La maladie et le fléau

27-03 at 7:18 (Heurs et malheurs)

Dans ce post-là je reprenais des pensées de Gustave Thibon, extraites de l’échelle de Jacob, dont certaines qui trouvent une résonance toute particulière par rapport à la situation actuelle.

Il y a une grande confusion dans les esprits entre les notions d’espoir humain et d’espérance chrétienne. En aucun cas l’espérance chrétienne ne consiste à regarder l’avenir en le considérant comme nous étant matériellement favorable. Tout ce que nous permet l’espérance chrétienne, c’est la certitude du triomphe final du Christ, et de la concordance des événements pour notre bien personnel. Le chrétien laisse les lendemains qui chantent aux païens jouisseurs, aux communistes athées, et à nos contemporains dignes héritiers des deux tendances. L’optimisme chrétien n’a pas d’autre sens que le spirituel, et comme chacun sait, notre bien spirituel passe souvent par les épreuves matérielles, par la souffrance en ce bas monde. Les volontaristes chrétiens quant à eux, sont amenés à faire cette confusion, prostituant la volonté de Dieu pour la ramener à la sienne. Les volontaristes chrétiens ne désirent pas l’amélioration de leurs conditions matérielles, mais la réalisation de leurs bonnes intentions. Combien de chrétiens bien intentionnés ont remplacé le « que votre volonté soit faite » du Notre Père par d’ardentes velléités volontaristes de retour à la société chrétienne (exemple actuel). Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien souhaiter, mais que nos souhaits ne doivent en aucun cas passer outre les vues de Dieu.

“Vertu d’espérance. Si paradoxal que cela paraisse, l’espérance surnaturelle consiste surtout à ne pas songer à l’avenir. Car l’avenir est la patrie de l’irréel, de l’imaginaire. Le bien que nous attendons de Dieu réside dans l’éternel, non dans l’avenir. Et le présent seul donne accès à l’éternel. Se réfugier dans l’avenir, c’est désespérer du présent, c’est préférer un mensonge à la réalité que Dieu nous envoie goutte à goutte chaque jour. Dieu tient ses promesses en même temps qu’il les fait. Hodie mecum eris in paraiso, telle est la devise de l’espérance surnaturelle. La fausse espérance, braquée uniquement sur l’avenir, se repaît de promesses : demain, on rasera gratis…”

On ne saurait mieux dire…

Triste époque que la nôtre (et par là destin triste et grandiose que le nôtre : réjouissons nous !) qui voit le triomphe du cancer idéologique. Nous avons peu à peu perdu l’habitude de concevoir les événements comme rattachés au plan divin, peut être par peur du qu’en dira t’on, des regards sarcastiques de notre entourage le plus proche. Qui vous parle encore du péché de la France, pour qualifier son état d’apostasie officielle depuis 1789 ? Quand on prononce ce mot, on le fait du bout des lèvres, et encore, le plus souvent, on ose à peine aller jusqu’au bout du raisonnement, et conclure que s’il y a bien péché, il y aura donc châtiment. Tant au niveau individuel qu’au niveau national, un péché appelle un châtiment, et on en pourra rien comprendre à rien de ce qui se passe actuellement sans rester dans cette optique théologique-là. (On a perdu la bonne habitude de lier la théologie et la philosophie politique, effet du rationalisme ambiant)

J’ai du mal à comprendre l’état d’esprit, ou plutôt le sentiment d’appréhension vis à vis de l’islamisation de la France, ce processus qui se déroule sous les yeux attérrés des chrétiens embourgeoisés et les yeux doux des gouvernants. Ce n’est pas tant que j’apprécie l’islam cette gnose judéo-chrétienne, ni même les musulmans qui sont le plus souvent sujets à la méchanceté, voire la mesquinerie. Mais au moins, ces derniers ont l’excuse de leur fausse doctrine et ne sont pas atteints des mêmes défauts que nous, de notre décadence irrémédiable. Notre société a assez durée, et je ne vois rien qui puisse la racheter. Alors, l’islam, nouveau fléau de Dieu, pourquoi pas ? De toute façon, que Sa volonté soit faite ! Il reconnaîtra les siens. Autant je peux imaginer l’Iran actuel devenir chrétien, autant la perte du sens du beau, du bien qui nous caractérise désormais est un obstacle fatal à notre redressement. Le christiannisme sauvera t’il notre société ? Bien sûr, mais pas de la façon que s’imaginent deux tiers des chrétiens aujourd’hui, à savoir par une conversion des français, qui serait due à l’intervention du Saint Esprit, un peu, et à nos gros efforts, surtout. Je vois plutôt un grand chaos, et un ordre nouveau en sortir, pour reprendre des terminologies thiboniennes. Comment parler de convertir les français actuels ? Vous pouvez convertir des hommes, avec des aspirations, des sentiments, une intelligence saine, mais ces fantômes qui déambulent dans nos rues laides au possible, sans goût, sans passion, si pâles que j’en viens même parfois à me demander s’il leur reste encore des instincts, comment pourraient-ils devenir ce qu’ils ne sont plus ? Un miracle, me direz vous. Je crois aux miracles. Le Christ a converti saint Paul, saint Ignace, saint Augustin, mais on ne peut pas comparer aucun de ces hommes avec nos contemporains. Marcel De Corte dit tout cela mieux que moi dans son Essai sur la fin d’une civilisation.

Rien ne sert de pleurnicher, nous avons deux raisons d’être stoïques. Nous ne sommes pas seulement coupables d’apostasie et de décadence et sommes  responsables des maux qui nous attendent conséquemment. La montée de l’islam dans ce qui nous sert de société, c’est une réponse à cette loi qui dit que la nature a horreur du vide.

« Le mal intérieur évolue d’une façon infiniment plus bénigne en apparence que les fléaux. Un cancer germe en nous plus lentement que la peste (il met peut-être toute notre vie à germer), et cet incurable ennui qui suinte des vies molles et gavées ne nous saisit pas à la gorge avec la brutalité d’une poigne de brigand. Mais la peste et le brigand sont des maux qui ne font pas partie de nous-mêmes, ils peuvent nous lâcher, et s’ils nous tuent, ils nous tuent franchement sans nous corrompre, tandis que le mal intérieur nous poursuit jusqu’à la tombe et nous dénature avant de nous tuer.

L’homme le cultive pourtant ce mal suprême, il en chérit les causes, et tremble devant les fléaux qui pourraient l’en délivrer. Ces gens qui tremblaient hier devant la guerre, et qui tremblent aujourd’hui devant la vie dure ont peur de voir le fléau balayer en eux la maladie : ils redoutent plus que la mort une guérisson blessante. L’instinct perverti qui habite en eux semble dire au fléau : nous sommes assez forts pour nous détruire nous-mêmes -et plus radicalement, plus sûrement que tu ne pourrais le faire- avec ce que nous croyons être le plaisir, la sécurité et le repos !” dit Thibon.

La vérité, c’est que nous sommes déjà dénaturés et c’est précisément pour cela que nous sommes incurables. Je repense à cette pensée de Dostoïevsky dans son Journal d’un écrivain lorsqu’il écrit que le peuple perverti jusqu’à la moëlle, c’est à dire jusqu’aux instincts, préfère mourir de sa maladie, que de guérir, qui rejoint bien notre dernier philosophe national.

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