Blanc et Rouge

17-08 at 2:15 (Encyclopédie, France actuelle, Lectures)

Demi tour à gauche… droite !

Le XIX ème et le XX ème siècles ont vécu sur l’hypothèse gauche-droite. Pendant un siècle et demi en tout cas, on a cru savoir ce qu’on disait quand on utilisait ces termes, et pas seulement en France. En Angleterre, les Thories étaient à droite et les Whigs à gauche, jusqu’au moment où ils se sont laissés déborder par les Travaillistes.

Pour simplifier : la droite était conservatrice : le sabre et le goupillon ; la gauche, révolutionnaire : paix aux chaumières, guerre aux palais.

Dans ce sens, le slogan de la III ème république française  » Toujours plus à gauche, mais jamais au delà » avait un sens : la gauche voulait modifier les choses, mais pas trop. En fait elle voulait discréditer la droite pour prendre sa place : Ote-toi de là pour que je m’y mette. Elle a réussi. Dès qu’on a des palais, on se garde de leur faire la guerre.

D’où un glissement perpétuel, qui fait que les véritables partis de droite sont des espèces disparues et que ce qui passe pour à droite maintenant aurait été stigmatisé comme une dangereuse faction d’extrême-gauche il y a cinquante ans.

Cet aperçu de la situation se complique, du moins en France, du fait que la gauche au pouvoir gouverne un tant soit peu à droite, et que la droite au pouvoir gouverne à bride abattue à gauche, et, partout dans le monde, du fait que, par un merveilleux tour de passe-passe, la désinformation comuniste a réussi à faire passer le monstrueux national-socialisme pour un parti de droite, ce que la droite elle-même a gobé. Détails.

Au point où nous en sommes arrivés maintenant, j’entends au début des années 90, les mots « gauche » et « droite » ont perdu toute signification. La surenchère sur la notion de « gauche » a triomphé lorsque Boris Elstine, partisan d’une économie de marché, donc de la constitution d’une bourgeoisie, au demeurant nationaliste russe, et favorable à l’Eglise orthodoxe, a dénoncé le putsch communiste d’août 1991 comme une manoeuvre… de droite ! Le Monde, d’ailleurs a sanctionné cette terminologie. Elstine est donc à gauche avec Mitterrand, les putchistes d’août 1991 à droite, sans doute avec Reagan. On se demande où est le communisme réformateur de Gorbatchev dans ce musée Grévin de la politique ?

Pour ajouter à la confusion, il ne faut pas oublier que le mot « libéral » en français est maintenant l’antonyme absolu du mot « libéral » en américain, puisque les « libéraux » français sont, plus ou moins, à droite, tandis que les « liberals » américains sont résolument à gauche.

Faut-il, pour clarifier les idées, parler d’une « sensibilité de gauche », ou « de droite », la première étant plus portée aux réformes, la seconde à la défense de l’ordre établi ? Je l’ai longtemps cru, et je pensais que la distinction se cristallisait heureusement autour de ces deux citations : « Je préfère une injustice à un désordre » (Goethe) – « Tu ne supportes pas l’injustice : pour toi, c’est le seul désordre » (Eluard). Mais lorsqu’on sait qu’Eluard parlait aussi du « coeur d’amour » de Staline, on s’aperçoit qu’appliquée à la politique, la notion même de sensibilité ne signifie pas grand chose. D’ailleurs il suffit qu’un régime « de gauche » s’instaure où que ce soit pour qu’il devienne ennemi de toute réforme, les siennes une fois faites, si bien qu’on en arrive à cette définition ubuesque : tout parti au pouvoir est de droite, tout parti de l’opposition est de gauche. Le caméléonisme politique va peut-être jusque là, mais ca ne clarifie en rien le vocabulaire.

Peut-être ce carroussel de la gauche et de la droite, l’une venant à chaque instant remplacer l’autre, signifie t’il simplement qu’il est temps de renoncer à ces notions transitoires, qui ont pu avoir leur utilité dans le monde de la révolution industrielle, mais qui ne correspondent plus à rien, à une époque où il n’y a plus, politiquement, ni d’aristocratie féodale, ni de prolétariat révolutionnaire, mais, en Occident, tout un camaïeu de bourgeois nantis-appauvris, et, à l’échelle du monde, deux catégories qui s’appellent en jargon moderne les « have » et les « have nots ».

Dans cette perspective, y aurait-il quelque utilité à revenir sur une autre distinction, peut-être plus ontologiquement juste – je ne fais ici que jeter cette idée en l’air- les Blancs et les Rouges ?

Les Blancs sont du côté de l’Etre, les Rouges du côté de l’existence.

Les Blancs sont pour ce qui précède le choix, les Rouges pour le choix.

Les Blancs sont pour le Dieu-Homme, les Rouges pour l’homme-dieu.

Les Blancs croient en un Ordre et une Justice, d’ailleurs inséparables, les rouges veulent imposer leur ordre et leur justice.

Les Blancs sont des constructeurs, les Rouges des destructeurs.

Les Blancs sont pour l’éternité, les rouges pour l’occasion.

Le Blancs cèdent leur place dans le métro, les Rouges le couvrent de graffiti…

On pourrait continuer.

J’ai toujours récusé l’étiquette « homme de droite » : je sentais qu’une veste qui la porterait me gênerait aux entournures.

Je ne récuserais pas la griffe  » Blanc ».

Vladimir Volkoff.

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2 commentaires

  1. Beethoven said,

    Je me permets d’ajouter que ce glissement a été vu aussi lors de la Révolution Française. Les plus révolutionnaires au début, donc les personnes de la gauche ,extreme gauche ,comme les Feuillants ce sont retrouvés au milieu sinon à droite à chaque fois que la révolution s’avançait un peu plus. Donc on peut voir que ce mouvement n’est pas forcément ancré dans un temps allongé et profond mais qu’il peut etre le terrain de quelques mois , de quelques années.
    On peut donc se poser la question de la position que tient la population dans ce glissement quand on voit comme à la Révolution Française que la Législative à été voté seulement par les Jacobins en loge.

    Je dirai pour finir que nous assistons à une centralisation des partis , comme une immense Pleine ou Montagne qui écraserait le reste par une pensée unique .
    Le « Modem » ( on croierait parler d’informatique …. ) est un exellent exemple quand on voit que des gens de droite et de gauche s’engage dans ce parti dit centriste laissant leur soit disant  » convictions » derrière eux.
    Que dire encore de Monsieur Lang ou encore de Monsieur Bresson qui quittent l’un et l’autre le PS pour s’engager, pour Monsieur Bresson au côté de l’UMP et pour Monsieur Lang au côté de notre président Monsieur Nicolas Sarkozy afin de participer à une assemblée visant à étudier plus en profondeur nos institutions.
    L’on peut parler aussi de l’ancien RPR de Monsieur Jacques Chirac transformé en UMP de Monsieur Sarkozy .
    Dinastie Chirac éteinte , dinastie Sarkozy nouvelle ? Que dire ? Rapellons que Monsieur le Général Charles de Gaulle avait lui aussi créé son partis ….

    En conclusion je dirai que nous avons un abaissement de la droite et de la gauche pour un aggrandissement massif du centre corélé par un affaiblissement des partis dit extrémistes.

    PS : D’ou le problème de contre pouvoir , le problème de la diversité des opinions dans une démocratie, l’élimination médiatique de certains partis.

  2. lavoixdansledesert said,

    Ce que vous dites est vrai à tous les égards. Yves Marie Adeline a écrit un livre que j’ai consulté plus d’une fois, qui s’intitule « La droite piégée ». Je ne vais pas ici faire un résumé de ce livre, mais il en ressort que quoiqu’elle fasse, la droite ne peut parvenir à mettre en pratique les valeurs auxquelles elle croit. (Je n’aime pas le mot « valeur », mais je paraphrase Adeline). Ce parce que précisément, nous glissons toujours plus à gauche. Les révolutionnaires aussi, ont eu ce mouvement comme vous le dites avec pertinence. Le grand absent, dans la Révolution Française ce n’est aps la « droite », c’est l’abbé Maury et ses compagnons, qui luttaient pour la France traditionnelle. Mais même là leur combat était perdu d’avance. Comme vicié. Arès tout ils débattaient dans une assemblée, qui était la pure création de l’esprit républicain, jacobin.
    Ceci dit, je ne suis pas d’accord de dire que Danton, s’il revenait serait à son aise chez les gauchistes modernes. Il y a bien des choses dans son esprit libertaire qui ne correspondent pas à l’idée libéralo-socialiste d’aujourd’hui.
    Il y a toutefois un effet de syncrétisme, qui limite cet effet de glissement, et qui nuit aux extrêmes. On reprend les idées de tout bord, on les dilue dans un « politiquement correct ». Ce sont des méthodes qui ne peuvent correspondre à la manière de voir les choses des camps extrèmes, qui pensent tout de même avoir au moins d’avantage raison que les autres camps.
    Quant à la situatiuon française aujourd’hui, on a un exemple de ce syncrétisme lorsqu’on voit les similitudes des programmes, et lorsqu’on a la triste possibilité de constater que les électeurs ne votent que presque exclusivement que pour les partis du « grand centre » : UMP – Centre – PS.
    Voici pour abonder dans votre sens.
    Votre commentaire contient d’autres précieuses réflexions qui feront peut-être l’objet d’une réponse – de je ne sais quelle forme- plus tard.

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