De l’immigration

21-02 at 8:37 (Encyclopédie, France actuelle, Lectures)

Parlons un peu immigration. Immigration choisie, identité française, imposture sarkozyste, ce genre de choses.

Comme chacun sait, on distingue le droit du sol, c’est ce principe absurde qui veut que toute personne née sur le sol français soit française. Dans la pratique, à l’extrême cela implique que soit considéré comme français un individu X, issu de parents étrangers, au seul titre que sa mère a accouché dans une clinique française, entre une promenade sur les Champs Elysées et une visite du Louvre, durant un voyage dans notre chère patrie, par exemple. Cela même si les parents du nouveau né ne le veulent pas, et même si le nouveau né devenu adulte refuse de profiter de ce droit. Je repense à Vladimir Volkoff, qui raconte dans son autobiographie, comment, né à Paris de parents russes ayant fuit la Russie bolchevique, il se vit gratifié d’une carte d’identité française, à sa majorité, sans l’avoir ni demandé, ni souhaité, se sentant russe, et pas encore français. Ce principe ne prend pas non plus en compte le fait que les frontières d’un état varient avec le temps. (Il est vrai qu’en notre époque de paix navrante et de guerres iniques, les frontières de la doulce France ne varient guère… à moins que l’on ne tente de récupérer la Wallonie, ce qui ferait le jeu de l’Europe régionaliste, qui rêve un redécoupage linguistique de “l’espace européen”… mais c’est un autre sujet). Le droit du sang, lui, veut que soit allemand, français, ou anglais celui qui est de sang allemand, français ou anglais, avec des variantes locales : ici on réclame les deux parents, là un seul, mais le principe reste le même. Ici aussi, l’idée n’est pas parfaite, mais on progresse : le sang, c’est une donne de la Nature ou de la Providence (selon ce que vous serez…), tandis que le lieu de naissance est un accident.Ceci dit le droit du sang en tant qu’absolu est à mon sens un vestige de l’esprit tribal, qui ne prend pas en compte le fait que les diverses civilisations, nations, se sont faites par des mélanges entre les peuples. Les invasions barbares qui ont eu raison de l’Empire Romain d’Occident affaibli, n’ont rien fait d’autre que d’apporter leur sang (minoritaire, précisons) en plus de quelques coutumes spécifiques, qui ont donné naissance à la société féodale, la grande Europe catholique, dont les nations d’aujourd’hui, sont de bien piètres héritières.

Un exemple, mon favori, permet de situer le problème : La dynastie des rois de France. A force de mariage entre les grandes dynasties européennes, il arrivât que le roi de France fut d’avantage étranger de sang que français, sans d’ailleurs que cela n’ait gêné personne. On a bien traité Marie Antoinette d’Autrichienne, mais on a jamais soulevé la question du taux de sang français dans les veines de Louis XVI pendant son procès. Pourtant, entre le sang espagnol, polonais pour ne remonter que sur 5 générations, il est évident que le sang français est bien minoritaire, même si la famille est de souche ancestrale française. D’ailleurs, il était parfaitement ignoble de considérer Marie Antoinette comme une étrangère, elle qui avait fait don de son âme à la France. Si l’on veut, la dernière reine de France fut la première “immigrée”, victime de la conception jacobine de la nation et partant de la nationalité française. Si une nation est une communauté de destin, un compatriote est celui qui lie son destin au notre, par donne ou par choix. C’est sur ce principe que l’on se base, lorsqu’on l’on parle de français par le sang versé. Marie Antoinette aussi, entre dans cette catégorie, en servant la France à son niveau, comme reine, et non comme soldat.

Restons dans notre petit tour d’horizon historique. L’infante de France devait avant l’entrée sur le territoire français, délaisser ce qu’elle possédait de son pays, ce qui du moins symboliquement signifiait bien s’imprégner de la culture de sa nouvelle patrie. On allait jusqu’à dévêtir la jeune fille. (Ce qui n’a pas été fait pour Marie Antoinette, n’en déplaise à Sofia Coppola…)

On est au coeur du problème. Cette vieille coutume se moque éperdument de la notion de “Diversité” qu’on nous bêle aujourd’hui à tort et à travers.Cela donne aussi une définition de l’identité française, loin du droit du sang au sens strict, ou du droit du sol, ou je ne sais quel autre imbécilité (Luis Sepulveda parle bien du “droit d’immigration”, selon lui justifiant n’importe quel déplacement de n’importe quelle population n’importe où, à fin de satisfaire son bon plaisir. Au moins, ce vieux communiste est cohérent. Que pouvions nous attendre d’autre de la part d’un chantre de l’internationalisme. N’importe quel être humain, citoyen du monde, le déraciné même, doit pouvoir aller n’importe où).

Notre conception des choses se situe à l’opposé. Les internationalistes prônent la “Diversité”, nous la différence ; ils aiment les “voyageurs sans bagages”, nous préférons les enracinés.Là aussi, il faut se débarrasser de la vision jacobine de la nation française. Voyez ici la conception saine de la civilisation française, comme elle était pensée avant la révolution. Sachant cela, il faut considérer que le déraciné de sang français, le décadent “origine France (rapport au sang français), n’est pas plus français que l’immigré qui aura pris soin de s’adapter à l’esprit local. Vivant dans une région reculée de France, j’ai pu constater sur les 10 dernières années un changement radical de paysage, et d’esprit, lié à l’arrivée de français de toutes régions confondues : LE français selon la conception jacobine n’existe pas. Il n’y a que des français, différents, enracinés dans une région de France.

La politique actuelle, censée se dérouler sous l’égide du Petit Nicolas, j’ai nommé l’”immigration choisie”, n’est qu’une imbécilité, qui ne s’attaque pas au vrai problème, qui n’est pas essentiellement numérique mais qualitatif. Mais ces fausses solutions répondent à une mauvaise façon de concevoir la politique. Pour nos politiciens, la politique n’est qu’un ensemble de données et de solutions matérielles, le tout traduit par des statistiques, des chiffres et des courbes. Dans leur vision des choses, la politique n’est que le pilotage d’une grosse machine, ou la gestion d’une “épicerie en gros”. Exit les principes, la philosophie politique, ces choses qui nous sont chères, réactionnaires que nous sommes…

Dans son programme présidentiel, Nicolas expose ses solutions issues de sa conception matérialiste de la res publica :

Pendant des années, on n’a pas pu parler d’immigration dans notre pays. Ceux qui n’acceptaient pas l’ouverture totale des frontières étaient immédiatement taxés d’extrémisme ou de racisme. Je veux souligner qu’en matière d’immigration, les problèmes sont plus devant nous que derrière nous et qu’il n’y a pas d’autre solution qu’une politique responsable qui concilie immigration maîtrisée et co-développement. Si je suis élu, je conforterai la politique d’immigration choisie que j’ai engagée en tant que ministre de l’Intérieur. J’instaurerai des plafonds annuels d’immigration. La laïcité, l’égalité entre la femme et l’homme, la liberté de conscience, sont des principes avec lesquels je ne transigerai jamais. Je demanderai à ceux qui veulent venir s’installer en France de faire l’effort d’apprendre le français avant, parce que c’est une condition essentielle d’une intégration réussie et parce que cela sera un signe de leur volonté de respecter notre culture. Le regroupement familial ne sera possible que si la personne a un logement et un travail lui permettant de faire vivre sa famille sans prise en compte des allocations familiales. Enfin, j’ai proposé la création d’un ministère de l’Immigration et de l’identité nationale, car l’intégration passe par le partage de notre culture autant que par son enrichissement. Un seul ministère doit traiter l’ensemble des questions relatives à l’immigration, à l’intégration et au co-développement.”

Tout d’abord, j’ai laissé en gras ce qui l’était dans le texte original : j’aurais voulu vous prouver mes dires en attirant de la sorte votre attention sur les expressions du matérialisme politique dans le discours sarkozyste, que je n’eusse pas fait mieux. Ensuite, mon coup de chapeau au maître de rhétorique (comme quoi, une formation d’avocat, ça sert pour faire de la politique : “Le démagogue et le courtisan sont de la même espèce”), qui réussit d’emblée à se ranger dans le clan des victimes du politiquement correct immigrationnisme (mieux vaut en rire).

Sinon, il y a une autre chose importante dans ce petit texte, à part ces deux points-ci, c’est cette description si particulière de l’identité française qu’il nous livre : laïcité, égalité, ce genre de choses qui n’apparaît pas dans ma liste de valeurs (pour parler novlangue).Un point positif dans ces quelques lignes ? Le bon sens bêtement matériel (à la portée d’un écolier de 12 ans) : comment un immigré peut-il accueillir sa famille en vertu de la loi du regroupement familial s’il n’a pas de logement ? comment va t-il trouver un travail sans parler la langue nationale ? Rien de plus.

Ce n’est pas ce que j’appelle une politique d’immigration. Ce n’est même pas de la politique au sens strict du terme. Un immigré doit s’intégrer, non pas seulement à l’ectoplasme culturel jacobin qui nous sert de société (dissociété, disait De Corte, un mot plus proche de la réalité philosophique), mais à la société française dans ce les principes et fondements organiques qui l’ont constituée. C’est pourquoi je ne puis être d’accord avec cette tendance qui se fait jour à droite, de placer l’immigration au centre de tous les problèmes. Le problème numéro 1, c’est la restauration de la civilisation française, pas des quotas d’immigration ou des politiques d’insertion à je en sais quelle dissociété décadente.

Sur ce point Eric Zemmour ne se démarque pas des autres politiciens dits de droite, pour le matérialisme, j’entends (et son côté positif, un certain réalisme). Dans la vidéo suivante, sa définition de la culture française n’est pas exprimée, sinon à mots couverts, et ce que j’en perçois ne correspond pas avec la mienne. Par exemple, cette idée que l’intégration se fait par le travail, digne des sociologues les plus niais, les plus simplistes, profondément déconnectée de la réalité. Allez voir si le travail en usine en France peut aider un étranger à s’intégrer ! Un travail sain, dans la tradition culturelle française, sans doute, mais un travail malsain, marque d’une société décadente, n’aide à s’intégrer qu’à une société décadente, pas à la doulce France bimillénaire.

“On ne peut pas non plus passer sous silence ce qu’est la France, et son rôle dans le monde” : intervention de l’interlocuteur de Zemmour, dont le nom m’est inconnu, n’ayant pas la télévision. Dommage qu’il n’ait pas précisé sa pensée, on aurait pu rire jaune. Et toujours ce messianisme français, teinté de jacobinisme lui aussi : Marianne aux seins gorgés de lait, qui distribue généreusement les droits de l’homme aux peuples du monde entier, et qui accueille toute la misère du monde, “un message à passer, de générosité, d’ouverture”.

Il reste que la nullité des résultats de Sarkozy est dénoncée, même si c’est de façon aseptisée. Dommage pour Zemmour, et pour nous.

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