Le mérite de la guerre civile

4-04 at 4:24 (Encyclopédie, Heurs et malheurs, Hispanophilie, Histoire, Lectures)

« Dans une guerre civile, chacun combat pour son idéal, qu’il s’agisse de convictions politiques comme c’était le cas pour les Rouges, ou de foi patriotique et religieuse semblable à celle qui nous animait. J’ai souvent entendu flétrir la guerre civile, sous prétexte que c’était une guerre « entre frères ». Mais tous les blancs ne sont ils pas des frères, et y a-t’il plus de différences entre un Anglais et un Allemand qu’entre un Galicien et un Andalou ? Dans une guerre internationale, l’individu anglais ne ressent aucune haine fondamentale pour l’individu allemand, car leur haine est essentiellement factice, puisqu’elle n’exprime que le résultat d’une propagande politique destinée à justifier une agression dont la logique n’est pas toujours très évidente au peuple. L’histoire des dernières décennies en fournit un certain nombre d’exemples irréfutables : en 1939, l’Allemagne hitlérienne et la Russie soviétique se donnent cordialement la main pour dépecer la Pologne ; mais deux ans plus tard, la Russie mesure la puissance du colosse germanique, comprend qu’elle a signé un marché de dupes et se prépare à attaquer l’Allemagne dans le dos. En 1939, l’idéal nazi et l’idéal communiste pouvaient collaborer. En 1941, l’idéal nazi est devenu exécrable aux yeux des soviétiques, alors que, par contre, l’idéal capitaliste occidental leur paraît brusquement tout à fait admissible. Et l’on assiste alors à l’alliance militaire et économique des Républiques Socialistes avec la démocratie ploutocratique américaine, et la démocratie monarchiste anglaise… Ce serait risible, si des millions de vies n’avaient payé ou racheté de telles tartufferies !

Dans une guerre internationale, chacun croit se battre pour un idéal ( généralement « la défense de la civilisation », comme si la civilisation était le patrimoine d’un seul pays !), mais en réalité, il se bat, sans le savoir, pour des raisons économiques. Dans une guerre civile au contraire, chacun se bat pour la cause qu’il s’est lui-même fixée puisque c’est en général volontairement qu’il prend les armes. Chaque combattant du parti adverse est son ennemi personnel, parce que ses théories sociales ou religieuses le blessent au plus profond de lui-même et tentent d’écraser les siennes. Les combattants d’une guerre civile tuent pour faire triompher leur idéal par la destruction de l’adversaire, tandis que ceux des guerres internationales ne tuent que parce qu’on les a mobilisés pour tuer ceux qu’on leur désigne. En définitive, c’est la personnalisation de la haine, qui, expliquant et justifiant l’usage des armes, anoblit une guerre civile. C’est pourquoi la guerre internationale a pu être codifiée, la guerre civile, non. »

Marcelo Gaya y Delrue, Combattre pour Madrid, (mémoires d’un officier franquiste).

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Un commentaire

  1. Humanisme hispanique « La voix dans le désert said,

    […] l’extrait du même livre, Le mérite de la guerre civile, les deux posts forment un tout […]

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