De l’herméneutique
Herméneutique – “Ne pas s’attacher à la lettre, mais à l’esprit”: Les différentes doctrines protestantes sont toutes arrivées à tuer l’esprit au nom de la lettre, résultat inévitable du principe du libre examen, de la lecture sans retenue des Ecritures, sans se préoccuper des commentaires instruits des pères de l’Eglise, ou de la philosophie de l’Eglise qui en découle, et permet d’expliciter chaque passage avec sagesse.
Il y a en fait deux mauvaises façons de lire les écritures saintes, la première consistant à occulter l’esprit au nom de la lettre, caractéristique des doctrines réformées, quand la seconde prétend défendre un esprit présumé contre la lettre. Cette dernière oeuvre est la base de l’hérméneutique, que nous servent et resservent les théologiens modernes. Je n’ai manifestement pas cet esprit puisque bêtement, je continue de penser que la lettre détermine l’esprit.
Les Ecritures Saintes ne sont plus considérées comme le roc inébranlable sur lesquelles se fondent les dogmes de l’Eglise (“Mes paroles ne passeront point”), mais comme une construction humaine, le sable sur lequel s’est appuyé depuis tant de temps des lois considérées par là comme chimériques. La tentation moderniste trouve là un bel appui, sous couvert d’un voile scientifique, car si l’on doit relativiser et réinterpréter les inspirations divines des évangélistes ou des psalmistes, il paraît logique de soumettre les dogmes en découlant aux variations d’interprétation.
L’herméneutique est en quelque sorte l’appui scientifique du libre examen. Marie Carré note dans J’ai choisi l’unité, le livre qui raconte sa démarche intellectuelle, son retour à l’Eglise catholique :
“Après vingt siècles de christianisme, nous en sommes encore à chercher à comprendre ce que Jésus a bien voulu dire. Cela s’appelle un progrès, cela s’appelle la lumière. “Prenez donc garde, disait notre Seigneur Jésus Christ, que la lumière qui est en vous ne soit ténèbres…” (Lc XI, 35)”
Le nouveau théologien, comme les réformateurs en leur temps prépare le terrain à des constatations de ce genre. L’objectivité de la parole de Dieu disparue, il ne reste plus que l’opinion subjéctive du commentateur humain et le voile hypocrite de l’historicisme dont il se couvre et qui, s’il suffit à donner une certaine légitimité intellectuelle aux yeux du lectorat d’une époque, ne saurait remplacer durablement le seul postulat légitime à partir duquel s’interprètent les Saintes Ecritures.