Quelques considérations sur la génétique des populations
Avant tout, je dois préciser que je suis un ignorant total en biologie, et le peu que je sais, je le dois à quelques lectures contraintes, corrollaires à mes autres lectures, elles vraiment mûes par le plaisir du sujet. (Déjà petit en classe, je me fichais de connaitre le fonctionnement du système digestif bovin ou humain, et depuis, le désintérêt est devenu dégoût, un peu forcé parfois, j’admets. Bref, je n’aime pas les divers bio, médico, et je me suis laissé vivre, loin de ça)
Mais, bon, puisque nous sommes à l’ère de la science de la technique, et que le besoin de savoir nous pousse souvent à relèguer au placard la poésie du mystère, je me suis laissé aller à lire différents thèses d’universitaires -entre autres celles d’étudiants de l’Universitat de Catalunya- sur la génétique des populations en général, et celle des populations espagnoles en particulier.
Hors de question de critiquer les méthodes et les résultats, si ce n’est signaler que forcément, les résultats seront plus probants si l’on fait des études sur des échantillons vastes de population exclusives à une zone géographique distincte, ce qui me semble t’il, n’est pas toujours le cas. On a trop tendance à vouloir raisonner par moyennes, tandis qu’il vaudrait mieux détailler au possible de région en région, surtout pour des pays comme la France, et l’Espagne. Hormis les peuplades homogènes d’Afrique et de péninsule Arabique peut être, l’Histoire a laissé des traces génétiques fortes ou pas, mais variées de toute façon selon la région. Un Lorrain n’a pas le même sang qu’un Bourguignon, un Catalan n’a pas le même sang qu’un Galicien.
Les analyses génétiques moyennes de l’Italie ou de l’Espagne n’ont pas beaucoup de sens, nous référant à l’histoire des 3000 dernières années. Comment expliquer dès lors, ces tableaux génétiques présentant une certaine homogénéité entre des pays aussi différents que l’Angleterre et l’Italie ? La simplification, tout est là. On vous présente, d’après la méthode du chromosome Y, un lot commun de gène R1b de l’Ecosse à l’Andalousie, avec des touches exotiques ci et là. Jusque là rien à dire, je ne conteste pas les résultats (encore que l’on sait bien que selon les bonnes ou mauvaises conditions dans lesquelles se fait l’expérience, le résultat peut être erronné ou non), je conteste simplement les interprétations idiotes qui sont faites à partir de ces résulats.
Expliquons-nous. Les résultats des expériences mettent à jour une faible différence entre l’ADN d’un noir africain et d’un aryen germain, ou d’un pékinois et d’un papou (la différence ne représenterait que 0,1 % des informations génétiques). La différence se précise par l’isolement (d’où que l’on pourrait déduire la jeunesse de l’humanité). Considérons l’aire géographique Méditerrannéenne, on retrouve les mêmes racines génétiques, du Caucase à la Galice, mis à part quelques haplotypes, mais ce qui fait la différence, c’est la proportion. Un syrien porte comme un français, le gène R1b. Ce que j’en déduis, c’est que les syriens ont un apport génétique fourni par un peuple qui avait le même ancêtre que le peuple qui a apporté aux européens de l’ouest ce même gène. Ce qui les différencie, c’est que les syriens auront des mutations de ce gène qui leur sont spécifiques, et les européens de même. D’où que les cartes que l’on vous fournit comme celles-ci, induisent en erreur, et ne servent de rien, car manquant de précision. Par exemple, on pense (à mon avis à juste titre) à une “colonie” syrienne en Catalogne avant l’ère romaine, et si cela est vrai, la génétique devrait le retrouver, à condition d’être précis au maximum, élaborant le tableau complet et détaillé des gènes et de leurs mutations, dont celles typiquement syriennes. Mais ces cartes ne permettent pas une telle vérification, elles ne permettent pas de se référer à des peuples. Sur un obscur forum, j’ai trouvé un membre qui affirmait que génétiquement, les catalans sont plus celtes que quiconque en Europe. Je me suis toujours demandé comment il pouvait dire cela au vu de l’histoire d’abord, car le littoral méditerrannéen espagnol est peu celtisé (s’il l’a jamais été), et que les cartes génétiques ne permettent pas de tirer de telles conclusions.
Autre problème : les stupidités qui ont cours aujourd’hui, et qui entâchent la démarche scientifique biologique. L’homme, issu du singe, lui même issu de la terre, elle même provoquée par une grosse explosion - mais oui parfaitement- du souffle de laquelle est issu le souffle de la vie, cet homme là viendrait aussi d’Afrique. Laissons de côté, pour l’instant en tout cas, la querelle entre créationistes et évolutionistes. Il s’agit de distinguer deux façons de penser, autour de la génétique des populations. La première part de l’hypothèse africaine de l’homme, se sert des résultats génétiques pour la coroborer, et partant de là établit des dates aux mutations génétiques diverses. La seconde, elle, part des résultats obtenus pour déterminer des flux de population et des origines communes, et devant le nombre écrasant de données différentes à l’échelle mondiale une fois le détail poussé au maximum, elle évite de se prononcer sur des interprétations et des dates conséquentes, qui ne pourront d’ailleurs être fixées sans le concours de l’historien.
Selon que vous pensez que le premier homme était un descendant d’un grand singe africain, ou des fils de Noé repeuplant la Terre après le déluge, vous trouverez à partir des cartes génétiques des populations mondiales assez d’éléments qui, à défaut de prouver votre thèse, abonderont dans son sens.
En résumé, il faut me semble t’il rester prudent quant à tous ces travaux qui tendent à prouver tout et son contraire (voir les interprétations des séparatistes catalans, qui brandissent le drapeau d’une certaine séparation génétique d’avec les autres espagnols, ou les contemplateurs des cartes globales qui raillent les basques quant à ce qu’ils jugent une absence de différence d’avec les espagnols d’autres régions de la péninsule).
Si je devais livrer ici mes considérations personnelles quant aux questions basques et catalanes, au vu de l’histoire et de la génétique, la première guidant la seconde, je dirais que le pays basque est une population endogame issu d’une ancienne vague de peuplement, présentant des particularités la détachant du reste de l’Espagne (par exemple, les invasions musulmanes ont laissé moins de traces qu’ailleurs), tandis que la population catalane, si elle a été peu mélangée avec les autres populations espagnoles (exeption faite d’avec les valenciens et les aragonais, longtemps réunis sous la même couronne, précisément), a été constituée d’apports méditerrannéens divers. Conservation pour les premiers, et ouverture à l’Est pour les seconds, donc. (Non non, sans jeu de mots, voyons !)