L’Espagne vue par Thibon…

13-12 at 8:14 (Encyclopédie, Hispanophilie)

… au début du chapitre X des Entretiens avec Philippe Barthelet :

« J’ai connu l’Espagne assez tard, à 43 ans, en 1946 -et je suis en effet tombé amoureux d’elle. Et quand on est amoureux, il est naturel d’apprendre la langue de la femme qu’on aime… Si bien que j’ai appris l’espagnol, qui est aujourd’hui la langue étrangère que je parle le mieux, puisqu’il m’est donné de la pratiquer tous les jours.

L’Espagne de 1946 était très pauvre, très mal outillée : elle sortait d’une période de restrictions profondes, après la guerre civile, qui l’avait laissé exsangue, puis la guerre européenne, à laquelle elle n’avait pas participé, mais qui avait paralysé ses échanges avec le continent. A cette époque, le tourisme n’existait pas, on pouvait avoir infiniment plus qu’aujourd’hui un contact véritable avec le peuple.

On sentait la fierté dans toutes les classes sociales, le sentiment de l’honneur, le sens du contact humain, direct, le seul qu’ils connaissent et qui rapelle cette allégeance que Simone Weil admirait tant chez eux. Elle disait que la monarchie espagnole, par el serment d’allégeance, avait constitué un modèle, autant qu’un Etat politique peut l’être, avant l’arrivée des Bourbons…

Cette faculté de distance aussi, et de mépris. Il faut un pays comme l’Espagne pour y trouver une chapelle dédiée à Notre Dame du Mépris – nuestra Senora del Desprecio, en Estrémadure. Et un mépris qui, chez les meilleurs, n’est pas du tout mêlé d’envie -trop souvent, en effet, on feint de mépriser ce que l’on envie. Non, là-bas, les honneurs, l’argent, l’élévation sociale : pas d’importance.

Il me souvient d’avoir essayé de traduire à un jeune espagnol qui était venu chez moi apprendre le français, des vers de Victor Hugo sur l’Espagne. Hugo a parlé admirablement de ce pays, de son histoire et de son âme. Il y avait vécu enfant, et connaissait très bien l’espagnol (Pepita, « Dans cette Espagne que j’aime », « les grandes chambres peintes/Du palais Masserano ») et c’est dans cette langue qu’il tenait ses carnets intimes.

Dans Le Cid éxilé, il décrit les paysans qui entouraient le héros :

[…] Tels sont ces laboureurs. Pour défendre l’Espagne, / Ces rustres au besoin font plus que des infants ; / Ils ont des chariots criants dans la campagne, / Et sont trop dédaigneux pour être triomphants.

« Toute l’Espagne est là ! » s’exclama mon jeune interlocuteur… […]

J’ai voulu aussi visiter la Manche, le pays de Don Quichotte, et en particulier le Toboso, où Cervantès fait vivre Dulcinée, l’amor y la ilusion de Don Quixote, l’amour et l’illusion de Don Quichotte -illusion voulant dire à la fois illusion et espérance, ce qui montre à quel point l’espérance peut être trompeuse… « Espérance infondée », selon le dictionnaire…

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