Le malentendu national

13-12 at 7:41 (Encyclopédie, France actuelle, Heurs et malheurs, Histoire, Lectures)

Je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de m’attaquer à l’idée nationale jacobine, ni même au nationalisme allemand qui à mon sens n’est qu’une variante historique et géographique de la même idéologie néfaste. Cette idéologie a bien duré (avec ses améliorations ou ses corrections successives) jusqu’à nos jours, et en a de beaux devant elle si j’en juge par ce que je vois aujourd’hui dans les milieux de droite (je ne nomme personne en particulier, suivez mon regard). Peut-être à l’occasion, développerai-je le sujet, sur des points qui me tiennent à coeur, et ainsi, à grands coups contre le droit des peuples à disposer d’eux mêmes, ainsi définirions-nous ce qu’est une nation, loin des fables qui ont court aujourd’hui.

Je me propose donc de relire ici quelques extraits du Malentendu national, d’Alexis Arette. L’auteur se présente lui-même comme un béarnais enraciné. Comme tel, il n’a pas abandonné son patois ; (Goethe disait déjà joliment en son temps que l’âme d’un peuple vit dans sa langue) et peut donc à l’occasion publier de charmants vers en béarnais, qui font revivre dans le coeur des lecteurs les sentiments qu’ils ont ressentis dans leur jeunesse, lisant certaines pages de Maurras par exemple.

Je laisse de côté les premières pages du fascicule, traitant d’histoire, certes passionnantes, mais pas tout à fait dans le vif du sujet qu’il me plait de relater. Allons ! Place au Béarnais, contre l’idée de la nation que se fait François Choisel, professeur à l’Institut Catholique de Paris :

« Je comprends que monsieur Choisel ait des faiblesses pour la fripouille conventionnelle. Danton ne s’autorisait-il pas comme lui, des « frontières naturelles » de la nation ? Ne réclamait-il pas à ce sujet l’annexion de la Belgique ? Je comprends aussi le rapprochement qu’il tente avec De Gaulle : comme lui, ne trouva-t’il aps asile en Angleterre après la fusillade du Champ de Mars, laissant les autres dans la mélasse ? Mais Jeanne d’Arc, par pitié, ne la mélangez pas avec ces citoyens, car elle faisait les distinctions naturelles aux âmes pures. Que dit-elle lors de son procès lorsqu’on lui demande son nom ? « Chez nous on m’appelait Jeannette, mais depuis que je suis en France, on me nomme Jeanne… »

Jeanne d’Arc avait la notion d’un « chez nous », c’est à dire d’un autre bien que la France. C’est probablement une chose que les citoyens Danton, De Gaulle et Choisel ne peuvent comprendre pour cause de frustration terrienne. C’est la différence qu’exprimait avec une grande clarté M. de Charette en disant : « Pour eux la patrie semble n’être qu’une idée. Pour nous elle est dans la terre. Ils l’ont dans le cerveau, nous l’avons sous les pieds, c’est plus solide ». (…)

Certes, je comprends très bien le souçi de François Choisel, et d’autres, de ne point défaire la nation, et j’ai le même souçi. Mais j’ai la certitude qu’on ne préserve pas l’ensemble si l’on commence à nier la réalité de ses composantes. Ce que lui appelle « les régionalismes à la mode », ce n’ets jamais que la volonté des patries diverses de garder une identité que la nation hypertrophiée ne garantit plus. La volonté identitaire est un fait, et, à l’extrême, les cas actuels des bandes rivales qui s’affrontent dans les banlieues procède de ce besoin qu’a l’homme de se distinguer par rapport aux autres. La nation n’est réussie que lorsqu’elle fédère les groupes humains dans ce que Gustave Thibon appelle « la communauté de destin ». « 

Après avoir rappelé quelques extraits de discours de Jean Paul II, Jean XXIII et Pie XII sur la question nationale, le béarnais continue de répondre au professeur :

« Monsieur Choisel ne serait-il pas plus meilleur enseignant républicain qu’enseignant catholique ? Plus que de Pie XII, n’ets-il pas proche du conventionnel Barrère qui, défendant ses idées apr l’exercice de la guillotine, déclarait en 1794 : « Nous avons révolutionné le gouvernement, les moeurs, les pensées ; révolutionnons aussi la langue : le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton, l’émigration et la haine de la république parlent allemand. La contre-révolution parle italien. Le fanatisme parle basque. Brisons ces instruments de dommage et d’erreur ! » (…)

[Citant Alexandre Sanguinetti :] « Sans centralisation, il ne peut y avoir de France. Il peut y avoir une Allemagne, une italie, parce qu’il y a une civilisation allemande, une civilisation italienne, mais en France, il y a plusieurs civilisations. Et elles n’ont pas toutes disparues, vous pouvez en croire un député de Toulouse ! » Si j’entends quelque chose à ce pathos, il signifie qu’il faut en finir avec les civilisations pour que la France vive ! L’impropriété des termes employés, et d’abord « civilisations » au lieu de « cultures » permet toutes les approximations. Mais sans insister sur l’énormité de l’erreur en ce qui concerne l’Italie, nation au moins aussi composite que la France [et l’Allemagne n’est pas trop en reste non plus, mais n’anticipons pas, n’anticipons pas], il faut présumer que les gens qui s’expriment de la sorte sont des idéologues parce qu’ils sont d’abord des déracinés qui devarient relire Barrès. Pourlécheur de surfaces, ayant perdu même la volonté de se ré-enraciner, ils transportent leur frustration sur la forme intellectualisée de la Nation. C’est ainsi que sans s’en douter, et même en se voulant pragmatiques, ils nous préparent un monde virtuel, loin des saisons, de l’humus et du bourgeon. Leur méconnaissance d’une langue locale restée terrienne les condamne aux jongleries du français politicien, et aux utopies qui ne sont que cohérences verbales. Il y a des mondes entre le nationalisme fédératif de Maurras et de Barrès et le nationalisme totalitaire de Sanguinetti et Choisel, qui paraît être la copie française du « Deustchland über alles« . Et si ses tenants barbottent encore dans les douves de l’Eglise, c’est en regrettant que Notre Dame se soit adressé en Bigourdan à la petite bergère de Lourdes.

La contradiction des nationalitaires tient à ceci : ils craignent, comme nous le craignons, l’impérialisme, le colonialisme, la planification d’un super-état à vocation mondialiste. Mais ce qu’ils redoutent pour la nation, ils l’appliquent à son bénéfice, pensent-ils, à l’encontre des minorités qui justement composent la nation. C’est ainsi qu’ils s’obstinent, à l’exemple des conventionnels, à nier les peuples de France, au profit d’un idyllique « peuple français » qui jamais n’exista. Les identités locales, qui conformément à la recommendation Romaine et au principe de subsidiarité, voudraient assumer les responsabilités propres à leur compétence, se verraient traitées comme la Vendée par Westermann ! Entre les landers allemands, les cantons suisses et les autonomies espagnoles, la république française se présente comme un corps qui a tout oublié et qui ne veut rien apprendre !

Les nationalistes dont beaucoup prétendent avoir lu Maurras et s’en inspirer, n’ont pas retenu cette phrase lapidaire qui dit tout : « Qu’est-ce que le fédéralisme ? Je ne puis mieux le définir qu’en disant qu’il est le contraire du séparatisme ». « 

A suivre, donc…

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Un commentaire

  1. Chilbaric said,

    1°) Alexandre Sanguinetti était corse : donc pas touche à ma Corse, mais je fais ce que je veux du « continent », comme ça me chante. .
    2°) Alexandre Sanguinetti est un « républicain », ce qui veut dire qu’il déroule l’idéologie de la révolution : mettre à mort tout ce qui n’est pas né de Marianne – c’est à dire tout ce qui a fait la France !
    … et sa richesse.
    Car en 1789, la France était bien l’état le plus peuplé et le plus riche d’europe (absolument et rapporté à sa population aussi).

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