Vocabulaire contemporain (3) -La Charité et la solidarité

11-03 at 4:11 (Crise de l'Eglise, Encyclopédie, France actuelle, Heurs et malheurs, Philosophie) (, , , )

Solidarité – La solidarité est le substitut idéologique de la charité catholique, sa dégénérescence, de sorte que ces deux termes présentent en fait des différences flagrantes.

“Charité ordonnée commence par soi-même”. La charité s’ordonne. Soi, sa famille, sa nation, et son prochain comme dans la parabole du bon samaritain se servent de façon réglée. En d’autres termes, la charité est dépendante du réel, c’est à dire des circonstances, et des données qui façonnent notre vie.

L’ouvrier qui s’engageait dans une grève était assuré de la solidarité des ouvriers des usines voisines, françaises et mondiales (”prolétaires de tous les pays unissez-vous”), c’est à dire que l’on passait par dessus les données authentiquement communautaires (la proximité, la région, la nation) pour inventer de nouvelles communautés définies par un cas particulier -l’appartenance à la classe des prolétaires, dans ce cas précis. Les choses -ô étonnement !- ont tendance à empirer, dans la mesure où l’on trouve de la solidarité aujourd’hui jusqu’envers des groupes de gens avec lesquels non seulement on ne se touve pas de rapport organique, mais même, avec lesquels on serait en peine de se trouver quelque rapport que ce soit. Les français qui se déclarent solidaires des palestiniens me font rire (au moins). Ils rentrent dans cette catégorie pour qui la solidarité ne trouve de raison d’être que dans un petit épanchement sentimental. La conscience de classe dont parle Marx, cette fumisterie idéologique, est un vestige de l’ancien ordre de la solidarité, qui désormais a rompu tout cadre, et prétend exister sans aucune ligne directrice un tant soit peu réflexionnée. Réjouissons-nous, car si la solidarité se préfère un simple sentiment sans encadrement, sorte de romantisme somme toute, j’y vois là un signe de sa fin prochaine.

La charité se pratique, mais la solidarité, elle, n’engage jamais véritablement l’individu solidaire. L’homme charitable donne de lui-même, alors que le sentiment abscons qu’on appelle solidarité de par sa nature creuse, permet à l’individu solidaire de ne jamais oeuvrer, de ne jamais donner de lui même. Des figures comme celle de Kouchner, photographié en Somalie avec un sac de riz plus gros que lui, et pour autant vivant en nabab (sans un dixième du goût et de la prestance d’un nabab, je tiens à le préciser), sont assez parlantes à cet égard, pour que je n’aie pas à m’attarder là-dessus. Disons rapidement que la solidarité a un caractère servile fortement marqué : elle permet d’éviter le service du prochain qui est la norme de la charité (tout en gardant bonne conscience, miracle des temps modernes) : qu’on ne s’étonne donc pas qu’elle soit exaltée dans notre société d’esclaves. L’être cynique, est en quelque sorte un vestige de l’ancien temps, de par son caractère monolythique. Il est incapable de solidarité, car il n’éprouve en aucun cas le besoin de se donner bonne conscience. Les gamines du Bostwana ont faim ? Il s’en fout (et moi aussi). Son voisin a besoin d’un peu d’argent ? Il s’en fout tout pareil, alors que dans ce cas précis en revanche, l’être charitable donne.

La charité est une vertu, et comme telle, grandit celui qui la pratique, tandis que la solidarité ne possède pas ce caractère transcendental, sacré. Elle n’est que la sentimentalité du bienpensant, et rien de plus. Nos idéaux étaient des vertus (foi et fidelité, et leurs corrollaires) aujourd’hui, ce qui nous tient lieu d’idéal est foncièrement désacralisé. La charité nous relie à notre prochain, et répond à un commandement divin, elle est donc une relation horizontale et verticale. La solidarité est une relation exclusivement horizontale, et ceux de ses chantres qui prétendent le contraire ne font que vernir une coquille vide.

Sous le règne de la solidarité, la société se coupe en deux (le manichéisme, c’est tellement plus pratique), ce qui lui découvre une filiation démocratique. Chaque évenement coupe de facto la société en deux, les solidaires des uns et le solidaires des autres, comme pour le conflit Israëlo-palestinien, et de plus en plus, les solidaires tout court, des non solidaires, les gentils et les salauds : “-Comment ? Vous ne vous sentez pas concerné ? -Non mademoiselle, je vous avoue franchement que le sort des arborigènes d’Australie m’est complètement égal. – Et la solidarité ? Nous n’avons pas les mêmes valeurs !”

Tiens, parlons-en des valeurs. La solidarité, est une valeur. La valeur est le substitut moderne, dûment désacralisé, de la vertu ou du principe (les esprits modernes ont du mal à faire la différence). La charité, elle, s’accomode très mal de ce cadre étroit, et c’est pourquoi elle a presque entièrement disparu de nos jours, même de nos paroisses emplies de bons catholiques. Les exemples foisonnent d’individus des plus atteints par le syndrôme, qui préfèrent acheter des cartes postales à l’unicef, plutôt que de nourrir le clochard du quartier.

Au delà d’une simple divergence de termes, c’est une différence d’état d’esprit qui est mise à jour dans cette simple comparaison. “La charité, pour un égalitariste, est un vice féodal”, dit Gomez Davila, avec raison. Nous pourrions rajouter que la solidarité est l’activisme des bienpensants, l’apanage des mentalités modernes.

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