On doit a Alphonse Allais, de s’etre un jour emporté contre les proverbes. Je le paraphrase en disant qu’il n’y a rien de plus bete qu’un proverbe, puisqu’on peut le contester par un autre proverbe. Par exemple, le proverbe “Pierre qui roule n’amasse pas mousse” est en contradiction avec “Les voyages forment la jeunesse” ; le degré de vérité est tout relatif dans un proverbe, ce qui ne veut pas dire qu’il soit entierement faux bien sur. On pourrait meme penser comme Gustave Thibon, qu’une pensée juste se reconnait en ce que la contradiction l’enrichit.
Le proverbe qui retient mon attention en ce moment présent, est celui que vous ont certainement répété vos parents et vos professeurs, durant votre plus tendre enfance, lorsque vous manquiiez a la tache par exemple : “L’oisiveté est la mere de tous les vices”.
Parfois il existe une variante, qui pointe du doigt la Paresse. On obtient alors le proverbe suivant : “La paresse est la mere de tous les vices”, ce qui somme toute revient au meme. En poussant la logique jusqu’au bout, on obtient le fameux “il nous faut cultiver notre jardin” qui est la seule morale qu’ait trouvé Candide apres toutes ses perigrinations dans un monde si malheureux. C’est la morale bourgeoise que nous expose Voltaire, et qui marquera profondement la France dans les siecles suivants.
Immédiatemment, cela pose un probleme, que n’a pas manqué de soulever Nietzsche. Que dire de ceux dont l’oisiveté est un travail ? Quel travail va s’opposer a cette oisiveté-ci ? Forcément un travail physique, un travail qui se voit, qui se juge. Voila evincée, au nom du Travail devenu regle de la Morale, les travaux des contemplatifs des penseurs et des artistes. On est loin de la vision d’Aristote, tolerant l’esclavage pour permettre aux philosophes de penser sans avoir a s’occuper du quotidien laborieux. Il est vrai que Voltaire ne porte pas precisement Aristote dans son coeur.
On comprendrait mieux le proverbe, si l’on donnait le sens de “laisser-aller”, au mot “Paresse”. Il y a du laisser-aller derriere chaque vice. Mais ce n’est pas le travail et surtout pas le Travail, qui est un remede miracle, c’est la Force (qui peut dans certains cas, se servir du travail cela va de soi).
La version que je defends est celle-ci : “L’orgueil est le pere de tous les vices”. Laissez-moi vous presentez quelques arguments en sa faveur.
L’Eglise estime que les peches que commet en homme, ont pour racine les vices transmis par de génération en génération depuis le péché d’Adam. Ces vices, au nombre de sept (L’orgueil - l’avarice - la paresse - l’envie - la gourmandise - la luxure - la colere), sont aussi appelés péchés capitaux, synonyme qui a ici un avantage pratique, face a la question qui se pose : quel vice est la racine des autres?
Le catéchisme ne s’embarrasse pas de cette question, et sans doute a-t’il raison, puisque dans la mesure ou chaque etre humain possede les sept vices des sa naissance, il parait difficile de determiner un commencement de ce coté-la. Peut etre vaut-il mieux parler de péché.
A ce moment-la, c’est le triomhe pour la theorie que je defend. En effet, le péché est par nature, un acte d’orgueil. Celui qui peche, refuse la loi divine, n’obeit qu’a ses penchants. Ce n’est pas pour rien que le péché est vu comme une révolte par les mystiques et les peres de l’Eglise. Ce n’est pas Saint Michel Archange qui me contredira si je dis que le premier péché est par essence orgueil. Lucifer refusant d’adorer le Dieu fait homme, parce que la nature angélique est supérieure a la nature humaine, ce n’est rien moins qu’un orgueil supreme, et la réponse de l’Archange “Quis ut Deus ? - Qui est comme Dieu ?”, est la reponse de l’humilité.
Et meme sur un plan plus psychologique, on trouve que l’orgueil est la, derriere chaque péché, et meme derriere chaque péché capital. Ainsi, derriere chaque vice (entendu au sens chrétien du mot, je répete), il y a la satifaction de ses penchants, donc de soi. Qu’on ne me dise pas que l’avare est sans orgueil, car je repondrai que derriere son argent, c’est lui meme qu’il idolatre. Cela est par trop evident.
Les partisans de la Paresse mere de tous les vices, me repondront que la luxure, elle, ne vient pas de l’orgueil, mais de la paresse. Pourtant, de la meme maniere que pour les autres péchés capitaux, le raisonnement se tient quand a la part d’orgueil derriere la chose, tant sur le plan psychologique que sur le plan métaphysique. Et par dessus-tout, on ne peut pas dire que la paresse soit mere de la luxure. Les descriptions du travail des luxurieux abondent dans les oeuvres de Beaudelaire, un connaisseur en la matiere. Je comprends bien comment le desoeuvrement peut conduire a la luxure, mais ce n’est qu’une voie vers le péché, et non pas l’essence de ce péché.
C’est la justement ce qui peut donner raison au proverbe : bien souvent, dans l’ordre psychologique, il y a de la paresse (que je distingue du laisser-aller, toujours présent). La paresse pousse au péché, dans le cas de la luxure comme nous disions plus haut, mais egalement dans d’autres domaines.
Pour ces raisons-ci, j’ai modifié le proverbe incriminé par ce rectificatif : “L’orgueil est le pere de tous les vices, et la paresse en est la gouvernante.” A condition d’entendre ce dernier mot au sens de servante, bien sur.
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