Un mirage actuel

29-12 at 4:37 (Crise de l'Eglise, Hispanophilie)

Sous apparence de bien, le démon tente, tel qu’un ange de lumière 

Les Saintes Ecritures nous avertissent que bien souvent Satan, sous l’aspect d’un Ange de lumière (Ange du Bien en apparence), séduit les fidèles en recherchant, tel un lion rugissant autour de nous et en observant qui il peut dévorer, d’où les exhortations de Saint Pierre à une vigilance continuelle. Or, un grand nombre (peut-être bien la grande majorité) des défenseurs de la Tradition et de la Sainte messe de toujours, ont  vu, dans le Motu Proprio de Benoit XVI un bien en affirmant (en reconnaissant) que la Messe Tridentine ou dite de St Pie V n’a jamais été abrogée, et que cela ouvre un horizon de perspectives, de grands espoirs qui débouchent sur un optimisme flatteur, comparable à la rosée tombant sur un terrain âpre et friand, au sein d’un reverdissement esperé. Mais si nous nous plaçons sans passion et avec attention au point de vue de la Foi, nous nous apercevons du mirage que nous offre une réalité volatile qui se dissipe et disparait devant nos yeux. Rien de mieux, ni de plus perspicace, ne pouvait avoir lieu que de proposer (mettre en avant) une reconnaissance louable conforme à la vérité que les traditionalistes et Monseigneur Lefebvre ont toujours affirmée : Que la Messe traditionnelle n’a jamais été abolie, en droit,  bien que supprimée dans les faits d’une manière abusivement autoritaire. La reconnaissance subtile et intelligente de Benoit XVI du fait que la Messe ancienne n’a jamais été abolie revêt des airs de triomphe à première vue, mais c’est en réalité le moyen le plus effronté et le plus efficace de satisfaire son désir le plus profond et le plus cher de se mettre en harmonie avec ses optiques modernistes les plus viscérales, tel un ange de lumière sous apparence de bien, que même pas  bon nombre de progressistes n’ont su mesurer et apprécier dans leurs gesticulations fanatiques.  La vérité est que si Benoit XVI (d’une intelligence affinée et perspicace) prétend légitimer la Nouvelle Messe en la faisant passer comme une expresion, digne de foi, du rite romain de l’Eglise, on ne peut pas continuer, d’une manière absurde, à affirmer que la Messe Tridentine a été abrogée, laquelle, en vertu du simple fait historique et dogmatique, a été par excellence l’expression du rite romain (promulguée à perpétuité);  d’un point de vue historique on ne peut admettre l’existence, comme lui-même l’affirme dans sa propre autobiographie, d’une  rupture schismatique comme celle-ci en train de s’établir jusqu’à maintenant ;  il convient donc  que les torts soient redressés. Telles sont ses propres paroles: “Le second grand évènement au début de mes années à Ratisbonne a été la publication du missel de Paul VI, avec l’interdiction quasi complète du missel précédent… J’étais cependant perplexe vis-à-vis de l’interdiction du missel ancien, car une chose semblable ne s’était jamais produite auparavant dans l’histoire de la liturgie… Il n’est pas possible par conséquent, de parler de fait d’une interdiction des missels anterieurs et jusqu’alors légitimement valides. A présent, au contraire, la promulgation de l’interdiction du Missel qui s’était célébré tout au long des siècles depuis l’époque des sacramentaux de l’Eglise antique, a constitué une rupture dans l’histoire de la liturgie dont les conséquences ne pouvaient être que tragiques.” (Joseph Ratzinger, Mi Vida, ed. Encuentro, Madrid 205 p.148-149). Tout ceci montre clairement que pour le Cardinal Ratzinger, tout ceci relevait depuis lors d’une rupture qu’il n’était historiquement plus possible de soutenir sérieusement.  Il convenait donc de résoudre le problème, d’autant plus que si,  avec une sibylline astuce et sagacité,  son objectif était de montrer que la Nouvelle Messe est la continuation et l’expression légitime du rite romain de l’Eglise. Il ne pouvait pas se permettre le luxe stupide d’une rupture tragique, même ne serait-ce qu’en apparence. Son oeuménisme dialectique très ingénieux ne le lui permettait pas,  d’où le fait que s’il prétend faire passer la Nouvelle Messe comme légitimement romaine, comme étant son expression légitime, telle la face d’une même pièce, il lui était - et il lui est -impossible de continuer à affirmer que l’autre face de la même pièce, bien que n’étant pas la face principale (la Messe Tridentine),  ne l’est pas. Si les deux messes sont l’expression d’un même rite romain, il est évident que l’on ne peut pas continuer à faire valoir l’argument sot et stupide qui consiste à dire que la Messe ancienne était interdite ou abolie, à plus forte raison si l’on veut faire passer la Nouvelle Messe (batârde et protestantisée selon les qualificatifs de Mgr Lefebvre) comme expression légitime du rite romain, comme le fut historiquement (et même dogmatiquement) l’Ancienne Messe. De plus, il n’est pas possible de tolérer, dans ses visées d’amalgame (coagula) dialectique oecuménique, de laisser transparaitre la moindre once de rupture (ou de schisme liturgique historique) susceptible d’empêcher sa synthèse dialectique. C’est pourquoi le Cardinal Ratzinger se permet d’affirmer en conformité avec ses désirs les plus profonds : “Pour la vie de l’Eglise, sont d’une urgence dramatique, un renouveau de la conscience liturgique, une réconciliation liturgique qui reconnaisse à nouveau l’unité de l’histoire de la liturgie et qui comprenne le Concile Vatican II, non comme rupture sinon comme une phase évolutive”. (Ibid.p. 150). Dès lors, apparait de toute évidence ce qui constitue le véritable motif de la reconnaissance de la non-abrogation de la Messe Tridentine :  c’est le fameux  un pas en arrière, deux pas - plus grands et plus profonds - en avant.  Il serait ridicule de penser que, selon les mots même du Cardinal Ratzinger, son apparent changement de position est dû à un rapprochement vers la Messe Tridentine, vers la Tradition. Non, bien au contraire. Il s’agit de consolider et de légitimer la Nouvelle Messe et le Concile Vatican II, dépourvus de ruptures tragiques ou dramatiques mais conçus en revanche comme une suave et douce évolution, et de faire en sorte qu’ils soient par tous, reconnus, admis et acceptés d’une manière pacifique. Ce que l’on prétend faire c’est montrer avec douceur et fermeté que ni la Nouvelle Messe, ni le Concile Vatican II ne constituent un schisme ou une rupture liturgique d’aucune sorte (ni doctrinale) mais sont le fruit d’une évolution vitale qu’il convient d’assumer et d’accepter en tant qu’expression légitme de l’Eglise. Ainsi la Messe Tridentine devient l’expression antique et extraordinaire d’un passé légendaire, et la Nouvelle Messe, l’expression ordinaire d’un présent reluisant  et d’un avenir vital. L’on ne peut pas être à la fois plus subtil, sagace et intelligent pour parvenir à annuler sans drame ni douleur, la légitime resistance du glorieux combat pour la défense de la Messe de toujours et de l’infaillible Tradition de l’Eglise Catholique, Apostolique et Romaine que le modernisme, par le biais d’un embrassement oecuménique, veut faire disparaitre sans traces de cadavres mal odorants et honteux. La démocratie ne l’admet pas, ni ne l’endure ni le tolère, car uniquement l’on detruit ce que dialectiquement et diaboliquement l’on remplace.           

Basilio Méramo Pbro. 13 Décembre 2007 

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D’internet

22-12 at 5:16 (Crise de l'Eglise, France actuelle)

Monsieur Jean Sévilla, auteur  assez intéressant (Moralement correct, Historiquement correct, Le terrorisme intellectuel) livre une critique d’internet dan son droit de réponse au Forum Catholique du 6 mai 2007 :

“La pratique de l’anonymat, dans l’univers des forums et des blogs, est profondément lâche et perverse : elle permet de dire n’importe quoi sans aucun risque. C’est une négation de la responsabilité à laquelle tout homme, et a fortiori tout chrétien, est appelé, devant ses mots et ses actes.”

Oui, lorsqu’il s’agit de critiquer telle ou telle personne anonymement, il est bien évident que la critique s’applique. J’ai des souvenirs attristés de discussion qui en plus se voulaient profondes sur le Forum Catholique justement. Mais d’un autre côté, s’il ne s’agit que d’affirmer des principes, de combattre des erreurs, dans notre monde bête et méchant, mieux vaut se camoufler. Je pense à Polydamas, qui disait qu’au vu sa situation professionnelle, mieux vallait qu’il garde l’anonymat.

” Quant au fond, je ne crois pas que les catholiques aient à discuter de tout : l’Eglise n’est pas une démocratie, le catholicisme n’est pas une institution parlementaire. Il est tout à fait extraordinaire de voir tant de traditionalistes, dont les bibliothèques sont pleines d’ouvrages vilipendant la Révolution, se comporter commes les pires révolutionnaires, débattant de tout et n’iporte quoi, quelq que soient leur titre à s’exprimer en public, enjambant toute hiérarchie et répandant des rumeurs sans souci des conséquences. Et je n’évoquerai pas le vocabulaire de potahce ou les exclamations infantiles sortis d’un langage de BD : elles ne grandissent pas ceux qui y recourent. Et que dire de la charité chrétienne ?”

Que l’Eglise ne soit pas une institution parlementaire ou une démocratie, c’est un fait incontestable, mais cela ne signifie pas que les catholiques ne doivent rien discuter. Jusqu’à tant qu’un peincipe spécifique vienne s’y opposer, il n’y a pas d’interdit général. Donc oui, les catholiques ne doivent pas tout discuter, mais il ets bien sûr hors de question de ne pas faire usage de la liberté que Dieu nous accorde avec ses limites.

Le principe d’un forum est plus tandancieux que celui d’un blog. L’auteur d’un blog défend son point de vue (les commentaires sont annexes -la réfutation d’une critique est en fait une précison de l’opinion défendue), alors que le forum accueille tous les points de vue. Le forum est un peincipe plus libéral, quoi.

Quant aux mots sur les expressions de potache, le vocabulaire infantile, je ne peux qu’abonder dans le sens de Mr Sévilla, et conclure qu’internet est vulgaire, dans le sens plein et entier du mot. Pour le meilleur ou pour le pire, les réactionnaires vivent un peu avec leur temps.

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La perte des principes et la force de la vérité

22-12 at 4:34 (Crise de l'Eglise, France actuelle, Lectures)

“Le plus grand malheur pour un siècle ou pour un pays, c’est l’abandon ou l’amoindrissement de la vérité. On peut se relever de tout le reste ; on ne se relève jamais de la perte des principes. Les caractères peuvent fléchir à des moments donnés, et les moeurs publiques recevoir quelque atteinte du vice ou du mauvais exemple ; mais rien n’est perdu tant que les vrais doctrines restent debout dans leur integrité. Avec elles, tout se refait tôt ou tard, les hommes et les institutions, parce qu’on est toujours capables de revenir au bien lorsqu’on a pas quitté le vrai. Ce qui enlèverait jusqu’à l’espoir du salut, ce serait la desertion des principes, en dehors desquels il ne se peut rien édifier de solide et de durable. Aussi, le plus grand service qu’un homme puisse rendre à ses semblables, aux époques de défaillances et d’obscurcissement, c’est d’affirmer la vérité sans crainte, alors même qu’on ne l’écouterait pas ; car c’est un sillon de lumière qu’il ouvre à travers les intelligences ; et si sa voix ne parvient pas à dominer les bruits du moment, du moins sera t-elle reconnue dans l’avenir comme messagère du salut.”

Vous aurez reconnu Mgr Freppel comme auteur de ces lignes.

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Du nationalisme allemand (Le malentendu national 2)

14-12 at 7:18 (France actuelle, Hispanophilie, Lectures)

Entendons nous sur l’expression “nationalisme allemand”. Je veux parler ici des diverses doctrines politiques pangermanistes qui ont eu cours dans les différentes provinces de l’Allemagne romantique. Celui des Discours à la nation allemande de Fichte, ou de certaines des oeuvres de Heine, par exemple.

J’ai laissé Alexis Arette pourfendre le nationalisme Jacobin français, ce qui formera avec ce post-ci un ensemble cohérent, car on ne peut pas parler de l’un sans égratigner l’autre. D’ailleurs, Fichte lui-même était un admirateur de la Révolution française, en bon disciple de Kant, ceci expliquant cela.

Une chose saute aux yeux de prime abord, c’est la déification du peuple allemand, qui absoudrait presque le chauvinisme français, ridiculement mesquin et innofensif en comparaison :

“De tous les siècles, tous les prudents et nobles coeurs qui passèrent sur la terre, dans toutes leurs pensées et toutes leurs aspirations lèvent leurs mains supliantes vers l’Allemagne, pour qu’elle sauve son honneur et son existence… En vous, ô allemands ! est le germe de toute perfection humaine et l’espérance de tout progrès. Si vous manquez à votre vocation, si vous périssez, mourra avec vous et pour tout le genre humain jusqu’à l’ombre de l’espérance de se sauver de l’abîme de la corruption… Par conséquent, il n’y a pas lieu de douter : si vous périssez, toute l’humanité perdurera sans l’espérance de se lever jamais”.

Sans commentaires.

D’autre part, et c’est là-dessus que je voudrais m’attarder, cette idéologie donne une définition de la Nation qui me paraît terriblement négative. On a pu voir le centralisme jacobin, avec sa volonté d’uniformisation de la France à cette époque très diversifiée (linguistiquement également) ; il se trouve que le nationalisme allemand exerça le même rôle sur les différents territoires allemands, qui s’ils présentaient une langue commune, n’en étaient pas moins divers sur des points autrement plus importants dans la vie d’un homme et partant, d’une nation. Lorsque je lis les innombrables auteurs du XIXème siècle allemands qui exaltent la place de la langue comme élément unificateur d’une nation, j’ai l’impression de relire un discours de quelque conventionnel bien français. Même Goethe n’est pas exempt de ce syndrôme. Si je suis bien évidemment présent pour dire que l’âme d’un peuple vit dans sa langue, je refuse de m’arrêter là et de considérer que l’âme d’un peuple ne soit vivante que dans sa langue. Marcel De Corte appelle ce phénomène, le gonflement de la partie en tout.

Hélas, le protestantisme sévissant depuis la Réforme en Allemagne du Nord a fait que la religion est passée au second plan. Un catholique est catholique avant tout, sa patrie spirituelle est sa première préocupation, ce qui ne pourra jamais être le cas d’un protestant, ou bien par accident. Dans le cas général, le protestantisme a toujours apporté une philosophie et un art de vivre qui s’oppose à l’Ordre Chrétien et toutes ces choses séculaires de la Tradition Catholique. Il y a la Weltanschauung protestante et la Weltanschauung protestante, un point c’est tout. L’Allemagne loin de faire exception à ce principe en a été au contraire une remarquable illustration, ne laissant pas d’autre choix aux théoriciens nationalistes (souvent de familles protestantes, vivants en athées accomplis) que de laisser la religion et la philosophie au second plan, et par là trouver un autre élément fédérateur.

Bien entendu, le processus matériel d’unification suit la même tangente simplificatrice et écrase méthodiquement la diversité. La prussianisation de l’Allemagne est une grande injustice non pas tant à cause de l’offense qu’elle représente pour l’Autriche, que pour cette déferlante systématique de l’état-centraliste dans la vie des chaque ancienne province. Rien qu’à lire ce que pensait un Goethe des prussiens, on a une idée de l’abstraction que peut être l’idée de peuple allemand à cette époque, même si comme le remarque Arette en sous entendu dans Le malentendu national, l’Italie ou la France présente plus de particularités additionnées que n’en ont jamais représenté les duchés allemands. Mais le système Autrichien d’allégeance et d’autonomie ne pouvait évidemment pas être retenu par des amoureux de la Révolution Etatique.

Le jacobinisme se souciait de créer un peuple français, le nationalisme allemand n’a pas eu tant besoin de le créer. Dans les deux cas, la toile de fond reste la même : faire des synonymes des mots nation et peuple. Un peuple c’est une nation pour les allemands, suivant la logique jacobine pour laquelle une nation, c’est un peuple.

Eh bien, je n’aurai de cesse de clamer le contraire. Sans se lancer dans des discussions théoriques, au demeurant passionnantes, quelques exemples pourront peut être éclaircir ce point. Je pense à la France féodale bien sûr, dont on nous pourra pas nier qu’elle fût une nation, toute formée de peuples différents qu’elle l’ait été, mais aussi à l’empire autrichien, celui qui prit par la suite le nom d’austro-hongrois, et qui s’effondrat en à sa capitulation en 1918, regroupant des peuples différents, slaves, hongrois, et germains bien sûr.

Si l’on admet la définition d’une nation comme communauté de destin, comme disait Thibon, alors on appréciera un modèle de gouvernement qui n’a pas grand chose à voir avec celui prôné par le nationalisme allemand. Dans le même sillage idéologique, à la racine même, on toruve le fameux droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, depuis tant utilisé pour critiquer les colonisations quelles qu’elles soient, et la française en particulier. Tout cela relève aussi d’une conception faussée de ce qu’est une nation : Une communauté de destin peut parfaitement s’établir sur deux continents, entre deux peuples qui n’avaient auparavant rien à partager. (Qu’on ne m’objecte pas les réserves matérielles à ce genre de vue, que je connais parfaitement, et qui sont hors sujet, puisque je ne parle que de principes généraux, et non de cas particuliers)

Revenons à cette conception allemande, justement. Une fois que les théoriciens romantiques eurent fait des mots nation et peuple des synonymes, comme nous l’avons dit plus haut, il ne manquait plus que l’on réduise la définition d’un peuple à son sang, sa race, pour que la concordance Nation-Race que l’on observe dans la doctrine national-socialiste soit possible.

Le sujet n’est pas sans intérêt, puisqu’il existe encore aujourd’hui ces diverses idées calamiteuses dans les pensées, les discours et les actes de certains hommes de “droite” (s’entendre sur le mot, là aussi, est devenu important) en France et dans le monde, ceux qu’Arette appelle les nationalitaires.

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L’Espagne vue par Thibon…

13-12 at 8:14 (Hispanophilie)

… au début du chapitre X des Entretiens avec Philippe Barthelet :

“J’ai connu l’Espagne assez tard, à 43 ans, en 1946 -et je suis en effet tombé amoureux d’elle. Et quand on est amoureux, il est naturel d’apprendre la langue de la femme qu’on aime… Si bien que j’ai appris l’espagnol, qui est aujourd’hui la langue étrangère que je parle le mieux, puisqu’il m’est donné de la pratiquer tous les jours.

L’Espagne de 1946 était très pauvre, très mal outillée : elle sortait d’une période de restrictions profondes, après la guerre civile, qui l’avait laissé exsangue, puis la guerre européenne, à laquelle elle n’avait pas participé, mais qui avait paralysé ses échanges avec le continent. A cette époque, le tourisme n’existait pas, on pouvait avoir infiniment plus qu’aujourd’hui un contact véritable avec le peuple.

On sentait la fierté dans toutes les classes sociales, le sentiment de l’honneur, le sens du contact humain, direct, le seul qu’ils connaissent et qui rapelle cette allégeance que Simone Weil admirait tant chez eux. Elle disait que la monarchie espagnole, par el serment d’allégeance, avait constitué un modèle, autant qu’un Etat politique peut l’être, avant l’arrivée des Bourbons…

Cette faculté de distance aussi, et de mépris. Il faut un pays comme l’Espagne pour y trouver une chapelle dédiée à Notre Dame du Mépris - nuestra Senora del Desprecio, en Estrémadure. Et un mépris qui, chez les meilleurs, n’est pas du tout mêlé d’envie -trop souvent, en effet, on feint de mépriser ce que l’on envie. Non, là-bas, les honneurs, l’argent, l’élévation sociale : pas d’importance.

Il me souvient d’avoir essayé de traduire à un jeune espagnol qui était venu chez moi apprendre le français, des vers de Victor Hugo sur l’Espagne. Hugo a parlé admirablement de ce pays, de son histoire et de son âme. Il y avait vécu enfant, et connaissait très bien l’espagnol (Pepita, “Dans cette Espagne que j’aime”, “les grandes chambres peintes/Du palais Masserano”) et c’est dans cette langue qu’il tenait ses carnets intimes.

Dans Le Cid éxilé, il décrit les paysans qui entouraient le héros :

[...] Tels sont ces laboureurs. Pour défendre l’Espagne, / Ces rustres au besoin font plus que des infants ; / Ils ont des chariots criants dans la campagne, / Et sont trop dédaigneux pour être triomphants.

“Toute l’Espagne est là !” s’exclama mon jeune interlocuteur…  [...]

J’ai voulu aussi visiter la Manche, le pays de Don Quichotte, et en particulier le Toboso, où Cervantès fait vivre Dulcinée, l’amor y la ilusion de Don Quixote, l’amour et l’illusion de Don Quichotte -illusion voulant dire à la fois illusion et espérance, ce qui montre à quel point l’espérance peut être trompeuse… “Espérance infondée”, selon le dictionnaire…

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Le malentendu national

13-12 at 7:41 (France actuelle)

Je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de m’attaquer à l’idée nationale jacobine, ni même au nationalisme allemand qui à mon sens n’est qu’une variante historique et géographique de la même idéologie néfaste. Cette idéologie a bien duré (avec ses améliorations ou ses corrections successives) jusqu’à nos jours, et en a de beaux devant elle si j’en juge par ce que je vois aujourd’hui dans les milieux de droite (je ne nomme personne en particulier, suivez mon regard). Peut-être à l’occasion, développerai-je le sujet, sur des points qui me tiennent à coeur, et ainsi, à grands coups contre le droit des peuples à disposer d’eux mêmes, ainsi définirions-nous ce qu’est une nation, loin des fables qui ont court aujourd’hui.

Je me propose donc de relire ici quelques extraits du Malentendu national, d’Alexis Arette. L’auteur se présente lui-même comme un béarnais enraciné. Comme tel, il n’a pas abandonné son patois ; (Goethe disait déjà joliment en son temps que l’âme d’un peuple vit dans sa langue) et peut donc à l’occasion publier de charmants vers en béarnais, qui font revivre dans le coeur des lecteurs les sentiments qu’ils ont ressentis dans leur jeunesse, lisant certaines pages de Maurras par exemple.

Je laisse de côté les premières pages du fascicule, traitant d’histoire, certes passionnantes, mais pas tout à fait dans le vif du sujet qu’il me plait de relater. Allons ! Place au Béarnais, contre l’idée de la nation que se fait François Choisel, professeur à l’Institut Catholique de Paris :

“Je comprends que monsieur Choisel ait des faiblesses pour la fripouille conventionnelle. Danton ne s’autorisait-il pas comme lui, des “frontières naturelles” de la nation ? Ne réclamait-il pas à ce sujet l’annexion de la Belgique ? Je comprends aussi le rapprochement qu’il tente avec De Gaulle : comme lui, ne trouva-t’il aps asile en Angleterre après la fusillade du Champ de Mars, laissant les autres dans la mélasse ? Mais Jeanne d’Arc, par pitié, ne la mélangez pas avec ces citoyens, car elle faisait les distinctions naturelles aux âmes pures. Que dit-elle lors de son procès lorsqu’on lui demande son nom ? “Chez nous on m’appelait Jeannette, mais depuis que je suis en France, on me nomme Jeanne…”

Jeanne d’Arc avait la notion d’un “chez nous”, c’est à dire d’un autre bien que la France. C’est probablement une chose que les citoyens Danton, De Gaulle et Choisel ne peuvent comprendre pour cause de frustration terrienne. C’est la différence qu’exprimait avec une grande clarté M. de Charette en disant : “Pour eux la patrie semble n’être qu’une idée. Pour nous elle est dans la terre. Ils l’ont dans le cerveau, nous l’avons sous les pieds, c’est plus solide”. (…)

Certes, je comprends très bien le souçi de François Choisel, et d’autres, de ne point défaire la nation, et j’ai le même souçi. Mais j’ai la certitude qu’on ne préserve pas l’ensemble si l’on commence à nier la réalité de ses composantes. Ce que lui appelle “les régionalismes à la mode”, ce n’ets jamais que la volonté des patries diverses de garder une identité que la nation hypertrophiée ne garantit plus. La volonté identitaire est un fait, et, à l’extrême, les cas actuels des bandes rivales qui s’affrontent dans les banlieues procède de ce besoin qu’a l’homme de se distinguer par rapport aux autres. La nation n’est réussie que lorsqu’elle fédère les groupes humains dans ce que Gustave Thibon appelle “la communauté de destin”. “

Après avoir rappelé quelques extraits de discours de Jean Paul II, Jean XXIII et Pie XII sur la question nationale, le béarnais continue de répondre au professeur :

“Monsieur Choisel ne serait-il pas plus meilleur enseignant républicain qu’enseignant catholique ? Plus que de Pie XII, n’ets-il pas proche du conventionnel Barrère qui, défendant ses idées apr l’exercice de la guillotine, déclarait en 1794 : “Nous avons révolutionné le gouvernement, les moeurs, les pensées ; révolutionnons aussi la langue : le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton, l’émigration et la haine de la république parlent allemand. La contre-révolution parle italien. Le fanatisme parle basque. Brisons ces instruments de dommage et d’erreur !”  (…)

[Citant Alexandre Sanguinetti :] “Sans centralisation, il ne peut y avoir de France. Il peut y avoir une Allemagne, une italie, parce qu’il y a une civilisation allemande, une civilisation italienne, mais en France, il y a  plusieurs civilisations. Et elles n’ont pas toutes disparues, vous pouvez en croire un député de Toulouse !” Si j’entends quelque chose à ce pathos, il signifie qu’il faut en finir avec les civilisations pour que la France vive ! L’impropriété des termes employés, et d’abord “civilisations” au lieu de “cultures” permet toutes les approximations. Mais sans insister sur l’énormité de l’erreur en ce qui concerne l’Italie, nation au moins aussi composite que la France [et l'Allemagne n'est pas trop en reste non plus, mais n'anticipons pas, n'anticipons pas], il faut présumer que les gens qui s’expriment de la sorte sont des idéologues parce qu’ils sont d’abord des déracinés qui devarient relire Barrès. Pourlécheur de surfaces, ayant perdu même la volonté de se ré-enraciner, ils transportent leur frustration sur la forme intellectualisée de la Nation. C’est ainsi que sans s’en douter, et même en se voulant pragmatiques, ils nous préparent un monde virtuel, loin des saisons, de l’humus et du bourgeon. Leur méconnaissance d’une langue locale restée terrienne les condamne aux jongleries du français politicien, et aux utopies qui ne sont que cohérences verbales. Il y a des mondes entre le nationalisme fédératif de Maurras et de Barrès et le nationalisme totalitaire de Sanguinetti et Choisel, qui paraît être la copie française du “Deustchland über alles“. Et si ses tenants barbottent encore dans les douves de l’Eglise, c’est en regrettant que Notre Dame se soit adressé en Bigourdan à la petite bergère de Lourdes.

La contradiction des nationalitaires tient à ceci : ils craignent, comme nous le craignons, l’impérialisme, le colonialisme, la planification d’un super-état à vocation mondialiste. Mais ce qu’ils redoutent pour la nation, ils l’appliquent à son bénéfice, pensent-ils, à l’encontre des minorités qui justement composent la nation. C’est ainsi qu’ils s’obstinent, à l’exemple des conventionnels, à nier les peuples de France, au profit d’un idyllique “peuple français” qui jamais n’exista. Les identités locales, qui conformément à la recommendation Romaine et au principe de subsidiarité, voudraient assumer les responsabilités propres à leur compétence, se verraient traitées comme la Vendée par Westermann ! Entre les landers allemands, les cantons suisses et les autonomies espagnoles, la république française se présente comme un corps qui a tout oublié et qui ne veut rien apprendre !

Les nationalistes dont beaucoup prétendent avoir lu Maurras et s’en inspirer, n’ont pas retenu cette phrase lapidaire qui dit tout : “Qu’est-ce que le fédéralisme ? Je ne puis mieux le définir qu’en disant qu’il est le contraire du séparatisme”. “

A suivre, donc…

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Droit de réponse…

11-12 at 5:47 (Hispanophilie)

… d’Alvaro Uribe à Hugo Chavez : 

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Le déclin du courage

11-12 at 4:55 (France actuelle)

Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance, à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ?

Alexandre Soljénitsyne

Le propriétaire des droits intellectuels de ce blog se déclare ni responsable ni coupable des liens que ses lecteurs pourraient faire avec l’actualité, car tout rapport avec la politique étrangère française actuelle, particulièrement celle relative au conflit colombien, est bien sûr dû au hasard.

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Politique étrangère

11-12 at 3:55 (France actuelle)

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Encore un petit tour en Colombie…

10-12 at 7:10 (France actuelle, Hispanophilie)

Vous êtes bien sûr un peu au courant de ce qui se passe en Colombie en ce moment. Du moins par ce que vous écoutez ou lisez des médias français.

C’est déjà dire que votre connaissance est succinte et subjective.

Comme il l’avait annoncé au lendemain de son élection, Nicolas Sarkozy a l’intention de faire libérer Ingrid Bétancourt des mains des FARC. La façon dont les médias relayent l’affaire ne me plaît pas. Voir les choses du point de vue français est inévitable, mais je vois derrière la répétition de son nom dans chaque article ou chaque flash radiophonique l’occultation des autres victimes de la guérilla marxiste. D’une certaine façon, en nous parlant sans cesse de Bétancourt, on évite de porter un jugement sur l’organisation criminelle qui la détient prisonnière : à la trape les millions de réfugiés, les torturés, les disparus et les simples tués colombiens depuis 40 ans !

Que le président Sarkozy se consacre à la politique étrangère ne me déplaît pas outre mesure, mais alors qu’il le fasse bien. Avant toute chose, donc qu’il se mette dans la tête que les FARC sont des communistes sans foi ni loi (faut il rapeller que les FARC sont producteurs d’une bonne part de la cocaïne mondiale, ou les assassinats multiples qui jalonnent leur 40 ans d’existence ?).  Ensuite, qu’il respecte la volonté du président colombien, toujours réticent à la négociation avec les assassins de son père (et avec lui une bonne part du peuple colombien, je pense).

Une fois ces deux choses intégrées, il est bien évident que l’on ne peut pas vouloir libérer Ingrid Bétancourt à tout prix. Aussi dur qu’une telle sentence puisse paraître à des oreilles démocrates, sa libération ne vaut pas que l’on échange des quantités de tueurs en puissance.

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas la façon de penser de notre président, qui s’évertue à forcer la libération de notre compatriote, à n’importe quel prix. Il est vrai que ce n’est pas lui qui en paiera les frais. De fait il ne fait que s’aligner sur les intentions d’Hugo Chavez, de traiter avec les FARC. Cela ne déplait à la famille Bétancourt, qui outre la volonté de libérer Ingrid, ne sont pas hostiles à l’idée de piquer un peu le président actuel Uribe. Une fois de plus, ce serait un gouvernement de droite qui en paierait les conséquences, devant s’aligner et faire des concessions sur son programme.

Je vous laisse méditer la réaction du “Commandant Camilo” aux propos de Sarkozy :

“C’est un message respectueux entre un président et un leader historique du peuple colombien, qui mérite autant de respect qu’un président. Le gouvernement d’Alvaro Uribe n’a pas cessé de nous insulter. Quand il y a une voix plus sereine qui nous parle comme à des êtres humains, des personnes dignes de respect, c’est très important pour nous.”

“Les concessions sont les marches de l’échafaud” disait Nicolas Gomez Davila, un penseur colombien. 

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Immaculée Conception

10-12 at 6:18 (Année liturgique, Crise de l'Eglise, Hispanophilie)

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L’Immaculée Conception avec un peu de retard, et la fête de Notre Dame de Guadalupe en avance.

J’ai déjà eu ailleurs l’occasion de dire ce que je pensais des proverbes. A celui qui se dirait : “Avant l’heure ce n’est pas l’heure, après l’heure ce n’est plus l’heure”, je laisse ici une occasion de réfléchir sur ces deux points : 1: que ce proverbe-ci est bien médiocre tant du point de vue littéraire, que du point de vue de ce qu’il veut dire,  2: que le proverbe “Mieux vaut tard que jamais” le contredit, d’une certaine façon s’entend.

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A veces hay que callarse

6-12 at 8:08 (Hispanophilie)

J’attendais l’échec de Chavez avec impatience, dans sa tentative (numéro 1) pour concentrer dans ses mains un pouvoir dictatorial. Alors maintenant, oui, je peux (en toute charité chrétienne, cela va de soi) partager ici cette vidéo avec vous :

Parce que maintenant plus que jamais il est temps que les derniers communistes se taisent, à défaut de ne pas avoir tiré les leçons qui s’imposaient après la chute de l’URSS.

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