لبنانيون الحقيقة
Beyrouth, le 3 janvier 2008, 8 h - . Pénible journée que la nôtre hier 2 janvier. Réveillés par un orage et des pluies torrentielles que des semaines d’ensoleillement avaient fait oublier - alors qu’ils sont bien de saison - et qui ont causé des kilomètres de bouchons et des centaines d’interventions de pompiers pour dégager des voitures noyées dans des crevasses rendues invisibles par le niveau de l’eau, nousavons eu droit successivement à la conférence de presse du ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem et au retour médiatique de Hassan Nasrallah pour le Hezbollah et de Walid Joumblatt pour le collectif du 14 Mars.
« Nous avons accueilli avec surprise les déclarations du Président français lors d’une conférence de presse au Caire dans laquelle il rendait la Syrie et l’opposition libanaise responsables de l’échecmalgré les efforts déployés par la Syrie… et la souplesse dont a fait preuve l’opposition pour faciliter un règlement consensuel » avec son timbre de voix et ce ton « bonhomme » qui lui est propre, WalidMouallem a accusé Paris de vouloir faire endosser à Damas l’échec de la médiation.
Fantastique numéro de passe-passe, Mouallem battait les cartes, les redistribuait, en sortait de sa manche ou du coeur du paquet pour apporter la preuve de ses propos. Face à lui un parterre dejournalistes des plus divers dont la claque locale avec en prime un ou deux Libanais qui servaient au ministre les questions qui lui permettaient de rebondir ou de revenir sur un point ou l’autre.
Selon le ministre syrien des Affaires étrangères c’est Paris qui a soumis à Damas un plan de sortie de crise pour le Liban, un plan qu’avec « souplesse » l’opposition libanaise a accepté mais que lamajorité a refusé en bloc.
Le plan français ? Mouallem nous en a donné lecture. Ce n’est - ni plus ni moins - que l’ensemble des exigences de « l’opposition » libanaise pour autoriser l’élection d’un président de la république.
En d’autres termes, et malgré les assertions de Damas, les exigences de Damas.
Nous savons - vous et moi - que nous pouvons imputer à l’improvisation impudente de Kouchner et Sarkozy et à leur légitime et nécessaire souci de la sécurité de la FINUL, presque tous les échecs de la politique étrangère française au Liban mais pas cela. Il est quasi impossible de croire un instant que Paris ait pu proposer - ou même accepter - de tuer le Liban souverain. Du moins je veux continuer à le
croire.
« La Syrie a décidé de cesser sa coopération avec la France sur la crise libanaise », a déclaré Walid Mouallem avant d’ajouter : « Il semble que les Français veulent imputer à la Syrie leur incapacité
(…) à trouver une solution à la crise. (…) D’une part, on demande à la Syrie de ne pas intervenir au Liban, et d’une autre, on lui demande d’utiliser son influence sur ses alliés libanais.» En réponse à une question, Mouallem dira - je cite en substance - : quand on frappe à la porte de la Syrie on doit s’attendre à une réponse.
La réponse de Damas a été claire : nous débloquons la situation mais à notre prix. C’est à prendre ou à laisser. Pour ceux qui n’ont pas saisi ce que cela voulait exactement dire, le secrétaire général du Hezbollah l’a redit quelques heures plus tard avec ses mots à lui qui ont le « mérite » d’être « clairs » : « La médiation française n’est pas encore finie bien que le président Nicolas Sarkozy ait haussé le ton de manière inappropriée (…) tant que de telles médiations se poursuivent, nous ne nous dirigerons pas vers la confrontation. (…) Mais si cette médiation échoue, il n’y en aura pas d’autres, et l’opposition lancera une mobilisation qui recourra à tous les moyens pacifiques possibles mais il ne faut pas non plus la pousser à bout car même le Hezbollah ne pourra pas contrôler totalement la base et il n’est pas le seul sur le terrain. »
Une fois de plus, la Syrie démontre le très large spectre de son jeu de cartes et sa maîtrise totale de la situation. Exemple supplémentaire : à la demande expresse de Nabih Berry, président de la
Chambre, la visite annoncée à Beyrouth de l’envoyé spécial du secrétaire général de la Ligue arabe, Hicham Youssef, a été annulée car, dit Berry, « avant toute chose l’important est que les pays
arabes se réconcilient entre eux ».
En langage clair cela veut simplement dire : aucune médiation arabe n’est possible avant la réconciliation de la Syrie et de l’Arabie Saoudite, avant que Riyad n’accepte le retour de Damas dans le giron de la communauté internationale. Pour l’instant c’est non.
Maroun CHARBEL