu qui dirige sa vie et ses actions. La volonté de Dieu ne le concerne pas, Dieu ne lui parle plus, et dès lors sa petite conscience Le remplace. Son espérance même n’est plus dans le Christ, elle s’est prostituée en un espoir humain qui réside pour l’essentiel, dans le développement de ses propres actions.

A la limite même, le volontariste chrétien ne se contente plus d’ignorer la volonté divine, mais il l’abaisse à la sienne propre, consommant ainsi parfaitement son iniquité.

Les actions du volontariste ne sont pas marquées du double sceau de la Vérité, qui est en la parole de Dieu, et du Bien qui est dans l’exercice de la volonté divine. N’étant que le résultat des pensées ou désirs humains, faut-il dès lors s’étonner de voir qu’elles ne sont le plus souvent que des actes opportunistes au profit d’un but dont la sainteté n’est franchement pas évidente ? La fin de ses actions n’est plus toujours conforme au Bien, et des moyens indignes se trouvent pouvoir être utilisés à n’importe qu’elle fin. Gustave Thibon note quelque part, que l’expression tomber en dessous de soi est idiote, que tomber en soi, c’est déjà tomber en dessous de tout. L’analyse du volontarisme ne contrarie pas l’axiome de Thibon. Le volontariste chrétien qui fait fi de la volonté divine, se prive du même coup de la noblesse humaine. L’opportunisme l’a remplacée .

Le volontariste en quelque sorte, prétend orgueilleusement savoir mieux que Dieu ce qu’il convient de faire ou non pour Sa gloire d’abord, ce qu’il convient de faire tout court ensuite, et comment il convient de le faire, enfin.

Et assurément, s’il y a un remède au volontarisme chrétien, c’est la lecture de l’Imitation de Jésus Christ. Car le Christ a préféré vivre dans la fidélité, plutôt que de chercher une voie autre que celle que son Père lui traçait pour Se révéler aux hommes.

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15 commentaires

  1. Isabelle said,

    Votre définition est très volontaire! Non? .))

  2. La voix dans le desert said,

    Affirmatif !

  3. Isabelle said,

    Oui!!
    Cependant je fais le mal que je ne veux pas faire et je ne fais pas le bien que je veux faire!
    Non?.))

  4. Guillaume de Saint Thierry said,

    Très bonne définition du volontarisme chrétien! Obéir à la volonté divine, voilà qui est bien difficile, assurément. Je pense, en plus de « L’imitation », à cet autre petit ouvrage: « Confiance en la Divine Providence », de Jean-Baptiste Saint-Jure, lequel traite d’une bien belle façon de la conformité à la volonté divine, et comment y parvenir concrètement, au quotidien. Dans cet ouvrage, voici ce que répondait au Père Taulère un vagabond satisfait de son état: « Mes jours ne sont donc pas mauvais, car ce ne sont point les adversités qui rendent les jours mauvais; ce qui les rend tels c’est notre impatience, laquelle provient de ce que notre volonté est rebelle, au lieu d’être toujours soumise et de s’exercer, comme elle le doit, à honorer et à louer Dieu continuellement » (p.42)

  5. Isabelle said,

    Pour nous aider nous avons aussi « L’abandon à la Divine Providence » de Jean-Pierre de Caussade.

  6. Polydamas said,

    Ne décrivez vous pas le danger qui guette tout laïc un peu trop engagé dans la vie civile et matérielle ?

    Et quand vous évoquez la volonté de Dieu, je suis tout à fait d’accord avec vous qu’il faut la suivre, mais comment l’interpréter, comment lire ce qu’il faut faire, en fonction du moindre mal, etc ?

    Par exemple, ce débat me fait penser à une dispute courante chez les tradis, faut-il oui ou non, pour un chrétien, voter pour le raccourcissement de la période légale d’IVG ? D’un côté, les pragmatiques, qui disent que toute bonne évolution est à prendre (avis que j’aurais tendance à partager), de l’autre, les purs et durs qui ne souhaitent pas être impliqués dans une décision légitimant l’avortement. Et il me semble que ces derniers n’ont pas non plus complètement tort. Donc, quid ? :-)

  7. La voix dans le desert said,

    Isabelle,
    Oui, la sainteté parfaite est attribut divin. Mais considérons-la comme un idéal vers lequel nous devons tendre.

    Guillaume,
    Une fois de plus, voici une citation fort à propos ! J’ai cité l’Imitation parce que c’est très connu. A présent, je sais que lorsque j’écris trop vite, vous êtes là pour parachever mon travail avec votre culture !

    Polydamas,
    Tout juste. L’engagement excessif peut être un abandon des principes, malgré la noblesse des sentiments d’origine.
    La dispute entre les tradis que vous mentionnez est interessante. Je pense à l’inverse de vous, que comme l’état n’a pas à légiférer l’avortement, se tourner vers lui pour une occasion même pour une fin légitimable (après tout, cela sauverait des vies) relève tout de même de l’opportunisme de mon point de vue. Tout changement progressif me semble illusoire, parce que ne dure que ce qui a été fondé sur les bons principes. Je vous renvoie à cette note assez ancienne maintenant, si cela peut éclairer votre lanterne : https://lavoixdansledesert.wordpress.com/2008/03/08/etre-et-agir/

  8. Polydamas said,

    C’est drôle à quel point je me reconnais dans ce volontariste, j’ai l’impression que vous avez taillé ce billet pour moi… :-)

    Bon, mais je maintiens que dans un pays qui a inventé l’Etat absolu, il vaut mieux, compte tenu des circonstances françaises, tenter de légiférer en pensant aux vies épargnées. Les changements sont peut-être illusoires, mais je trouve que dans un pays où l’Etat règne en maitre depuis deux siècles, voire plus, la technique des petits pas est préférable.

    Mais est-ce la volonté de Dieu, là, je l’ignore, le moindre mal reste un mal.

  9. La voix dans le desert said,

    Il me semble que nous devrions tous nous reconnaître dans ce portrait, l’imperfection étant notre lot à tous. Mais si vous vous reconnaissez plus particulièrement que le commun des chrétiens, alors… je vais devoir commenter plus souvent votre blog ! :)

    En fait, sur cette question très particulière, je n’impose pas mon point de vue, parce mettant des vies humaines en jeu, cette loi n’a pas les conséquences de n’importe quelle autre loi inique.
    En revanche je maintiens bien :
    – que les changements obtenus sont bien illusoires (les bons principes manquant à l’appel)
    – que la méthode n’est pas à user à tout propos, qu’elle peut peut-être se justifier dans ces circonstances précises, mais sûrement pas en d’autres circonstances.

    Si on perd de vue ces deux principes, on justifie alors n’importe quelle action compromettante.
    On touche en fait par cette question, au domaine politique, le domaine de la compromission par excellence…Le domaine du moindre mal.

    Si je trouve un texte du magistère pouvant nous éclairer davantage, je vous fais signe.

  10. Polydamas said,

    Si je m’y reconnais, c’est plus à cause de ma « schizophrénie » entre d’un côté, ma vie professionnelle de financier hyper-pragmatique et âpre au gain, et de l’autre ma vie de croyant-blogueur tradi tentant modestement de renverser la vapeur. Mais vous pouvez venir commenter vous serez toujours accueilli avec plaisir.

  11. Beethoven said,

    Tout cela me fait doucement penser à une citation :  » L’enfer est rempli de bonnes intentions ».

  12. La voix dans le desert said,

    La Corporation s’attachera à vous trouver un poste d’inquisiteur, après la tempête, Beethoven.

  13. avouedusaintsepulcre said,

    J’avoue ne pas très bien saisir votre méfiance (ou carrément condamnation ?) de la politique. Sans doute ai-je une définition trop vaste de ce que recouvre ce terme car je ne l’associe pas spécialement avec la pratique du pouvoir mais comme étant un principe d’action dans la Cité (ce que vous définissez vous peut-être comme étant l’action sociale). Ce qui m’interpelle, c’est qu’avec mon camarade Guillaume de Saint Thierry, nous avons sur ce sujet des sensibilités légèrement différentes qui me laissent supposer que la connexion à Dieu peut être différente suivant les individus (Thibon était beaucoup moins porté pour l’action que De Cortes par exemple). Je comprends très bien votre critique du volontarisme chrétien mais admettez vous que nous puissions chacun avoir un rôle différent dicté par la Providence qui nous porte à agir d’une certaine manière.

    L’idée de restauration d’un pouvoir politique basé sur des principes sains ne devrait à mon sens laisser aucun croyant indifférent. Etant entendu que cette restauration devra d’abord passer par un lent travail de formation des cadres. Cette formation n’est-elle pas en soi une action politique ?

  14. La voix dans le desert said,

    Loin de moi de condamner l’action politique au sens d’agir pour le bien de la cité. Ne voyez pas dans mes propos une condamnation. Seulement, cette action doit s’ordonner à la vie spirituelle personnelle. C’est vrai que cet article est mal écrit. J’ai tenté d’y remédier avec « Gethsémani » pour compléter. Voyez la différence entre saint Pierre et saint Paul à la Passion. Le premier se sert de l’épée refusant de voir enlever son maître (saint Jean Chrysostome et saint Augustin voient bien là un refus de la volonté de Dieu qui voulait faire mourir son fils.) Le second reste calme et accompagne Jésus jusqu’au calvaire. Le premier renie Jésus, le second reste fidèle.

    Abandonner l’espérance pour l’espoir humain, et oublier que le mal triomphe du bien naturellement parlant (les deux axes volontaristes) sont autant de « carnalisations » inacceptables pour un chrétien qui se respecte. Donc notre première tâche politique est de maintenir. Nous maintenons la religion véritable, la saine philosophie, notre conception de la politique, etc à la face du monde entier, chacun effectivement oeuvrant selon sa personalité.
    Nous avons bien tous un rôle différent, mais tous dans le même temps avons comme devoir premier la sanctification individuelle.

  15. avouedusaintsepulcre said,

    Quelle rapidité. Merci de votre réponse. Tout est clair et je suis parfaitement d’accord avec vous. Formons nous et affichons à la face du monde notre refus de transiger (Intransigeants). Le blog des Intransigeants étant le fruit de plusieurs contributeurs et la personnalité humaine étant d’humeur changeante, vous comprendrez aisément que tous nos messages ne sont pas d’égale qualité. Les commentaires d’actualité qui peuvent apparaître moins sérieux se justifient par notre volonté de détruire les fondements de la société moderne. Le plan des principes est il est vrai parfois un peu négligé. Guillaume de Saint Thierry n’est pas très régulier mais pourrait largement contribuer à combler cette lacune. Je suis en tous les cas heureux d’avoir pu mettre au clair avec vous.

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