L’orgueil et la Paresse

23-10 at 11:37 (Encyclopédie, Théologie)

On doit a Alphonse Allais, de s’être un jour emporté contre les proverbes. Je le paraphrase en disant qu’il n’y a rien de plus bête qu’un proverbe, puisqu’on peut le contester par un autre proverbe. Par exemple, le proverbe “Pierre qui roule n’amasse pas mousse” est en contradiction avec “Les voyages forment la jeunesse” ; le degré de vérité est tout relatif dans un proverbe, ce qui ne veut pas dire qu’il soit entièrement faux bien sur. On pourrait même penser comme Gustave Thibon, qu’une pensée juste se reconnait en ce que la contradiction l’enrichit.

Le proverbe qui retient mon attention en ce moment présent, est celui que vous ont certainement répété vos parents et vos professeurs, durant votre plus tendre enfance, lorsque vous manquiez a la tache par exemple : “L’oisiveté est la mère de tous les vices”.

Parfois il existe une variante, qui pointe du doigt la Paresse. On obtient alors le proverbe suivant : “La paresse est la mère de tous les vices”, ce qui somme toute revient au même. En poussant la logique jusqu’au bout, on obtient le fameux “il nous faut cultiver notre jardin” qui est la seule morale qu’ait trouvé Candide après toutes ses pérégrinations dans un monde si malheureux. C’est la morale bourgeoise que nous expose Voltaire, et qui marquera profondément la France dans les siècles suivants.

Immédiatement, cela pose un problème, que n’a pas manqué de soulever Nietzsche. Que dire de ceux dont l’oisiveté est un travail ? Quel travail va s’opposer a cette oisiveté-ci ? Forcément un travail physique, un travail qui se voit, qui se juge. Voila évincée, au nom du Travail devenu règle de la Morale, les travaux des contemplatifs des penseurs et des artistes. On est loin de la vision d’Aristote, tolérant l’esclavage pour permettre aux philosophes de penser sans avoir a s’occuper du quotidien laborieux. Il est vrai que Voltaire ne porte pas précisément Aristote dans son cœur.

On comprendrait mieux le proverbe, si l’on donnait le sens de “laisser-aller”, au mot “Paresse”. Il y a du laisser-aller derrière chaque vice. Mais ce n’est pas le travail et surtout pas le Travail, qui est un remede miracle, c’est la Force (qui peut dans certains cas, se servir du travail cela va de soi).

La version que je défends est celle-ci : “L’orgueil est le père de tous les vices”. Laissez-moi vous présenter quelques arguments en sa faveur.

L’Eglise estime que les péchés que commet en homme, ont pour racine les vices transmis par de génération en génération depuis le péché d’Adam. Ces vices, au nombre de sept (L’orgueil - l’avarice - la paresse - l’envie - la gourmandise - la luxure - la colère), sont aussi appelés péchés capitaux, synonyme qui a ici un avantage pratique, face a la question qui se pose : quel vice est la racine des autres?

Le catéchisme ne s’embarrasse pas de cette question, et sans doute a-t’il raison, puisque dans la mesure ou chaque être humain possède les sept vices des sa naissance, il parait difficile de determiner un commencement de ce coté-la. Peut-être vaut-il mieux parler de péché.

A ce moment-la, c’est le triomphe pour la théorie que je défends. En effet, le péché est par nature, un acte d’orgueil. Celui qui pèche, refuse la loi divine, n’obéit qu’a ses penchants. Ce n’est pas pour rien que le péché est vu comme une révolte par les mystiques et les Pères de l’Eglise. Ce n’est pas Saint Michel Archange qui me contredira si je dis que le premier péché est par essence orgueil. Lucifer refusant d’adorer le Dieu fait homme, parce que la nature angélique est supérieure a la nature humaine, ce n’est rien moins qu’un orgueil suprême, et la réponse de l’Archange “Quis ut Deus ? - Qui est comme Dieu ?”, est la réponse de l’humilité.

Et même sur un plan plus psychologique, on trouve que l’orgueil est la, derrière chaque péché, et même derrière chaque péché capital. Ainsi, derrière chaque vice (entendu au sens chrétien du mot, je répète), il y a la satisfaction de ses penchants, donc de soi. Qu’on ne me dise pas que l’avare est sans orgueil, car je répondrais que derrière son argent, c’est lui même qu’il idolâtre. Cela est par trop évident.

Les partisans de la Paresse mère de tous les vices, me répondront que la luxure, elle, ne vient pas de l’orgueil, mais de la paresse. Pourtant, de la même manière que pour les autres péchés capitaux, le raisonnement se tient quand a la part d’orgueil derrière la chose, tant sur le plan psychologique que sur le plan métaphysique. Et par dessus-tout, on ne peut pas dire que la paresse soit mère de la luxure. Les descriptions du travail des luxurieux abondent dans les œuvres de Baudelaire, un connaisseur en la matière. Je comprends bien comment le désœuvrement peut conduire a la luxure, mais ce n’est qu’une voie vers le péché, et non pas l’essence de ce péché.

C’est la justement ce qui peut donner raison au proverbe : bien souvent, dans l’ordre psychologique, il y a de la paresse (que je distingue du laisser-aller, toujours présent). La paresse pousse au péché, dans le cas de la luxure comme nous disions plus haut, mais également dans d’autres domaines.

Pour ces raisons-ci, j’ai modifié le proverbe incriminé par ce rectificatif : “L’orgueil est le père de tous les vices, et la paresse en est la gouvernante.” A condition d’entendre ce dernier mot au sens de servante, bien sur.

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