Portrait d’un pangermaniste par lui même
“J’étais moi-même la loi vivante de morale, j’étais impeccable, j’étais la pureté incarnée; les Madeleines les plus compromises furent purifiées par les flammes de mes ardeurs et redevinrent vierges entre mes bras : ces restaurations de virginité faillirent parfois, il est vrai, épuiser mes saintes forces. J’étais tout amour et tout exempt de haine; je ne me vengeais plus de mes ennemis, car je n’admettais pas d’ennemis vis à vis de ma divine personne, mais seulement des mécréants, et le tort qu’ils me faisaient était un sacrilège, comme les injures qu’ils me disaient étaient autant de blasphèmes. Il fallait de temps en temps punir de telles impiétés, mais c’était un châtiment divin qui frappait le pécheur et non une vengeance par rancune humaine. Je ne connaissais pas non plus à mon égard des amis, mais des fidèles, des croyants, et je leur faisais beaucoup de bien. Les frais de représentation d’un dieu qui ne pouvait être chiche et qui ne ménage ni sa bourse ni son corps sont énormes. Pour faire ce métier superbe il faut avant tout être doté de beaucoup d’argent et de beaucoup de santé; or, un beua matin, c’était à la fin du mois de février 1848, ces deux choses me firent défaut. Ma divinité en fut tellemnt ébranlée qu’elle s’écroula misérablement”
“Ils disent que la gloire réchauffe notre tombe. Folies et sottises que tout cela ! Mieux valent pour nous réchauffer les lourdes caresses d’une vachère amoureuse. Mieux vaut aussi pour nous réchauffer les entrailles, mieux vaut boire largement du vin épicé, du punch et du grog, même au fond des plus ignobles tavernes, au milieu de voleurs et de vagabonds échappés à la potence, mais qui vivent, qui respirent, qui ronflent et qui sont plus dignes d’envie que le glorieux enfant de Thésis.”
“Quand nous aurons réalisé le grand oeuvre de la Révolution: la Démocratie universelle ! Quand nous aurons poursuivi la pensée de la Révolution dans toutes ses conséquences, quand nous aurons détruit le servilisme jusque dans son dernier refuge -le ciel ! - Quand nous aurons chassé la misère de la surface de la terre, quand nous aurons rendu sa dignité au peuple déshérité, au génie raillé, à la beauté profanée, comme nos grands maîtres, les penseurs et les poètes l’ont dit et l’ont chanté, et comme nous, leurs disciples, le voulont : -alors ce n’est pas seulement l’Alsace et la Lorraine, mais la France toute entière, mais l’Europe et le monde sauvé tout entier qui seront à nous ! Oui, le monde entier sera allemand !”
Vous pourrez retrouver ces extraits de la plume d’Heinrich Heine, ami de Marx, révolutionnaire comme lui, poète romantique (que le dictionnaire Hachette présente comme “un intermédiaire culturel entre la France et l’Allemagne”) dans “Les Odeurs de Paris” de Louis Veuillot.