Du nationalisme allemand (Le malentendu national 2)

14-12 at 7:18 (Encyclopédie, France actuelle, Hispanophilie, Lectures)

Entendons nous sur l’expression « nationalisme allemand ». Je veux parler ici des diverses doctrines politiques pangermanistes qui ont eu cours dans les différentes provinces de l’Allemagne romantique. Celui des Discours à la nation allemande de Fichte, ou de certaines des oeuvres de Heine, par exemple.

J’ai laissé Alexis Arette pourfendre le nationalisme Jacobin français, ce qui formera avec ce post-ci un ensemble cohérent, car on ne peut pas parler de l’un sans égratigner l’autre. D’ailleurs, Fichte lui-même était un admirateur de la Révolution française, en bon disciple de Kant, ceci expliquant cela.

Une chose saute aux yeux de prime abord, c’est la déification du peuple allemand, qui absoudrait presque le chauvinisme français, ridiculement mesquin et innofensif en comparaison :

« De tous les siècles, tous les prudents et nobles coeurs qui passèrent sur la terre, dans toutes leurs pensées et toutes leurs aspirations lèvent leurs mains supliantes vers l’Allemagne, pour qu’elle sauve son honneur et son existence… En vous, ô allemands ! est le germe de toute perfection humaine et l’espérance de tout progrès. Si vous manquez à votre vocation, si vous périssez, mourra avec vous et pour tout le genre humain jusqu’à l’ombre de l’espérance de se sauver de l’abîme de la corruption… Par conséquent, il n’y a pas lieu de douter : si vous périssez, toute l’humanité perdurera sans l’espérance de se lever jamais ».

Sans commentaires.

D’autre part, et c’est là-dessus que je voudrais m’attarder, cette idéologie donne une définition de la Nation qui me paraît terriblement négative. On a pu voir le centralisme jacobin, avec sa volonté d’uniformisation de la France à cette époque très diversifiée (linguistiquement également) ; il se trouve que le nationalisme allemand exerça le même rôle sur les différents territoires allemands, qui s’ils présentaient une langue commune, n’en étaient pas moins divers sur des points autrement plus importants dans la vie d’un homme et partant, d’une nation. Lorsque je lis les innombrables auteurs du XIXème siècle allemands qui exaltent la place de la langue comme élément unificateur d’une nation, j’ai l’impression de relire un discours de quelque conventionnel bien français. Même Goethe n’est pas exempt de ce syndrôme. Si je suis bien évidemment présent pour dire que l’âme d’un peuple vit dans sa langue, je refuse de m’arrêter là et de considérer que l’âme d’un peuple ne soit vivante que dans sa langue. Marcel De Corte appelle ce phénomène, le gonflement de la partie en tout.

Hélas, le protestantisme sévissant depuis la Réforme en Allemagne du Nord a fait que la religion est passée au second plan. Un catholique est catholique avant tout, sa patrie spirituelle est sa première préocupation, ce qui ne pourra jamais être le cas d’un protestant, ou bien par accident. Dans le cas général, le protestantisme a toujours apporté une philosophie et un art de vivre qui s’oppose à l’Ordre Chrétien et toutes ces choses séculaires de la Tradition Catholique. Il y a la Weltanschauung protestante et la Weltanschauung protestante, un point c’est tout. L’Allemagne loin de faire exception à ce principe en a été au contraire une remarquable illustration, ne laissant pas d’autre choix aux théoriciens nationalistes (souvent de familles protestantes, vivants en athées accomplis) que de laisser la religion et la philosophie au second plan, et par là trouver un autre élément fédérateur.

Bien entendu, le processus matériel d’unification suit la même tangente simplificatrice et écrase méthodiquement la diversité. La prussianisation de l’Allemagne est une grande injustice non pas tant à cause de l’offense qu’elle représente pour l’Autriche, que pour cette déferlante systématique de l’état-centraliste dans la vie des chaque ancienne province. Rien qu’à lire ce que pensait un Goethe des prussiens, on a une idée de l’abstraction que peut être l’idée de peuple allemand à cette époque, même si comme le remarque Arette en sous entendu dans Le malentendu national, l’Italie ou la France présente plus de particularités additionnées que n’en ont jamais représenté les duchés allemands. Mais le système Autrichien d’allégeance et d’autonomie ne pouvait évidemment pas être retenu par des amoureux de la Révolution Etatique.

Le jacobinisme se souciait de créer un peuple français, le nationalisme allemand n’a pas eu tant besoin de le créer. Dans les deux cas, la toile de fond reste la même : faire des synonymes des mots nation et peuple. Un peuple c’est une nation pour les allemands, suivant la logique jacobine pour laquelle une nation, c’est un peuple.

Eh bien, je n’aurai de cesse de clamer le contraire. Sans se lancer dans des discussions théoriques, au demeurant passionnantes, quelques exemples pourront peut être éclaircir ce point. Je pense à la France féodale bien sûr, dont on nous pourra pas nier qu’elle fût une nation, toute formée de peuples différents qu’elle l’ait été, mais aussi à l’empire autrichien, celui qui prit par la suite le nom d’austro-hongrois, et qui s’effondrat en à sa capitulation en 1918, regroupant des peuples différents, slaves, hongrois, et germains bien sûr.

Si l’on admet la définition d’une nation comme communauté de destin, comme disait Thibon, alors on appréciera un modèle de gouvernement qui n’a pas grand chose à voir avec celui prôné par le nationalisme allemand. Dans le même sillage idéologique, à la racine même, on toruve le fameux droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, depuis tant utilisé pour critiquer les colonisations quelles qu’elles soient, et la française en particulier. Tout cela relève aussi d’une conception faussée de ce qu’est une nation : Une communauté de destin peut parfaitement s’établir sur deux continents, entre deux peuples qui n’avaient auparavant rien à partager. (Qu’on ne m’objecte pas les réserves matérielles à ce genre de vue, que je connais parfaitement, et qui sont hors sujet, puisque je ne parle que de principes généraux, et non de cas particuliers)

Revenons à cette conception allemande, justement. Une fois que les théoriciens romantiques eurent fait des mots nation et peuple des synonymes, comme nous l’avons dit plus haut, il ne manquait plus que l’on réduise la définition d’un peuple à son sang, sa race, pour que la concordance Nation-Race que l’on observe dans la doctrine national-socialiste soit possible.

Le sujet n’est pas sans intérêt, puisqu’il existe encore aujourd’hui ces diverses idées calamiteuses dans les pensées, les discours et les actes de certains hommes de « droite » (s’entendre sur le mot, là aussi, est devenu important) en France et dans le monde, ceux qu’Arette appelle les nationalitaires.

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