Humeur
Cracher sur Bachar al Assad, voilà un rôle à la mesure de ces petits politicards ou gratte papiers français, de gauche ou de droite.
Il faut en faire un dictateur sanguinaire et un fanatique terroriste. Il faut rappeler que manifestement Bachar se fout de la démocratie, et que le peuple syrien ne bénéficie pas de la libre expression, de la tolérance et des supermarchés mille mètres carrés permettant à tout un chacun d’acheter son plastique quotidien à bas prix. Il faut parler d’Hariri aussi. Oh, pas parce qu’on a de la sympathie pour la cause libanaise. Mais il n’y a pas de fumée sans feu, dit le proverbe, alors précisons bien que Bachar est suspecté d’avoir commandité l’assassinat du libanais, entre deux émissions débiles sur les chaînes télé, les français comprendront que le syrien est un terroriste. Nous pouvons le comparer à Khadafi, aussi, profitant du fait que Sarkozy a invité le libyen pour faire des parallèles évocateurs. La démocratie la tolérance et la paix ont besoin de nous, ne les décevons pas par notre objectivité !
Mais voici apparemment que l’heure est venue d’oublier cette affreuse dictature rétrograde et fanatique qu’est la Syrie, pour la paix et les affaires, Bachar al Assad est invité à la cérémonie du 14 juillet. Attention, le gouvernement précise bien aux gauchos tout émoustillés que Bachar n’est pas l’invité d’honneur. Précision inutile en fait, car on se doute bien qu’on ne l’invitait pas par amitié ou en témoignage d’estime. Non l’invité d’honneur est bien cet obscur représentant des nations unies.
Suggestions
1 -La philosophie n’est actuellement enseignée que durant l’année de Terminale. Et le professeur se trouve ainsi en quelque sorte, en porte à faux vis à vis de ses élèves lorsqu’il tente de leur faire saisir que la philosophie est une matière beaucoup plus grande que la géographie moderne enseignée depuis le primaire, ou l’algèbre abstrait qui importune les élèves des sections littéraires jusqu’à leur baccalauréat. Pourquoi ne pas l’enseigner dès la seconde, afin de lui rendre la place qu’elle devrait naturellement occuper ? (Ou alors, avouer que l’école républicaine méprise la philosophie point final, au moins, ce serait clair)
2 -Une philosophie, c’est un système. Logiquement, on devrait donc dans l’Education Nationale, considérer que le travail des professeurs de philosophie est de faire connaître aux élèves les rouages des différents systèmes philosophiques, ou du moins, des principaux. Pourquoi la façon d’enseigner qui prévaut actuellement, est elle radicalement opposée à ce principe ? Les professeurs de philosophie soit qu’ils enseignent leur matière par grands thèmes (Amour, Politique, Vérité, etc…), soit qu’ils enseignent par auteur, en sont toujours réduits à présenter la philosophie comme un vulgaire agglomérat plus ou moins réussi de pensées éparses se recoupant parfois, et parfois pas. C’est tout bonnement lamentable. Le résultat est que les élèves savent vous exprimer en fin d’année un pauvre aspect de la pensée de Nietzsche sur le travail, et sont incapables de la replacer dans le contexte plus vaste de l’ensemble de la pensée Nietzschéenne. Il faut noter l’ignorance de ces élèves malgré leurs cours, car s’ils connaissent la pensée de Nietzsche sur le travail, ils ne connaissent que ça, ils ne connaissent pas Nietzsche, et ils ne savent même pas que la philosophie est un système. Bref ils ne savent rien. Plus fondamentalement, et lié aussi à cette mauvaise façon d’enseigner, on peut dire que les élèves n’apprennent pas à résonner. Résultat déplorable, car l’enseignement de la philosophie doit viser ce but. Tant qu’on ne voudra pas faire voir aux élèves les ressorts de la pensée des auteurs qu’on leur donne partiellement à lire, ils ne comprendront rien à la philosophie. On pourrait me répliquer que les plus intelligents d’entre eux surmonteront cet obstacle. Oui, mais le fait est que le but de l’enseignement n’est pas d’être un obstacle que les élèves doivent surmonter, mais une aide, que les intelligences doivent dépasser. Le plus souvent, pour ne pas dire toujours, parce que leur capacité déductive n’est pas exploitée, la capacité inductive des élèves ne progresse pas. Bref, les élèves sont incapables de penser, ce dans le cadre d’un dispositif pédagogique qui considère que l’élève possède le savoir comme le maître. C’est attristant, d’où ma suggestion de remplacer le plan pédagogique que ces idéologues universitaires ont conçu par un objectif affiché de faire connaître aux élèves les tenants et les aboutissants des différents systèmes philosophiques, et ce en quoi ils se contredisent. (Mais sinon, on peut aussi avouer tout bêtement que le but de l’école républicaine n’est pas de permettre aux intelligences de se développer, mais de former de bons citoyens bien dociles et parfaitement conditionnés par les idéologies régnantes)
3 -On pourrait coupler l’étude de la philosophie avec une autre matière, enseignée en parallèle, l’Histoire de la Philosophie. (C’est dur, je sais, parce que l’éducation nationale n’aime pas beaucoup plus l’histoire que la philosophie)
4 -Enfin, plus concrètement, on pourrait se baser sur une pensée de Simone Weil dans un de ses Cahiers, je cite : Identité du réel et du bien. Nécessité comme critérium du réel. Distance entre le nécessaire et le bien. Débrouiller cela. C’est de toute première importance. Là est la racine du grand secret, pour en faire un sujet de dissertation correct, ce qui n’a pas eu lieu depuis il y a fort longtemps. (J’ai trouvé ça hier en feuilletant le deuxième Cahier. De quoi mettre à son avantage la puissance métaphysique de l’attente des résultats du baccalauréat chez les lycéens)
Voilà. Si quelqu’un a dans son carnet d’adresses, celle de monsieur Darcos, je le remercie chaleureusement de bien vouloir lui toucher un mot de mes petites suggestions.
Social et religieux
Comme vous le savez, Maurras avait fait son slogan de ces deux mots : Politique d’abord ! Certains pourront trouver là une préoccupation matérialiste, qui se fiche autant que notre monde, de rendre au monde la présence divine.
Dans l’ordre temporel, notre devoir en tant que catholique inclut la christianisation des personnes, contrairement à des Maurras, qui effectivement se fichent pas mal de ces considérations spirituelles. Ce but se réalise à travers les conversions individuelles et la christianisation de l’appareil politique. Or, il n’y a pas d’appareil politique sans un tissu social. C’est donc que pour christianiser l’appareil politique, il faut christianiser la société. Les deux axes du grand œuvre chrétien se rejoignent donc. C’est Social d’abord, que nous devrions adopter comme plan d’action. Dire social d’abord, c’est affirmer la primauté de l’action sociale dans la construction d’un ordre catholique, action qui s’inscrit dans une visée supérieure : le but premier est religieux. Il me semble même que cette primauté du social sur le politique proprement dit doit être affirmée avec d’autant plus de force qu’aujourd’hui il n’y a pratiquement parlant aucune autre alternative. Mais cette visée permet surtout de donner une importance première à la sainteté individuelle, le but de la vie chrétienne.
Je ne résiste pas à l’envie de vous livrer ce court extrait de De la prudence, la plus humaine des vertus de Marcel De Corte :
“On ne fait pas une société avec des individus, mais avec des animaux naturellement politiques, unis préalablement entre eux par le désir de vivre et par l’aspiration de bien vivre, et dont la prudence et l’art institutionnalisent les tendances. La société est antérieure à la personne qui ne peut pratiquement en être que l’effet. Si le christianisme est parvenu à édifier une société de personnes, c’est parce que ces personnes ont reçu la grâce de participer à la vie divine, qui fonde surnaturellement leurs relations mutuelles. En ce sens, l’Eglise est la seule société qui soit postérieure à la personne. Il n’y en a pas d’autre. Il ne peut y en avoir d’autre. Elle seule est ordonnée au salut SURNATUREL de la personne qui possède la grâce.”
Gethsémani
Avant de mourir, le Christ prit avec lui quelques uns de ses disciples au Jardin des Oliviers, afin qu’ils l’accompagnent en cette heure la plus douloureuse de sa vie. L’heure tardive leur fermait les paupières, malgré leur bonne volonté. Le Seigneur leur commanda : Veillez et priez. Il aurait pu dire Réfléchissez et philosophez, ou plus directement Agissez, mais il a dit Veillez et priez.
C’est une grande leçon pour les catholiques de tout temps, et spécialement pour nous autres qui vivons une époque troublée, qui voit agoniser le Corps Mystique de Notre Seigneur Jésus Christ. Jésus exprime là l’ordre dans lequel les devoirs du chrétien doivent s’exécuter, et place la prière en premier lieu. Se rappeler ce commandement peut être un remède au volontarisme chrétien qui fait rage aujourd’hui. En effet, le premier acte de volontarisme chrétien est celui de saint Pierre, qui peu après la Sueur de Sang, lorsque les gardes juifs s’apprêtent à mettre la main sur Jésus, tranche l’oreille de Malchus, pensant ainsi sauver son maître. Il y a dans cet acte de saint Pierre un manque de foi : Jésus est Dieu, et dès lors, c’est folie humaine que de vouloir sauver Celui qui peut tout. Mais surtout, c’est un manque d’espérance, un instinct charnel, un espoir humain, un refus de considérer l’importance, que dis-je, la nécessité de la mort naturelle du Christ. Le catholique qui n’a pas pris au jeu du volontarisme sait que la mort est un prélude à la vie. Il sait que le Christ devait mourir pour ressusciter. L’Evangile nous dit que saint Pierre renie son Dieu peu de temps après cet acte passionné : la Foi et l’Espérance sont intimement liées.
Parallèlement à la conduite de saint Pierre, l’Evangile nous relate plus discrètement, celle de saint Jean, qui a suivi le Christ dans le silence (avec la Vierge Marie) jusqu’au calvaire. Lui n’a pas cherché à tuer les soldats romains qui narguaient leur victime au pied de la croix pour sauver son Maître, mais a mis en pratique son commandement : il a veillé et prié jusqu’à ce que tout soit consommé. Et sa foi n’a pas défailli.
Le premier devoir du chrétien est la sanctification personnelle, qui passe par l’oraison. Ses activités doivent se plier à cette visée spirituelle, et c’est ainsi qu’elles peuvent grandir véritablement celui qui s’y livre et le monde dans lequel il vit.
[En relisant mon article sur le volontarisme, je l'ai trouvé affreusement insuffisant, j'espère que ce complément pourra réparer mes manquements]
Volontarisme chrétien
Peut être ai-je déjà usé de cette expression, ou de celle de volontariste chrétien. Peut-être pas. Mais j’aimerais bien pouvoir en user désormais sans qu’il y ait d’équivoque possible, l’heure est donc venue de vous livrer une courte définition.
Le volontariste chrétien est catholique : de tout son esprit, il adhère aux dogmes de foi de notre Mère l’Eglise. Mais ses mœurs ne sont pas aussi catholiques que son nom le laissait croire.
On pourrait définir la sainteté comme une adéquation parfaite entre la volonté du saint et la volonté de Dieu. Le saint goûte déjà sur la Terre à sa récompense future dans le ciel, il vit dans le présent. Pas comme les jouisseurs modernes et de tous temps, qui confondent plaisir et bonheur, mais comme un homme qui met ses pas dans ceux du Christ. A l’inverse, le volontariste chrétien ne se soumet pas à la volonté de Dieu. Il l’ignore. Je ne dis pas qu’il ne respecte pas les dix commandements de Dieu, au moins par respect de la loi catholique qui interdit de supposer le mal dans les actions du prochain sauf évidence confirmée par les sens. Non. Je veux dire que ce n’est plus Dieu qui dirige sa vie et ses actions. La volonté de Dieu ne le concerne pas, Dieu ne lui parle plus, et dès lors sa petite conscience Le remplace. Son espérance même n’est plus dans le Christ, elle s’est prostituée en un espoir humain qui réside pour l’essentiel, dans le développement de ses propres actions.
A la limite même, le volontariste chrétien ne se contente plus d’ignorer la volonté divine, mais il l’abaisse à la sienne propre, consommant ainsi parfaitement son iniquité.
Les actions du volontariste ne sont pas marquées du double sceau de la Vérité, qui est en la parole de Dieu, et du Bien qui est dans l’exercice de la volonté divine. N’étant que le résultat des pensées ou désirs humains, faut-il dès lors s’étonner de voir qu’elles ne sont le plus souvent que des actes opportunistes au profit d’un but dont la sainteté n’est franchement pas évidente ? La fin de ses actions n’est plus toujours conforme au Bien, et des moyens indignes se trouvent pouvoir être utilisés à n’importe qu’elle fin. Gustave Thibon note quelque part, que l’expression tomber en dessous de soi est idiote, que tomber en soi, c’est déjà tomber en dessous de tout. L’analyse du volontarisme ne contrarie pas l’axiome de Thibon. Le volontariste chrétien qui fait fi de la volonté divine, se prive du même coup de la noblesse humaine. L’opportunisme l’a remplacée .
Le volontariste en quelque sorte, prétend orgueilleusement savoir mieux que Dieu ce qu’il convient de faire ou non pour Sa gloire d’abord, ce qu’il convient de faire tout court ensuite, et comment il convient de le faire, enfin.
Et assurément, s’il y a un remède au volontarisme chrétien, c’est la lecture de l’Imitation de Jésus Christ. Car le Christ a préféré vivre dans la fidélité, plutôt que de chercher une voie autre que celle que son Père lui traçait pour Se révéler aux hommes.
Fin des temps
“S’il est une vérité certaine en politique, c’est qu’un peuple corrompu, et profondément corrompu, n’est pas fait pour la liberté, et n’y parviendra jamais.”
Joseph de Maistre, Fragments sur la France.
Bribes de philosophie catholique
Le catholicisme, le rationalisme et la philosophie politique.
Nemo sapiens nisi fidelis.
Le rationalisme c’est la frénésie de la séparation. Le rationalisme sépare la foi de la raison, la théologie de la philosophie. Loin de considérer que la théologie est mère de la philosophie, il affirme que l’on ne peut véritablement philosopher qu’une fois mise de côté la théologie. La philosophie politique dans le système rationaliste, n’est plus une déduction pratique dans le domaine philosophique de vérités théologiques, mais la découverte par l’exercice de la raison humaine ramenée au naturalisme de principes politiques généraux en adéquation ou non avec les vérités théologiques. Selon ce que notre rationaliste est catholique ou non, selon ce qu’il a un penchant conservateur ou non, les résultats, on le devine, sont en adéquation ou non avec la vérité théologique. Le subjectivisme est la norme de ce système.
Mettons que Descartes soit le premier rationaliste moderne. Il est de toute façon “le père de la philosophie moderne”, selon la formule de Locke, et cela en dit assez long il me semble.
Ramon Llull, qui condamnait l’averroïsme en faisant parler dame philosophie : “que d’erreurs Averroès me fait dire, lui qui prétend que je peux déterminer une vérité qui soit fausse théologiquement, quand je ne suis que la servante de dame théologie !”, ne faisait rien d’autre que d’attaquer le rationalisme, car pour en arriver à dire que la vérité théologique et la vérité philosophiques peuvent être doubles, c’est à dire que ce qui est vrai pour l’une peut être faux pour l’autre, il faut avoir irrémédiablement séparé les deux matières au préalable. A l’inverse du rationalisme, le système catholique est un système hiérarchisé et ordonné. Non seulement les sciences ne peuvent aller à l’encontre de la théologie, mais encore, elle découlent directement de la théologie.
La philosophie est la science complémentaire de la théologie, et la philosophie politique , une branche de cette vaste science.
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L’anti-thèse du rationalisme, c’est le catholicisme. Et c’est parce que la scolastique est une philosophie catholique qu’elle est un adversaire du rationalisme. Mais il n’y a pas que chez Saint Thomas que l’on trouvera une réfutation du rationalisme païen antique ou païen moderne : dans De utilitate credendi, Saint Augustin ne laisse pas pierre sur pierre de leur système, en attaquant l’hérésie manichéenne.
Quant aux néo-scolastiques, du XIXème siècle, ils méritent leur nom puisqu’ils sont véritablement les héritiers de la scolastique du Moyen Age, mais leurs pages incorporent aussi une solide réfutation des erreurs modernes. Par conséquent, il faut bien considérer que leurs écrits ajoutent à la synthèse catholique, et ne se contentent pas de suivre un lointain exemple.
Il faut parler de philosophie catholique, et ne pas tenir la philosophie scolastique comme seule philosophie catholique. Beaucoup des Pères de l’Eglise ont vécu avant le Moyen Age, et on peut parfaitement imaginer plus tard un courant nouveau qui surgira des entrailles de l’Eglise, qui ne s’appellera pas scolastique ni néo-scolastique, tout en étant aussi orthodoxe. La philosophie scolastique est particulièrement honorable, vu qu’elle a su se maintenir contre vents et marées, c’est à dire qu’elle demeure d’un grand secours contre toutes les bêtises actuelles.
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Le rationalisme moderne a un précédent dans le rationalisme antique. De sorte qu’il est marqué du double sceau du paganisme et de la régression. Les rationalistes ruinent l’édifice catholique et surestiment par là les écrits des anciens païens, qui ne sont plus considérés comme l’exercice impuissant de la raison naturelle. Si le naturalisme antique est une norme pour les rationalistes, notons outre le mépris de la Révélation, le caractère rétrograde des constructions intellectuelles qu’un tel état d’esprit a engendré et continue d’engendrer depuis Descartes.
Aubry note à juste titre dans ses Etudes sur la foi :”Le rationalisme est une racine de paganisme, car c’est l’homme déchu en révolte contre le principe surnaturel de la foi et refusant au nom de la raison, d’accepter la parole de Dieu révélée.”
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Dans un texte bien moins connu que L’avenir de l’intelligence ou Mes idées politiques, Maurras nous parle de son admiration pour la philosophie positiviste, sous le titre sobre d’Auguste Comte. Et c’est de lui-même qui parle lorsqu’il évoque la personnalité de Charles Jundzill, cet homme qui a perdu la foi de ses pères, et qui rêve comme Comte de réorganiser la société : “Il ne croyait plus, et de là venait son souci. On emploierait un langage bien inexact si l’on disait que Dieu lui manquait. Non seulement Dieu ne manquait pas à son esprit, mais son esprit sentait, si l’on peut s’exprimer ainsi, un besoin rigoureux de manquer de Dieu : aucune interprétation théologique du monde et de l’homme lui était supportable”. Autrement dit, le positivisme est un rationalisme.
Le chrétien se demande donc immédiatement, en lisant les idées de Jundzill, de Comte ou les lignes admiratrices de Maurras, de quel ordre peut-il bien s’agir lorsque ces braves gens parlent de réorganiser la cité, puisqu’il sait bien qu’il ne peut y avoir d’ordre hors de Dieu. De même lorsqu’ils s’inquiètent du maintien de la morale. La morale sans Dieu mérite t’elle cette appellation ou conformisme ne serait-il pas plus adapté ? (Et de noter la contradiction de la part des positivistes de vouloir à la fois se séparer des kantiens démocrates, et de retomber dans leur pattes, ne sachant rien proposer d’autre que la morale kantienne. Mais comment le pourraient-ils, ayant évacué la théologie ?) Le projet de Comte, de réorganiser sans Dieu ni roi (lisez : roi de droit divin, et ne cherchez plus pourquoi Maurras a pris parti pour les d’Orléans.) n’a en commun avec le programme chrétien de tout restaurer dans le Christ que certains points matériels de finalité. Le chrétien souhaite tout comme le positiviste que la société se tienne, et que la morale soit respectée, mais les convergences s’arrêtent-là. Les divergences sont celles du système, des principes, des points autrement plus importants.
La bêtise de Comte ira jusqu’à recréer un Dieu, un Dieu impersonnel, le Grand-Etre, qui n’est rien de plus que l’Humanité. Une chaîne horizontale. Une caricature de Dieu. La boucle est bouclée.
Le mal que Maurras ou ses semblables ont fait à la philosophie politique est aussi grand que celui d’un Jean Jacques Rousseau. Le suisse a perturbé les cœurs, quand Maurras lui, a désaxé les intelligences. L’habitude a été prise durablement de considérer la philosophie politique comme indépendante de la théologie, à tel point que le réactionnaire vulgaire ne cherche plus l’avis de notre mère l’Église sur tel et tel point mais ne se fie qu’à sa raison pour le servir en syllogismes qui répondront à ses questions. Il ne se souvient qu’il est catholique qu’une fois l’essentiel de sa recherche terminée. Alors, il compare ses déductions avec celles de la Sainte Église. Oui, seul son cœur est catholique. Son intelligence, elle, est naturaliste, elle fonctionne sans Dieu et sa Parole, tout comme celle de Jundzill. Décrivant le disciple de Comte, Maurras décrit fort bien ces âmes qui, constatant les ravages pratiques exercés par les pages de Rousseau et Kant, ne trouvent à leur opposer qu’un petit cœur sensible, qui ont le bon goût, celui de l’ordre, de la morale, de la société remise sur pied, mais n’ont que cela, ou même parfois, n’ont que le dégoût de l’inverse.
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Nemo major, nisi christianus.
Il faut lire Donoso-Cortès. Résolument, car c’est un auteur catholique, qui n’hésite pas à consacrer un tiers de son chef d’oeuvre Ensayo sobre el catolicismo, el liberalismo y el socialismo, à exposer la grandeur du catholicisme, quand tout le livre place la doctrine catholique comme le nœud théologique duquel découle toute philosophie politique.
Dans l’Ensayo, donc, il y a un passage d’anthologie, qui reprend le livre de Guizot, Histoire générale de la civilisation en Europe. L’espagnol déplore que le protestant place le christianisme non pas caractère principal des civilisations mais la traite comme un des autres caractères communs de nos civilisations, comme le sont les institutions politiques ou les mœurs, et il condamne ce naturalisme. Et Guizot se défendant d’une telle accusation, voit Nicolas arriver à la rescousse de Donoso-Cortès dans Du protestantisme et de toutes les hérésies. (Nicolas expose longuement sa critique des lignes de Guizot, dont l’expression d’une curieuse intention, celle de créer un front uni de protestants et de catholiques contre le socialisme menaçant).
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Nemo christianus, nisi qui ad finem usque persevaverit. (Tertullien)
France réelle
Vous lirez (pour ceux d’entres vous qui ne l’ont pas encore lu, parce que quand même, c’est paru il y a un petit moment maintenant), je disais donc, vous lirez avec attention cet extrait de Dialogue de vaincus.
J’aime particulièrement.
Idéologie du complot
J’ai été un lecteur de Barruel, et aucune étude récente n’a jamais pu me démontrer l’inanité des écrits du jésuite. La franc-maçonnerie a été un des moteurs de la révolution française, et le principal. Considérer cela, c’est parler du côté technique de la révolution, si l’on veut. Lorsque les prétendus historiens modernes vous affirment avec un aplomb qui n’a d’égal que leur insolence que la franc-maçonnerie n’est pour rien ou presque dans la révolution française, ils passent par dessus des faits avérés. Au nom de leur principe imbécile qui ne prend aucune source en compte, exception de la plus récente, ils en arriveraient à vous affirmer que Rome et sa civilisation est une légende. Passons.
Quoiqu’il en soit, noter l’influence des loges et que s’en tenir là est tout aussi absurde, car la révolution elle ne se définit ni ne s’arrête là. Malheureusement, s’appuyant sur des démonstrations vaguement ordonnées (passons sur le nombre de détails qui clochent, ou les invraisemblances notoires d’ailleurs sans intérêt. Je n’écris pas ces quelques lignes pour démontrer l’authenticité des protocoles des sages de Sion ou au contraire vous livrer la preuve de leur fausseté), on voit de plus en plus de réactionnaires oublier toute autre type d’analyse des faits et des idées. Comme si tout s’expliquait par là : “le complot, voyons , la franc-maçonnerie, les juifs !” . Leur combat aussi, est devenu une traque : savoir qui en est. Certains iront même jusqu’à se dire qu’une fois que le triomphe réside dans la disparition du Grand Orient de France. Je ne doute pas que si l’on étudiait en détail l’histoire de la contre révolution on se rendrait bien vite compte de ce que le nombre d’analystes politiques, de philosophes a baissé sensiblement dans le même temps qui voyait croître les spécialisations d’auteurs autour de la franc-maçonnerie et du sionisme. Les Juan Donoso-Cortès, et les Joseph de Maistre, sont résolument d’un autre siècle.
C’est un peu paradoxal à première vue, car d’un autre côté, je sais bien que l’oubli fortuit ou moins fortuit du rôle des sociétés secrètes dans la révolution, de l’acharnement des loges à mettre en place une politique anti-catholique (ce qui a commencé par l’avènement de la république) qui s’est sans relâche poursuivi depuis ce temps fait le jeu des rationalistes politiques. En effet, ceux qui via le positivisme ou même sans avoir eu l’idée de se rattacher à un système philosophique à peu près cohérent, considèrent la philosophie comme séparée de la théologie trouveront là une aide. La négation pure et simple de tout rôle des loges maçonniques fournit un bonne occasion de plus de penser qu’il n’y a que des erreurs politiques pures, tandis que le réactionnaire authentique sait bien que les erreurs politiques ne sont que la transposition dans le domaine de la théorie et de l’exercice du pouvoir, d’erreurs théologiques, c’est à dire d’hérésies. Elle donne l’illusion aux rationalistes pratiques de penser que le combat se réduit à convaincre tout un chacun de la véracité d’assertions d’essence naturaliste.
Aussi paradoxal le fait que j’ai trouvé la voie dans la pensée d’un agnostique positiviste. Maurras relate dans une petite conversation ses divergences d’opinion, avec un certain monsieur de Lur-Saluces. Deux conceptions différentes du complot :
“Eh bien oui, ma foi, je doute du “plan séculaire” au singulier !… J’aimerais mieux admettre des plans… successifs, concordants, discordants, des plans que les idées, les intérêts et les sentiments préexistants tendraient à faire converger, qui se rejoindraient sur quelques points, mais se contrarieraient sur d’autres comme il arrive. [...] J’ai peine à me représenter un plan directeur assez souple pour prévoir ou suivre un ensemble de situations changeant à l’infini, un plan qui serait capable de correspondre à toutes, comme on l’a tant dit et tant écrit !… Les constructeurs conscients et organisés de cette anticipation, de cette suite d’anticipations gigantesques, qui aurait agencé des siècles comme on agence une maison, qui non contents de concevoir l’application des grandes lois, auraient dû tenir compte aussi des contingences, qui auraient prévu, deviné la naissance de Napoléon, de Bismarck, de Disraëli, ces cervelles magnifiques, architectes infaillibles de l’avenir, mais où sont-elles donc ? [...] Mieux vaut voir les choses telles quelles sont… telles qu’elles vont ! Jeu, action, réaction de causes nombreuses, souvent rivales, tantôt unies à la poursuite du même objet, et tantôt qui s’entre-détruisent. Mais lier tout par le vaste réseau d’une unique conspiration, née de la volonté d’un seul, ou d’un petit nombre ? Je ne pourrai me résigner à supposer cette perfection dans l’artifice humain qu’autant que le plan incliné des passions et des intérêts n’y pourrait suffire. [...]
J’ai une concession, ou mieux, une transaction toute prête ! L’accepterez-vous ? C’est peu de chose pour des yeux d’incroyant, mais comment un croyant s’y déroberait-il ? Votre postulat de “grand plan séculaire” est infirmé selon moi par l’immense puissance de l’esprit du Mal. Mais nous n’avons qu’à donner un nom à cet esprit, passez-moi le mot, à le baptiser ! Disons que c’est le Diable ! Pour doubler mon explication de tout ce qui lui manque à vos yeux, il suffit de supposer le diable présent dans les Loges !”
Fitna, et commentaires.
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J’avais décidé de me fiche de cette vidéo, mais à force de lire les commentaires ça et là, de me rendre compte de la tournure polémique à souhait que prennent les choses, j’ai fini par céder à la tentation et la regarder. J’endosse donc avec plaisir l’espace d’un post la pelisse de journaliste pour vous livrer ici mes réflexions autour de ces 15 minutes de film, mais ce n’est pas encore aujourd’hui que je ferai plaisir aux tolérants de tout poil, puisque je ne considère pas que Geert Wilders soit nazi, ni fâchiste, ni un salaud, ni un catholique. Je vous épargne la description du montage, inutile si vous avez déjà vu la vidéo ; venons-en aux faits.
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Ars gratia artis : le cinéma et la politique ne font pas bon ménage. Il est inutile d’insister là-dessus. Avec tout le respect (ne lisez pas : “considération”) que j’ai pour des cinéastes comme Ken Loach, le plus souvent, leurs films sont tout bonnement insupportables. Le montage de Geert Wilders n’est pas du domaine de l’art, mais utilise la technique cinématographique : ce n’est pas du cinéma, mais c’est un film. Or la technique cinématographique dans ses oeuvres (montage, son, découpage, collage, ellipses en tout genre…) vise à transmettre un sentiment au spectateur de la part du metteur en scène. En cela on peut dire que la technique cinématographique est parfaitement adaptée à la fonction propre de l’art. La politique en revanche, se place sur le terrain intellectuel, qui ne peut se prêter aux jeux de cette technique sans en être gravement affecté dans le fond et dans la forme. Dès lors, on peut dire que le film politique n’existe pas, et que seuls existent les films idéologiques. Si l’on veut parler politique ou religion, rien ne remplace le livre.
Le résultat du film, c’est l’irréalisme au sens propre. Un exemple : l’islam apparaît une machine en marche, un front uni, ce qui est faux. La haine que se vouent chiites et sunnites, et les défiances tribales communes d’un bout à l’autre du monde musulman suffisent à nuancer ce que l’on peut ressentir après le visionnage. (Et l’histoire de la conquête de l’Espagne par les musulmans peut illustrer mon propos).
Une fois exprimées cette réserve sur la technique cinématographique, on ne peut toutefois pas affirmer que le montage soit malhonnête. Pourtant, j’ai immédiatement regretté que le réalisateur n’ait choisi que des images très (trop?) connues pour illustrer les versets du Coran. Il y a des images assez choquantes de massacres de chrétiens au Moyen Orient, pour qu’on n’ait pas besoin d’avoir recours aux éternelles images des avions s’enfonçant dans les tubes métalliques du Word Trade Center. J’en ai marre de pleurer sur le 11 septembre. J’en ai marre de cette solidarité qui voudrait nous faire nous sentir concernés par des événements n’ayant aucun rapport avec nous. Comme dit Gustave Thibon, “la foi se partage“, ce qui me donnait une raison de m’émouvoir de la situation des coptes en Egypte, ou des derniers moines de Turquie persécutés par les musulmans.
Le choix de telles images est une conséquence du grave défaut du film, ce libéralisme et ce laïcisme, c’est dire : ce modernisme constamment sous-tendu. Je note que Wilders ne s’intéresse qu’à l’idéologie islamique. Le côté religieux du mahométisme lui échappe en tant que tel : il n’est abordé que comme annexe de l’idéologie islamique (et mettre des images de coptes persécutés, ç’aurait été parler de l’islam en tant que religion, parler de combats religieux). Le côté belliqueux et expansionniste est développé : on a l’impression d’une invasion planifiée, comme Hitler annexant les territoires peuplés d’allemands avant la deuxième guerre mondiale. C’est à vouloir défendre les valeurs qui sont aujourd’hui celles des Pays-Bas, que Wilders s’est obligé à ne s’insurger contre l’islam qu’en tant qu’idéologie opposée à la sienne (et qu’il a pu reconnaître un moyen à la hauteur de sa cause, en la technique cinématographique). Très significative, cette demande qu’il formule vers la fin, à l’adresse des musulmans : “arrachez ces vilaines pages du Coran”. Autrement dit, dépouillez votre religion de tout ce qui va à l’encontre de nos “valeurs” : l’appel de la modernité à se couler dans le moule. (“Aimez la liberté sans limites morales, tolérez les homosexuels, soyez de bons citoyens de notre démocratie, ne croyez pas que votre religion est la seule véritable”)
Pour ma part, je considère l’islam comme une religion, qui développe une idéologie guerrière et anti-moderne : un mélange qui va pulvériser nos sociétés. Wilders, en idéologue laïciste, tente de défendre sa décadence chérie. Pour ma part, j’estime que seul le catholicisme, religion véritable, peut contrer cette gnose judéo-chrétienne. Les catholiques comme les musulmans placent Dieu comme point de départ de leur weltanschauung (et pour cela, la conjuration moderniste les appelle fanatiques ou extrémistes). Si un musulman déchire une page du Coran familial, c’est que le livre aura cessé d’être sacré à ses yeux. Dès lors, quelle raison aura-t’il de continuer à vivre selon les autres préceptes de Mahomet contenus dans ce livre ?
Il y avait dans Le choc du mois à l’époque de François Brigneau, un musulman interrogé à l’occasion de la guerre du Golfe, qui s’était dit admirateur de Mgr Lefebvre, parce que le prélat était un défenseur des traditions. De la même façon, je respecte le musulman qui refuse à l’appel de la modernité, de déchirer le Coran, j’admire celui qui las de craindre un Dieu lointain, se rend aux raisons (celles que le coeur n’ignore point) d’aimer le Dieu qui est mort pour nous, et je méprise celui qui abandonnera sa religion pour sacrifier à l’idole moderniste. Je laisse à Geert Wilders le soin de défendre ces valeurs abjectes que pour ma part je me réjouis de voir menacées pour de bon. Je compte sur l’idéologie islamique avec sa fougue guerrière pour détruire l’idéologie moderniste et sur la religion catholique pour en finir avec la religion musulmane.
(Ce n’est pas un hasard si les pays protestants réagissent plus que les pays latins et que la France à l’islamisation galopante. C’est qu’ils sont plus touchés par l’idéologie moderniste, mais précisément, leurs combats ne peuvent faire mieux que Geert Wilders avec cette vidéo. Ils se sont condamnés en tant qu’idéologues, à se battre contre une idéologie, et la religion musulmane les emportera.)
Christianisme et civilisation moderne
C’est un titre un peu vaste, celui d’un chapitre d’Essai sur la fin d’une civilisation, par Marcel De Corte. J’abandonne Thibon quelque temps, et je reviens au professeur, au style plus austère. Un professeur de philosophie me disait il y a quelque temps qu’il observait deux parentées distinctes dans la pensée catholique, et si je reprenais sa grille de parentés, Thibon aurait Platon pour père, et De Corte, Aristote. Je ne pense pas qu’aucun des deux philosophes auraient dit le contraire. Reste à interroger les vieux maîtres hellènes pour savoir ce qu’ils en pensent…
J’aimerais vous donner envie de lire le professeur belge, injustement oublié de nos jours. Malgré une tentative de Jean Madiran de le faire mieux connaître, il me semble que l’auteur est resté dans la pénombre. Une exception au tableau : L’homme contre lui-même, qui a pénétré les chaumières, ce dont je me réjouis vu la qualité de l’ouvrage. Admirateurs réservés, n’hésitez plus à vous jeter sans réserve sur Essai sur la fin d’une civilisation, ou à acheter dignement ses petits travaux sur les vertus cardinales !
Extraits choisis :
“La crise religieuse est de toute évidence contemporaine de la civilisation rationaliste ; elle en a l’extension territoriale, et il y a là beaucoup plus qu’une simple coïncidence.
Le propre du rationalisme moderne est, en effet, de désincarner l’homme, en séparant en lui l’esprit et la vie. Les miasmes qu’il diffuse grâce à une technique et une politique aussi collectives que possible pénètrent en lui par tous ses pores, et le rendent incapable de supporter la moindre dose de ferment chrétien. L’homme formé par la civilisation contemporaine repousse mécaniquement la greffe du christianisme. Il est devenu inapte à recevoir le message d’incarnation que lui propose la foi chrétienne, car les bases naturelles qui pourraient l’accueillir ont été sapées en lui de fond en comble. L’échec de l’évangélisation des masses est patent, en dépit du travail et de la sainteté déployés par ceux qui l’ont généreusement entreprise. Cette faillite a d’ailleurs son antécédent historique : le christianisme n’a pas mordu sur les masses romaines livrés aux gens du cirque et aux remous de l’empire en perdition, bien qu’il fût alors dans la plénitude de sa jeunesse et de son ardeur conquérantes.”
C’était une sorte d’entrée en matière d’un sous-chapitre intitulé Caractère anti religieux de la civilisation moderne. Voyez que je ne me moque pas de vous. Et il y a de quoi indigner les plus petits volontaristes.
On continue, avec le sous chapitre Influence du rationalisme sur les moeurs chrétiennes (tout un programme) :
“Depuis plusieurs siècles, et de nos jours avec une vertigineuse rapidité, le virus rationaliste s’infiltre dans les moeurs des chrétiens et dans leur comportement vis à vis de Dieu et de la création. Il a renoncé à ébranler l’intermédiaire entre le chrétien et Dieu qu’est l’Eglise avec son inspiration, ses dogmes, ses sacrements, sa structure qui demeurent intacts. Le temps des grandes hérésies qui attaquaient de front le catholicisme semble révolu. La dernière d’entre-elles, si justement appelée modernisme, visait bien moins le dogme lui-même que l’attitude du chrétien en face de Dieu et du monde ; elle attaquait plus la façon de croire que la croyance ; elle faisait dériver l’orientation de la foi plus que la foi elle-même ; elle empoisonnait les sources du fleuve plutôt que son cours ou que son estuaire.
Le phénomène du modernisme est révélateur. Il signifie que l’ennemi a changé de tactique. Ce sont désormais les membres de l’Eglise, les chrétiens eux-mêmes qu’il menace. Il n’assiège plus comme jadis, l’habitation pour la transformer. Il s’en prend par d’insensibles chemins, aux habitants eux-mêmes qu’il enveloppe de sa présence invisible, et qui se chargeront de cette besogne.
La scission entre l’esprit et la vie, la dislocation des bases de la religion naturelle qui s’ensuit; l’affaiblissement du sens intuitif de la présence de Dieu dans l’univers, la rupture des liens organiques entre la créature et la création, tous ces facteurs associés tendent à corrompre l’homme dans le chrétien et à englober par là le christianisme dans la décadence de la civilisation.”
Et le philosophe de distinguer deux dégénérescences distinctes du christianisme sous cette influence moderne, le christianisme bourgeois “christianisme dévalué”, aussi dévalué que l’est l’être du bourgeois, et le christianisme historique et progressiste qui “se persuade que la transformation n’a rien de négatif et qu’elle constitue une étape nouvelle dans l’histoire de l’esprit humain et de l’emprise de Dieu sur la nature”.
La conclusion du livre est manifestement du même cru, un état d’esprit qui a dépeuplé nos églises même les plus “traditionalistes”:
“Le chrétien est dans ce monde qui se dissout. Il doit en tenir compte.”
Jusque là tout le monde est d’accord. C’est la suite du paragraphe qui fait s’étouffer nos chrétiens avec les petits fours maison, à l’occasion de je ne sais quelle rencontre-conférence catholique ou politique :
“Lier le sort et l’action du christianisme à l’avenir d’une civilisation qui est en train de mourir nous paraît être la plus grave erreur que puisse commettre le chrétien. Quand nous entendons dire que le christianisme est seul capable de sauver la civilisation, ne cédons pas aux voix des sirènes : cette civilisation est condamnée parce qu’elle a séparé l’esprit de la vie, parce qu’elle s’est détournée de Dieu en se détournant de la vie, parce qu’elle macère dans la certitude effroyable que “Dieu est mort”. L’appel du large que suscitent dans les âmes les idéologies n’est que la tentation intense et ruineuse du suicide. Le christianisme n’a pas empêché l’effondrement de la civilisation antique, même après l’édit de Constantin qui permit aux chrétiens d’occuper les postes les plus importants de l’empire.
Remarquons d’ailleurs que le christianisme se trouve dans une situation infiniment plus difficile qu’à l’époque de l’invasion horizontale des barbares aux premiers siècles de son expansion. Les barbares qui déferlèrent sur l’Occident possédaient une vitalité puissante dont les barbares verticaux actuels sont bien dépourvus. C’étaient des hommes terriblement incarnés dont la vie débordante emportait sur les vagues le frêle esquif de l’esprit. Si l’esprit chavirait chez les uns, il continuait de flotter chez les autres. Il n’échouait jamais à sec. Il suffisait au christianisme de calmer la vie, comme le Christ la mer déchaînée. Une continuité s’établissait entre les abîmes du réel, l’océan, le vaisseau, et le pavillon de la Grâce. Cette tâche était relativement facile. Il n’en est plus de même aujourd’hui. Mis en présence de barbares d’un nouveau genre en qui l’esprit séparé de la vie ne communique plus avec le réel ; le christianisme s’avère impuissant. Une solution de continuité est tracée entre la nature et la Grâce. la nature elle-même se disjoint. Le christianisme ne toucher plus l’homme moderne, parce qu’il ne peut atteindre qu’un être incarné. Il ne peut plus entreprendre la conquête d’hommes en qui la nature humaine est en train de disparaître sous la poussée d’une désincarnation qui s’accentue de jour en jour. L’échec de la rechristianisation de la bourgeoisie et des masses par l’action catholique s’explique par là : gratia naturam supponit.”
Vocabulaire contemporain (3) -La Charité et la solidarité
Solidarité – La solidarité est le substitut idéologique de la charité catholique, sa dégénérescence, de sorte que ces deux termes présentent en fait des différences flagrantes.
“Charité ordonnée commence par soi-même”. La charité s’ordonne. Soi, sa famille, sa nation, et son prochain comme dans la parabole du bon samaritain se servent de façon réglée. En d’autres termes, la charité est dépendante du réel, c’est à dire des circonstances, et des données qui façonnent notre vie.
L’ouvrier qui s’engageait dans une grève était assuré de la solidarité des ouvriers des usines voisines, françaises et mondiales (“prolétaires de tous les pays unissez-vous”), c’est à dire que l’on passait par dessus les données authentiquement communautaires (la proximité, la région, la nation) pour inventer de nouvelles communautés définies par un cas particulier -l’appartenance à la classe des prolétaires, dans ce cas précis. Les choses -ô étonnement !- ont tendance à empirer, dans la mesure où l’on trouve de la solidarité aujourd’hui jusqu’envers des groupes de gens avec lesquels non seulement on ne se touve pas de rapport organique, mais même, avec lesquels on serait en peine de se trouver quelque rapport que ce soit. Les français qui se déclarent solidaires des palestiniens me font rire (au moins). Ils rentrent dans cette catégorie pour qui la solidarité ne trouve de raison d’être que dans un petit épanchement sentimental. La conscience de classe dont parle Marx, cette fumisterie idéologique, est un vestige de l’ancien ordre de la solidarité, qui désormais a rompu tout cadre, et prétend exister sans aucune ligne directrice un tant soit peu réflexionnée. Réjouissons-nous, car si la solidarité se préfère un simple sentiment sans encadrement, sorte de romantisme somme toute, j’y vois là un signe de sa fin prochaine.
La charité se pratique, mais la solidarité, elle, n’engage jamais véritablement l’individu solidaire. L’homme charitable donne de lui-même, alors que le sentiment abscons qu’on appelle solidarité de par sa nature creuse, permet à l’individu solidaire de ne jamais oeuvrer, de ne jamais donner de lui même. Des figures comme celle de Kouchner, photographié en Somalie avec un sac de riz plus gros que lui, et pour autant vivant en nabab (sans un dixième du goût et de la prestance d’un nabab, je tiens à le préciser), sont assez parlantes à cet égard, pour que je n’aie pas à m’attarder là-dessus. Disons rapidement que la solidarité a un caractère servile fortement marqué : elle permet d’éviter le service du prochain qui est la norme de la charité (tout en gardant bonne conscience, miracle des temps modernes) : qu’on ne s’étonne donc pas qu’elle soit exaltée dans notre société d’esclaves. L’être cynique, est en quelque sorte un vestige de l’ancien temps, de par son caractère monolythique. Il est incapable de solidarité, car il n’éprouve en aucun cas le besoin de se donner bonne conscience. Les gamines du Bostwana ont faim ? Il s’en fout (et moi aussi). Son voisin a besoin d’un peu d’argent ? Il s’en fout tout pareil, alors que dans ce cas précis en revanche, l’être charitable donne.
La charité est une vertu, et comme telle, grandit celui qui la pratique, tandis que la solidarité ne possède pas ce caractère transcendental, sacré. Elle n’est que la sentimentalité du bienpensant, et rien de plus. Nos idéaux étaient des vertus (foi et fidelité, et leurs corrollaires) aujourd’hui, ce qui nous tient lieu d’idéal est foncièrement désacralisé. La charité nous relie à notre prochain, et répond à un commandement divin, elle est donc une relation horizontale et verticale. La solidarité est une relation exclusivement horizontale, et ceux de ses chantres qui prétendent le contraire ne font que vernir une coquille vide.
Sous le règne de la solidarité, la société se coupe en deux (le manichéisme, c’est tellement plus pratique), ce qui lui découvre une filiation démocratique. Chaque évenement coupe de facto la société en deux, les solidaires des uns et le solidaires des autres, comme pour le conflit Israëlo-palestinien, et de plus en plus, les solidaires tout court, des non solidaires, les gentils et les salauds : “-Comment ? Vous ne vous sentez pas concerné ? -Non mademoiselle, je vous avoue franchement que le sort des arborigènes d’Australie m’est complètement égal. – Et la solidarité ? Nous n’avons pas les mêmes valeurs !”
Tiens, parlons-en des valeurs. La solidarité, est une valeur. La valeur est le substitut moderne, dûment désacralisé, de la vertu ou du principe (les esprits modernes ont du mal à faire la différence). La charité, elle, s’accomode très mal de ce cadre étroit, et c’est pourquoi elle a presque entièrement disparu de nos jours, même de nos paroisses emplies de bons catholiques. Les exemples foisonnent d’individus des plus atteints par le syndrôme, qui préfèrent acheter des cartes postales à l’unicef, plutôt que de nourrir le clochard du quartier.
Au delà d’une simple divergence de termes, c’est une différence d’état d’esprit qui est mise à jour dans cette simple comparaison. “La charité, pour un égalitariste, est un vice féodal”, dit Gomez Davila, avec raison. Nous pourrions rajouter que la solidarité est l’activisme des bienpensants, l’apanage des mentalités modernes.
Les vikings en Aquitaine
Thèse controversée que celle de Joël Supéry, établissant que l’Aquitaine fut une colonie viking au IXème siècle. L’auteur du Secret des vikings s’est davantage renseigné sur les moeurs et coutumes vikings tels qu’on les connait en Scandinavie, et il en résulte que sa vision des choses est plus cohérente celle des universitaires français. Supéry va à l’encontre de la vision franque des invasions vikings, présentant ces dernies comme des pillards de monastères, et accorde crédit aux écrits des moines français quand au nombre des combattants nordiques. Tout le contraire de ce qui s’apprend en université, où les professeurs refusent de concevoir une autre visée que le pillage dans les virées vikings, et parallèlement jugent éxagérés les récits et dénombrements des chroniqueurs du clergé, au choix trouillards ou mythomanes (l’un n’excluant pas l’autre).
Joël Supéry constate que les vikings sont un peuple de commerçants et non de pillards, et que la surpopulation les pousse à trouver d’autres terres. S’ils ont pillé les monastères c’était surtout pour détruire toute résistance organisée, construite autour des instruments de pouvoir locaux et de la spiritualité moyenâgeuse (rôle des reliques). Un certain nombre de récits vikings vont dans ce sens : “fonde un royaume, Björn mon fils”; d’autre part, chaque expédition nordique répond à des visées commerciales et/ou coloniales (sauf celles de France, si l’on en croit les universitaires), traversant la Russie actuelle pour rejoindre la mer Noire et la Méditerrannée, tentant de contourner la péninsule Ibérique, pour rejoindre la mer Méditerrannée. Ici, on constate l’intelligence viking, qui agit méthodiquement pour arriver à ses fins, et la grande connaissance géographique qui est la leur.
L’Empire carolingien s’est formé en Europe reliant la mer du Nord à la Méditerrannée. Sa principale route commerciale remonte le Rhône puis le Rhin. Les vikings s’installent donc dans l’embouchure du Rhin, actuelle Hollande. Bientôt, Charlemagne interdit la traite d’esclaves (principale monnaie d’échange des vikings dans leur comerce) dans son empire et le principal marché d’êtres huamins est Tortosa en Catalogne. Selon Supéry, les nordiques tentent alors de se réserver une route qui rejoindrait Tortosa, et envahissent la Gascogne (“ventre mou de l’Empire carolingien”), profitant de l’absence de fortification en terre carolingienne (à de rares exceptions vestiges usés de la romanisation).
Sur quoi se base t’il pour déterminer que les barbares soient demeurés en Aquitaine ? Avant tout, sur une lecture réfléchie et pertinente des chroniques françaises de l’époque. Un exemple entre cent : le duc de Gascogne qui face à l’invasion viking, fait fortifier des villes situées à 50 km de la côte, ce qui évidemment tend à prouver que les vikings ont déjà pris possession des zones côtières, le danger ne venant plus de la mer, mais des côtes et du petit pays. Au fil du temps, les vikings gagnent du terrain, s’emparent des terres sous la Garonne, et poursuivent alors des voies différentes : excursion en Navarre, le roi est capturé est rendu contre rançon et promesse de paix (la Navarre soutenait les montagnards résistants aux germains), avancée vers le Macif Central, pour rejoindre la route du Rhône, et avancée pyrénnéenne, vers la Méditerrannée.
Certaines coutumes régionales attestent de leur forte influence, relative à leur longue présence. Les assemblées basques, des chefs de famille du village se réunissant sans l’intervention du curé ou du seigneur local, les techniques marines et le vocabulaire de navigation en haute mer dans la langue basque. Le plan typiquement scandinave et le bâti sur structure en bois de la maison landaise traditionnelle, aussi. On pourrait même arguer de quelques récits paysans de bigourdins snobant les habitants de la plaine : “nous ne sommes pas les mêmes”.
La palme revient aux toponymies relevées par l’auteur. La toponymie est bien sûr une science inexacte, et je n’ai jamais trouvé probantes les démonstrations que j’ai pu lire ça et là, à l’exception de celle-ci. Alexis Arette, par exemple, se basant sur le suffixe en -os ou -osse fréquent dans le sud ouest et une variante en -is, suppose une colonie grecque en Aquitaine, alors que le seul suffixe ne peut à lui seul constituer une preuve. Il y a d’autres langue que la grecque à posséder des suffixes en -os. Sur ce point précis, l’auteur de La longue marche des Aquitains s’oppose à Supéry, et je donne pour ma part raison au dernier, qui ne se contente pas d’examiner les suffixes sous tous els contours, mais le mot dans son intégralité. On obtient des résultats surprenants, considérant le final en -os comme une déformation de hus qui signifie maison en Scandinave. Supéry relève ainsi 4700 nom de villes et villages, de cours d’eau, de lieux dits de région, ayant non seulement une origine scandinave plausible toponymiquement parlant, et surtout confirmée par l’histoire et la géographie (ce qui évite de confiner la toponymie à des divagations pseudo-intellectuelles). Par exemple, on trouve des groupes de mots associés à des noms de chefs vikings dont on sait qu’ils ont participé à la conquête de l’Aquitaine, ou des descriptions de lieux correspondant à une situation particulière (la fourche au confluent de deux rivières, le chateau de Björn, etc…). Le nom du principal chef viking, Björn (prononcer Biarn), aurait pu donner son nom à la province du Béarn.
Les détracteurs de Supéry arguent de la présence des wisigoths dans la région pour justifier les racines germaniques des toponymes. Sauf que les wisigoths ne sont pas restés dans la région longtemps, et que rien en laisse penser qu’ils s’y soient jamais installés (leur capitale a été Toulouse, puis Tolède en Andalousie après des modifications contraintes de la géographie du royaume ; l’Andalousie est la région d’Espagne où l’on trouve le plus de blonds). De plus, les suffixes en -bec se distinguent des racines germaniques wisigothiques plus récentes.
Supéry pense que l’intégration des vikings, reconnaissables par leur physique, dans une province au substrat de population Ligure, n’a pas pu se faire, d’autant que -vraisemblablement par intrigue du duc d’Aquitaine- les nordiques ne se convertirent pas tout à fait au catholicisme. D’où l’origine des cagots, rejetés de la population, méprisés, qui en attendant de s’intégrer au fil des siècles dans la masse, restèrent cantonnés exclusivement aux métiers du bois (on leur faisait construire des maisons, les fameuses maisons landaises de structure boisée, en colombage). Il faut également noter que les tentatives franques pour la conversion des danois qui jusque là avaient échoué, aboutissent enfin, ce précisément au moment où la demande en esclave chute jusqu’à disparaître, conséquence des mesures carolingiennes chrétiennes. Les danois se convertissent sans aucune effusion de sang, comme par consensus.
Les universitaires français ne partagent pas ce point de vue, disais-je; il n’y a guère qu’en Scandinavie que Supéry se fasse vraiment entendre. 150 ans de domination nordique et un apport notable de sang barbare est une pillule qui ne passe pas.
Islam et Djihad
Après la stupide dichotomie “islam-islamisme” aisément démontée par Le grand charles ici je voudrais faire un parrallèle en me basant sur la pensée de monsieur Alcader, Jean pour les intimes. Dans Le vrai visage de l’islam il arrive lui aussi à la conclusion qu’ “il n’y a pas, ainsi qu’on entend souvent le dire, un islam et un islamisme“. Il ajoute dans une conférence donnée aux Journées chouannes de 2005 qu’il ne s’agit là que de “propagande médiatique dans le but de faire avancer l’islam.”
A mon avis, Alcader met le doigt dans la plaie lorsqu’il parle de l’essence de l’islam, qu’il explique judicieusement à partir de la chahada cette prière que récitent 25 fois par jour les musulmans qui n’ont pas baissé le pantalon abandonné la pratique, devant l’hédonisme de la société moderne. Ce petit texte sert de profession de foi : “Il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah, et Mohamet et son prophète”.
C’est un kabyle converti au christianisme qui parle :
“Les catholiques, dans leur profession de foi disent “je crois”. C’est une affirmation [...]. Les musulmans, au contraire, disent : “non, il n’y pas d’autres dieu qu’Allah”. Or une négation n’existe pas en elle-même (ainsi que je l’ai appris à l’école, en cours de philosophie). Le grand Saint Thomas d’Aquin l’explique très bien : en soi une négation n’existe pas, elle n’existe que par rapport à une affirmation.
[...] S’il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah, alors pourquoi l’annoncer, en faire sa profesion de foi, et le crier à tue-tête du haut des minarets, et ce depuis treize siècles ? Cela ne sert à rien en soi mais n’a de sens que par rapport à une affirmation et ceux qui la professent : “il y a d’autres dieux qu’Allah” [...] Et qui sont ceux-ci ? “Les chrétiens qui associent à Allah deux autres divinités : Jésus et… sa mère” … Pour els musulmans, c’est ça la Trinité : Allah, Jésus et Marie. La chahada s’oppose donc à la foi chrétienne, et particulièrement à la foi en la Trinité.
Donc, la chahada [...] n’est pas une vraie profession de foi, c’est une opposition à ceux qui associent d’autres divinités à Dieu, à Allah, et qu’on apelle dans le coran les associateurs (Mouchikroun), du verbe “chakara” qui signifie “associer”. Ce sont ceux-là qu’il faut combattre et ce sont ceux-là qui sont visés 25 fois par jour par la chahada. L’islam est donc un combat, un combat religieux (un djihad) contre ceux qui “associent”, les mouchikroun”, les chrétiens.”
Plutôt limpide. Plutôt normal de la part d’un élève de Saint Thomas d’Aquin.
Hommes vrais et faux humanistes

Les serbes refusent l’indépendance du Kosovo.
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L’échelle de Jacob, pensées pour notre temps
Relecture rapide du livre de Gustave Thibon, donc. Je vous livre donc quelques lignes d’un de mes auteurs français préférés, que j’ai jugées hautement méditables vu le contexte.
Le maître parle :
“Vertu d’espérance. Si paradoxal que cela puisse paraisse, l’espérance surnaturelle consiste surtout à ne pas songer à l’avenir. Car l’avenir est la patrie de l’iréel, de l’imaginaire. Le bien que nous attendons de Dieu réside dans l’éternel, non dans l’avenir. Et le présent seul donne accès à l’éternel. Se réfugier dans l’avenir, c’est désespérer du présent, c’est préférer un mensonge à la réalité que Dieu nous envoie goutte à goutte chaque jour. Dieu tient ses promesse en même temps qu’il les fait. Hodie mecum eris in paraiso, telle est la devise de l’espérance surnaturelle. La fausse espérance, braquée uniquement sur l’avenir, se repaît de promesses : demain, on rasera gratis…”
Et la corollaire :
“Pourquoi les saints peuvent-ils sans s’épuiser, travailler et souffrir mille fois plus que nous? C’est parce qu’ils vivent dans un présent perpétuel, parce qu’ils incarnent le mot du Christ : à chaque jour suffit sa peine. Ce qui nous épuise, c’est que notre présent est rongé sans cesse de regrets, d’appréhensions et de craintes imaginaires. Comment nos possibilités d’action ne seraient-elles pas très limitées, dévorés que nous sommes par ce qui n’ets plus, et par ce qui ne sera jamais ? Le saint élimine de sa vie le parasitisme du passé et de l’avenir : aussi, chaque instant est-il gonflé de plénitude et de vigueur éternelles.”
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Quelques autres dans la même veine :
“Philosophie organique. “Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse” (Nietzsche) – C’est vrai, non comme le croit Nietzsche, parce que la vie n’est qu’un accident physique, mais parce que la vie de l’esprit ne possède pas ici-bas la plénitude et l’infaillibilité de la vie organique. Le corps sait où il va dans les ténèbres, alors que l’esprit tatonne dans la lumière. Et c’est la tâche suprême de la philosophie et de la religion, que d’acheminer l’esprit débile et anarchique de l’homme vers une cohérence et une unité qui s’apparentent dans leur ordre, à la perfection de l’univers corporel. Tous les hommes possèdent un corps, à peu près normal, harmonieusement immergé dans la vie cosmique et dont tous els organes s’équilibrent et se soutiennent réciproquement, mais où sont les hommes doués d’une pensée organique, c’est à dire nourrie de toutes els richesses du réel et rattachée à son centre qui est Dieu ?
Quand je parle de pensée vitale, organique, je n’entends pas désigner par ces mots une pensée qui recevrait ses lois de la nature charnelle et sensible (le racisme par exemple), mais une pensée aussi cohérente, aussi reliée, aussi nourrie de réalité, dans l’ordre supérieur de la spiritualité, que la vie charnelle et sensible. Constater une analogie n’est pas établir une identité. Saint Paul serait-il matérialiste quand il aprle du Corpus Christi mysticum ? En d’autres termes, je voudrais que l’esprit humain fût relié à l’univers spirituel des essences et des raisons dernières comme notre corps est relié à l’univers sensible.”
***
“Maladie et fléau. -Une double menace pèse sur l’homme : celle du fléau (je range sous ce vocable tous les maux qui s’abattent sur nous de l’extérieur : guerre, oppression, famine, épidémie, etc…) et celle de la maladie (j’appelle ainsi tous les maux de cause interne issus de la dégénérescence physique ou morale, depuis les affections chroniques du corps jusqu’à la corruption des moeurs et des institutions). Le “progrès” de l’humanité a surtout consisté jusqu’ici à juguler l’ennemi du dedans : moins d’épidémies mais plus de cancers, moins de guerres, mais plus de révolutions (et les guerres d’aujourd’hui sont encore des révolutions !), moins de famines mais plus d’estomacs gâtés, moins de coeurs brisés mais plus d’âmes taries… Ce progrès se ramène dans son ensemble à un processus d’intériorisation du mal. Au Moyen Age, on se représentait mal une grande souffrance d’origine purement interne : l’enfer était conçu comme une torture infligée du dehors, et le péché même apparaissait comme un raptus, un accident transitoire, et non comme l’expression d’une nécessité intérieure.
Le mal intérieur évolue d’une façon infiniment plus bénigne en apparence que les fléaux. Un cancer germe en nous plus lentement que la peste (il met peut-être toute notre vie à germer), et cet incurable ennui qui suinte des vies molles et gavées ne nous saisist pas à la gorge avec la brutalité d’une poigne de brigand. mais la peste et le brigand sont des maux qui ne font pas partie de nous-mêmes, ils peuvent nous lâcher, et s’ils nous tuent, ils nous tuent franchement sasn nous corrompre, tandis que le mal intérieur nous poursuit jusqu’à la tombe et nous dénature avant de nous tuer.
L’homme le cultive pourtant ce mal suprême, il en chérit les causes, et tremble devant les fléaux qui pourraient l’en délivrer. Ces gens qui tremblaient hier devant la guerre, et qui tremblent aujourd’hui devant la vie dure ont peur de voir le fléau balayer en eux la maladie : ils redoutent plus que la mort une guérisson blessante. L’instinct perverti qui habite en eux semble dire au fléau : nous sommes assez forts pour nous détruire nous-mêmes -et plus radicalement, plus sûrement que tu ne pourrais le faire- avec ce que nous croyons être le plaisir, la sécurité et le repos !”
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“Le prêtre et le poète. – Hier, ordination de l’abbé B… J’ai compris l’essence solitaire du sacerdoce. Le prêtre est ici-bas un étranger, il est séparé des hommes et de la nature : segregatus in Evangelium… Il est infiniment distant de la création et comme suspendu entre Dieu et l’homme. Sottise que de comparer le prêtre au poète (cela est d’un autre ordre, dirait Pascal).
Harmonieusement il mêmera le geste D’accorder la cithare au geste de bénir, chante Le Cardonnel. Ce “mélange” me fait pitié : le sacerdoce se change là en une manière de prolongement de la poésie ! En réalité, pas de commune mesure entre ces deux choses. Le poète est immergé dans la création, le prêtre en est séparé ; la bénédiction du poète monte du monde vers Dieu, la bénédiction du prêtre descend de Dieu vers le monde. Le poète est fait pour donner une voix au silence des choses, le prêtre au silence de Dieu. Il y a là deux mystères essentiellement différents, deux vocations opposés et complémentaires : la tâche du poète consiste à s’enfoncer toujours plus profondément dans la nature afin d’y retrouver l’empreinte et le germe du monde surnaturel, celle du prêtre à s’enfoncer toujours plus avant dans le monde surnaturel afin d’y retrouver la nature. Le poète comence à l’homme, le prêtre commence à Dieu. Tous deux sont porteurs d’un message d’inocence : le premeir confident de la balncheur du monde, parle aux hommes du Paradis terrestre perdu (“cet homme vient à nous de la part des forêts”) ; le second, confident de la pureté éternelle de Dieu, leur révèle le paradis céleste promis (“cet homme au front serein, vient de la part de Dieu”).
Pureté édénique d’une part, pureté divine de l’autre. La source de l’inspiration du poète est située en deçà du péché, celle de l’inspiration du prêtre en deçà de la mort.
“Le poète est le coeur du monde” disait Eichendorff. Le coeur, organe central. Ainsi plongé dans les entrailles de la création, le poète partage le secret divin du monde. Le prêtre, isolé du monde et qui repose comme saint Jean sur le coeur du Christ, partage lui, le secret humain de Dieu.
Enfin, le poète crée. Il ajoute à ce qu’il touche. Il transforme la création. Tandis que le prêtre est un pur messager (il n’existe pas pour l’homme de création surnaturelle !). Et sa grandeur, sa fidelité consistent à n’être que cela. Mais ce qu’il transmet est infiniment plus profond et plus précieux que ce que le poète crée. Aussi le rôle du poète est-il éclatant, nimbé de grandeur humaine, et celui du prêtre effacé et comme inexistant : jam non ego vivo…“
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“Problème des “faux biens”. – Il n’y a pas, comme nous l’enseigne un christianisme superficiel, des vrais biens qui appartiennent au ciel, et des faux biens qui appartiennent à la terre : il n’y a que des vrais biens, dont chacun à sa place et ses limites dans la hiérarchie de l’être. Mais il y a un usage faux dans l’usage de ces vrais biens. Et ce faux usage des vrais dons de Dieu, dicté par l’égoïsme, l’impatience ou l’orgueil, n’est pas limité aux biens temporels : il affecte au moins autant les biens éternels. Y a t’il beaucoup moins de dévots frelatés que d’amants égoïstes ? Et quel est le plus vain et le plus menteur des hommes, de celui qui prostitue la chair dans ses baisers ou de celui qui prostitue Dieu dans ses prières ? Où sont les censeurs des joies d’ici-bas qui ne méritent pas de s’entendre dire : avant de nous reprocher le faux usage de ce qui passe, montrez nous par votre exemple l’usage vrai de ce qui demeure. Vous condamnez notre idolâtrie de la vie. Mais quelle idole plus creuse et plus sournoise n’adorez-vous pas sous le nom d’esprit !”
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“Energie et direction de l’énergie. – Chez les hommes ordinaires, les mobiles inférieurs (les passions), non seulement fournissent l’énergie, mais l’orientent. Chez les hommes supérieurs aussi, l’énergie vient d’en bas (d’où pourrait elle venir chez un être incarné ?), amis elle est dirigée, utilisée par les mobiles élevés. Il ne faut donc pas lutter contre les passions en tant que moteur, il faut simplement leur ôter le gouvernail.“
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Alter-sexualité
Un site amusant, via Le grand Charles (dans ma blogoliste), sorte de preuve par l’absurde de la bêtise des arguments des déviants contemporains.

