Rationalisme et catholicisme

10-05 at 5:57 (Apologétique, Crise de l'Eglise, Heurs et malheurs, Hispanophilie, Histoire, Lectures, Philosophie, Théologie)

Omnia restaurare in Christo.

L’action du rationalisme fils légitime du cartésianisme, c’est la séparation. Il s’oppose au système catholique sur deux points essentiels : il sépare la foi de la raison d’une part, et la théologie des sciences, d’autre part.

La foi catholique

Le refus de l’induction conduit Descartes et ses suivants à affirmer l’omnipotence de la raison, et surtout, exprime un refus du mystère. Le catholique prend l’option contraire, il se sait infirme de par sa condition humaine, et accepte le mystère. C’est dans ce sens qu’il faut entendre l’affirmation de Pascal, dans les Pensées, lorsqu’il affirme que l’obscurité est un signe de véracité (Affirmation raillé par Voltaire dans la dernière de ses Lettres philosophiques, dans laquelle on pourra apercevoir à plusieurs reprise la mauvaise foi de leur auteur, parmi quelques réflexions pertinentes). C’est à dire que la vérité théologique est un mystère insondable pour l’intelligence, et dès lors, il vaut rejeter un système qui se veut la clarté absolue.

La foi est évidemment une adhésion du cœur, ce qui lui donne ce côté mystérieux que lui reconnaît tout chrétien et que raille tout infidèle, mais ce n’est pas seulement cette adhésion sentimentale qui caractérise la foi catholique. “La foi ne va pas contre de la raison”, c’est à peu près la seule phrase qu’un catholique arrive à proférer face au monde contemporain qui lui crie à chaque instant que sa foi est folie. C’est une vérité qui ne doit pas faire penser à notre catholique que sa foi n’est qu’un sentiment qui ne va pas contre la raison, car non seulement la foi ne va pas contre la raison, mais la foi est raisonnable. Qui a la foi ? L’homme qui s’est rendu aux raisons de croire, Credo ut intelligam.

Il faut donc s’attacher à ne pas séparer la raison de la foi, comme le font les rationalistes. Que l’on affirme la possibilité de la raison humaine de comprendre parfaitement les vérités surnaturelles, ou que l’on affirme que la raison est parfaitement étrangère à toutes choses qui la dépassent, on ne fait que consommer le divorce entre la foi et la raison.

La foi est rationnelle car elle est, au même titre que la loi de la gravité, une adhésion de l’intelligence à ce qui est, pour reprendre la formule aristotélicienne.

L’homme qui ne croit pas est incrédule, et cet autre qui croit sans raison est crédule, on est là dans l’ordre naturel. Or, la foi est d’une autre essence que de celle qui fait la crédulité et l’incrédulité. Elle est surnaturelle. Et penser que la Raison peut tout comprendre, dans le domaine de la foi, c’est affirmer que la foi n’est doctrine naturaliste de plus. C’est lui ôter en fin de compte, son caractère surnaturel.

Les rationalistes posent un acte de foi en ce qui concerne l’omnipotence de la raison humaine, pourrait-on dire. Mais du point de vue de la théologie, cette formulation est impropre, car l’acte de foi en question est d’essence naturelle. Mieux vaut dire que les rationalistes sont des naïfs, des crédules exactement et préciser que sur ce point précis, ils dépassent en sottise le rationalisme antique qui lui au moins n’a jamais postulé une telle fable. Un Socrate a même pu exprimer le contraire, si bien que l’on peut affirmer que dans le camp des rationalistes, la contradiction règne, et que nous pourrions nous borner à regarder leurs éloquences s’entredévorer sans même avoir à rappeler la doctrine de l’Eglise, s’il ne s’agissait là que d’une lutte purement intellectuelle, si le salut des âmes n’était pas en jeu.

[Laisser aux rationalistes leur foi concernant l'omnipotence de la raison. Laisser aussi la foi en l'impuissance totale de la raison à ceux qui veulent sombrer dans la crédulité. Rester sur la corde raide de l'équilibre. Préférer encore la sagesse à la raison et aux fables. Etre puis demeurer catholique.]

La philosophie catholique

La foi est le commencement de la vie chrétienne, et le point de départ de la philosophie catholique. Humanae salutis initium, fondamentum et radix omnis justificationis. Salut initial de l’homme, selon les Ecritures, fondement et racine de toute argumentation.

La notion d’impuissance de la raison est le postulat initial de la philosophie catholique. Ce postulat ne fait que se souvenir de ces paroles du Christ “prenez garde que votre lumière intérieure ne soit ténèbres” (Evangile selon saint Luc, XI, 35), ou de celles de Saint Paul, qui ne connait que Jésus crucifié. Résolument, le catholique affirme que tout nous crie et la raison plus fort que tout le reste, que la raison ne suffit pas. Comment pourrait-il prétendre le contraire, quand l’histoire de la philosophie toute entière prouve bien l’insuffisance et la folie de la raison humaine.

Il faut croire Chesterton lorsqu’il affirme qu’un fou est celui qui a tout perdu sauf la raison. En vérité, rien n’est plus déraisonnable que la raison humaine, sans l’itinéraire de la foi catholique, dans le domaine théologique et sans connaissance de ses limites dans le domaine de la philosophie.

C’est à se demander avec Donoso-Cortès, si le monde se jette dans le rationalisme, par goût pour les ténèbres, par amour de l’absurde. Car une chose est certaine, l’homme ne peut sortir des obscurités du dogme catholique sans se condamner à vivre dans une obscurité encore plus profonde (Essai sur le catholicisme, le libéralisme et le socialisme).

Joseph de Maistre appelle le scepticisme, dissolvant universel, et Aubry note que le refus de l’induction est tout simplement une forme de scepticisme. C’est dire la radicalité de la différence l’esprit catholique, et l’esprit cartésien, de Maistre abhorrant ce que Descartes érige comme méthode absolue de recherche de vérité. Or la philosophie catholique se sait une science subordonnée. Elle affirme ce qui se prouve par ce qui ne se prouve pas, c’est à dire qu’elle accepte l’induction, c’est déjà dire, la subordination à la théologie.

Il ne peut y avoir deux vérités, l’une théologique et l’autre philosophique qui se contredise entre elles, c’est le gros du discours de Llull face à Averroès, qui soutenait le contraire. La vérité est une, et découle dans toute son unité de la théologie, qui est donc la science mère de toutes les autres. Le surnaturel est universel.

Pourquoi enfin, peut-on dire qu’une affirmation philosophique ou théologique est vraie ? La cause première de cette véracité est dans l’autorité de l’Eglise. Parce que l’Eglise nous l’enseigne, nous pouvons garantir la véracité d’une proposition philosophique ou théologique, parce que nous sommes convaincus de la nécessité de la Révélation, parce que nous croyons que Jésus Christ est Dieu qui nous a apporté cette Révélation, parce que l’Eglise est la Sienne et que tout ce qu’affirme le magistère romain est marqué du sceau du Saint-Esprit.

Apologétique

“Je remarque toujours que les apôtres -dans les discours cités aux Actes et dans les Epîtres- pour introduire la vérité révélée dans l’esprit de leurs auditeurs, ne la font pas précéder de cette longue préface ou échelle de raisonnement humains, qui d’après beaucoup de nos écrivains et de nos prêtres, instruits mais cartésiens, doit précéder et préparer la théologie, la Révélation.

La prédication des Pères et des grands missionnaires qui ont prêché devant des infidèles et même des incrédules procède t’elle de la même façon ? Je ne le crois pas, mais il me semble qu’ils tout droit et sans préambule, par l’affirmation de Jésus crucifié et par la Rédemption. On dira que c’est absurde, et que l’incrédule niant même les faits sur lesquels on s’appuie et les premières vérités révélées, vous trouvera illogique, arbitraire, et ne vous écoutera pas. Et pourtant, c’est ainsi, il me semble, qu’ont procédé les apôtres, même Saint Paul devant l’Aréopage ; ils vous jettent tout de suite dans la révélation, sauf à revenir ensuite sur la philosophie et la préparation apologétique du christianisme, qui d’ailleurs, est toujours sous-entendue.”

Abbé Jean-Baptiste Aubry, Etudes sur le Christianisme.

C’est un travers courant (que n’a pas manqué de souligner Aubry) chez certains apologistes de partir constamment du naturel pour remonter jusqu’au surnaturel, et ils n’ont rien à envier sur ce point aux rationalistes. Une théologie qui explique le naturel à partir du surnaturel semble désormais l’œuvre de fanatiques extrémistes. Il est logique qu’un tel principe n’ait mené qu’au désarroi intellectuel, pour reprendre les mots d’Aubry, puisque tout n’y est jugé qu’à travers le prisme naturaliste, et par conséquent, est vidé de son âme. Le théologien qui explique le naturel par le surnaturel fait quelque chose de plus grand que de simplement l’expliquer, il lui donne un sens, ce qu’un pur syllogisme naturaliste ne pourra au mieux que caricaturer.

Le raisonnement cartésien, malheureusement entré dans les intelligences les plus chrétiennes, n’a jamais formé que des rationalistes, et jamais des chrétiens. Comment pourrait-on donc une fois cette première affirmation confirmée par l’expérience, justifier l’emploi abusif qui est fait de ce raisonnement absurde? Une foi solide pourra trouver à douter dans un raisonnement cartésien, même formuler dans le but pieux de confirmer les dogmes établis par l’Eglise.

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Noblesse et monde moderne

10-05 at 5:56 (Heurs et malheurs)

“La noblesse nous perdra, mais je ne pense pas que nous pourrons nous sauver sans elle.”

Marie-Antoinette, Correspondance des Tuileries.

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Cartésianisme et rationalisme

8-05 at 6:32 (Apologétique, Crise de l'Eglise, Heurs et malheurs, Lectures, Philosophie, Théologie)

Avant de rappeler le louable travail des néo-scolastiques de prouver la pertinence de la philosophie catholique face au cartésianisme, il faut bien signifier à quel point le cartésianisme est une philosophie subversive, dans son essence. C’est en effet un esprit négatif qui anime Descartes, que ce soit lorsqu’il s’assoit dans son fauteuil et décide qu’avant lui l’esprit humain a toujours été égaré, s’est toujours trompé, ou lorsqu’il entreprend aimablement de faire don de son intelligence au genre humain stupide et trompé, et de lui livrer un système philosophique qu’il juge infaillible.

Ce qu’a dit de plus vrai la philosophie cartésienne avait de toute façon déjà été dit avant par les scolastiques ou par les anciens, c’est-à-dire que même si le système a pu produire parfois de belles pages, jamais il n’a été novateur, ni plus pertinent que la scolastique ou les anciens grecs. La différence notable d’avec la scolastique restant de toute façon que les chantres cartésiens ou rationalistes prouvent par l’absurde ce que la scolastique avait brillamment démontré par la logique. Oui, le raisonnement cartésien est un raisonnement par l’absurde. Non pas que cela ne soit jamais d’aucune utilité, mais que l’idée est pernicieuse de vouloir bâtir un système philosophique sur un tel principe.

Parce qu’il refuse l’induction, Descartes est pyrrhonien. J’émets toutefois une petite réserve à ce jugement. Certes, Descartes refuse d’affirmer ce qui se prouve par ce qui ne se prouve pas, dans l’ordre général, mais justement, pour éviter l’induction, il faut qu’il cède à un principe infondé, celui de toute puissance de la raison. La grande différence, c’est que l’induction est hors de l’homme, tandis que le pyrrhonisme cartésien est exclusivement fondé sur l’homme.

Et quant aux fruits pratiques du cartésianisme, les voici : le désordre et le désarroi. Le désordre dans les matières objets d’études, le désarroi dans les esprits étudiants. Le grand effort de synthèse des scolastiques est balayé, les siècles de philosophie chrétienne sont passés à la trappe, la classification est abolie. Car tout est désormais soumis à l’arbitraire humain. Voici un penseur rationaliste sagace qui écrit des lignes pertinentes : il ne fait que répéter ce que d’autres ont dit avant lui. En voilà un autre à l’esprit moins avantagé : il passe à côté de l’essentiel, et il n’est même pas sûr qu’il pourra s’en rendre compte. Le désarroi guette donc les âmes de toutes qualités, au vu de l’immensité de l’effort à fournir pour réinventer chaque jour la philosophie, constatant l’ampleur du projet sans pouvoir jamais parvenir à la conviction de son utilité d’une part, et de sa réussite, d’autre part.

***

Lorsque l’on dit le XIIème siècle cartésien, c’est signifier que les productions intellectuelles de cette époque sont entachées du cartésianisme, non pas seulement en ce qu’elles sont toutes ses filles légitimes, mais que même les réactions au cartésianisme n’arrivent pas à se détacher du système de pensée cartésien, même si elles vont à l’encontre de certains points secondaires de la doctrine en question. J’appellerais bien ces productions filles illégitimes du cartésianisme.

A cette époque, certains hommes d’Eglise ont pu être séduits par la méthode cartésienne (Malebranche, par exemple), et il semble que l’Eglise ne se soit pas rendu immédiatement compte de l’assaut particulièrement bien cadré que cette doctrine livrait à la philosophie et à la théologie catholique. On trouve l’influence des écrits de Descartes jusque chez Bossuet, pourtant animé d’une grande foi, même si le prédicateur a pu se rendre compte du problème comme on peut le constater dans sa correspondance (Cité dans les Etudes philosophiques, d’Auguste Nicolas). Le XVII ème siècle voit donc pléthore de grands esprits imbus des idées de Descartes. Mais d’autres ont vécu à la même époque, qui ne partageaient pas le même enthousiasme. Pascal est de cette dernière catégorie, et s’est attaché à bien signifier l’impuissance de la Raison dans la philosophie. Il ne faisait là que suivre à la fois la sagesse des Anciens (Socrate), que chaque page de philosophie ne fait qu’élargir l’ignorance de l’homme, et l’enseignement de notre mère l’Eglise, qui affirme la nécessité de la Révélation. Maintenant je pose la question : Pascal n’a-t-il pas exagéré cette impuissance relative, en l’érigeant en impuissance totale ? Je ne prendrais qu’un exemple connu, celui du fameux pari, pour appuyer ma proposition. En effet, gager que Dieu existe, c’est-à-dire s’en remettre au hasard, c’est bien affirmer que la raison est incapable d’arriver à la conclusion de l’existence de Dieu, ou bien c’est une dernière tentative volontariste de convaincre un incrédule (bien maladroite).

***

On attribue avec raison la paternité du rationalisme moderne à René Descartes (Le titre de père de la philosophie moderne lui a été decerné par Locke, je crois). Le doute méthodique, qu’il postule dans son célèbre Discours sur la méthode est à l’origine de la philosophie moderne. Lorsque les modernes usent de ce que Aubry appelle la théorie de l’isolement, à savoir qu’ils croient exprimer une philosophie parfaite en l’isolant parfaitement de la théologie, ils ne font autre chose que d’imiter Descartes dissolvant la Révélation dans le doute universel. Aubry dit bien que le postulat rationaliste implique que la philosophie soit sans cesse à repenser, et là encore, chaque penseur qui se livrera à cet exercice constant ne fera qu’imiter Descartes doutant de tout ce qui a été discuté avant lui.

Je remarque toutefois une légère différence entre les cartésiens purs et durs, et les rationalistes modernes, une différence qui n’est pas fondamentale d’ailleurs, qui tient plus à l’influence de l’époque et aux différences des caractères individuels. Descartes était de foi catholique, ce qui explique sans doute en bonne partie son côté positif, affirmatif, et sa foi a été un rempart (exactement comme chez Malebranche) à toutes les dérives possibles du système qu’il avait jeté sur papier. Descartes prêche donc l’omnipotence de la raison, son Credo est celui-ci : il n’y a rien qui ne puisse être démontré. Les rationalistes modernes eux (un Jean Paul Sartre, notamment), sont plus négatifs. La foi naïve en la raison humaine des cartésiens au fond les révulse presque autant que la foi catholique, sans qu’ils se l’avouent toujours (et pour cause, ils doivent toutes leurs pages à cette naïveté). On touche là au caractère très nihiliste de la philosophie contemporaine, qui ne vit que de négation, et qui n’aura même pas de postérité.

Le rationalisme moderne a un précédent dans le rationalisme antique. De sorte qu’il est marqué du double sceau du paganisme et de la régression. Les rationalistes ruinent l’édifice catholique et surestiment par là les écrits des anciens païens, qui ne sont plus considérés comme l’exercice impuissant de la raison naturelle. Si le naturalisme antique est une norme pour les rationalistes, notons outre le mépris de la Révélation, le caractère rétrograde des constructions intellectuelles qu’un tel état d’esprit a engendré et continue d’engendrer depuis Descartes. Le rationalisme païen s’asseyait sur la révélation primitive, et le rationalisme moderne, sur la Révélation et l’enseignement de l’Eglise.

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Mystique et monde moderne

8-05 at 5:32 (Heurs et malheurs)

Sans doute le moment est-il venu de faire nôtre la mystique de Saint Jean de La Croix en particulier et des saints en général, de nous dépouiller totalement et de nous confier en Dieu. Reconnaître enfin notre faiblesse, et Sa force.

Sans doute nous faut-il mourir à l’espoir humain, pour renaître dans la véritable espérance.

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Salve Regina

7-05 at 7:03 (Beauté, Musique)

Voici ce superbe motet d’Alessandro Scarlatti.

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Zemmour et les “sans-papier”

6-05 at 5:49 (France actuelle, Futilités divertissantes, Heurs et malheurs)

Notez que les discours d’Eric Zemmour gênent le présentateur qui a peur de ne pas pouvoir finir l’émission, tandis que ce qui lieu de raisonnement de la part d’un certain Claude Regent tout aussi longs nécessitent que l’on fasse taire les autres intervenants…

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Fin des temps

3-05 at 4:45 (France actuelle, Heurs et malheurs, Hispanophilie, Télégrammes)

“S’il est une vérité certaine en politique, c’est qu’un peuple corrompu, et profondément corrompu, n’est pas fait pour la liberté, et n’y parviendra jamais.”

Joseph de Maistre, Fragments sur la France.

“La république en France durera, parce que c’est la forme de gouvernement qui convient le mieux aux peuples ingouvernables”

Donoso Cortès, ???.

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بشار الاسد

2-05 at 3:06 (Arabisme)

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Moneim Adwan

29-04 at 3:39 (Arabisme, Beauté, Musique, Télégrammes)

Suite et fin de ma page consacrée à la musique arabe.

Après l’initiation, avec des morceaux occidentalisés (qu’on appele Mahmoud Ahmadinejad !), voici à présent des chansons modernes qui, ô joie , n’ont pas grand chose à voir avec le genre de cochonnerie que l’on produit aujourd’hui en Occident ! Voici Il était une fois en Palestine, de Moneim Adwan, donc.

Extraits :

Sept étoiles :

Amour ensorcelant :

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[Vous me direz que je n'ai pas fait le moindre effort pour trouver des photos convenables qui défilent, ou des extraits vidéos, ou que sais-je encore. Laissez moi me justifier, chers lecteurs : Non, je ne suis pas paresseux (ou si peu !), mais je refuse de toutes mes forces que se généralise cette pratique, pour une simple raison. La musique doit pouvoir se suffire à elle-même, lorsque vous l'écoutez. Qu'est-ce que c'est que cette génération de chanteurs qui éprouvent le besoin de se dandiner sur scène, de mettre en scène des petites histoires idiotes pour accompagner la musique -(les anglophiles appellent ça, un clip) ? Et qui sont ces gens qui acceptent de rabaisser la musique au point qu'ils refusent de la considérer seule, sans s'encombrer de ce fatras d'images d'ailleurs toujours vulgaires) ? Si omnes, ego non : quand j'écoute de la musique, je ne la considère pas comme un bruit de plus dans mes oreilles, et vous invite, si ce n'est pas encore le cas, à en faire autant.]

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Aromates (2)

28-04 at 5:58 (Arabisme, Beauté, Hispanophilie, Histoire, Musique, Télégrammes)

Deuxième vague d’airs andalous pour ma page Musique arabe. Des muwash-sha, toujours.

Extraits :

Rayon de Lune :

Les lames de ton regard :

Je ne peux aimer que toi :

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Bribes de philosophie catholique

26-04 at 5:59 (Apologétique, Arabisme, Crise de l'Eglise, France actuelle, Heurs et malheurs, Hispanophilie, Histoire, Lectures, Philosophie) (, , , , , , )

Le catholicisme, le rationalisme et la philosophie politique.

Nemo sapiens nisi fidelis.

Le rationalisme c’est la frénésie de la séparation. Le rationalisme sépare la foi de la raison, la théologie de la philosophie. Loin de considérer que la théologie est mère de la philosophie, il affirme que l’on ne peut véritablement philosopher qu’une fois mise de côté la théologie. La philosophie politique dans le système rationaliste, n’est plus une déduction pratique dans le domaine philosophique de vérités théologiques, mais la découverte par l’exercice de la raison humaine ramenée au naturalisme de principes politiques généraux en adéquation ou non avec les vérités théologiques. Selon ce que notre rationaliste est catholique ou non, selon ce qu’il a un penchant conservateur ou non, les résultats, on le devine, sont en adéquation ou non avec la vérité théologique. Le subjectivisme est la norme de ce système.

Mettons que Descartes soit le premier rationaliste moderne. Il est de toute façon “le père de la philosophie moderne”, selon la formule de Locke, et cela en dit assez long il me semble.

Ramon Llull, qui condamnait l’averroïsme en faisant parler dame philosophie : “que d’erreurs Averroès me fait dire, lui qui prétend que je peux déterminer une vérité qui soit fausse théologiquement, quand je ne suis que la servante de dame théologie !”, ne faisait rien d’autre que d’attaquer le rationalisme, car pour en arriver à dire que la vérité théologique et la vérité philosophiques peuvent être doubles, c’est à dire que ce qui est vrai pour l’une peut être faux pour l’autre, il faut avoir irrémédiablement séparé les deux matières au préalable. A l’inverse du rationalisme, le système catholique est un système hiérarchisé et ordonné. Non seulement les sciences ne peuvent aller à l’encontre de la théologie, mais encore, elle découlent directement de la théologie.

La philosophie est la science complémentaire de la théologie, et la philosophie politique , une branche de cette vaste science.

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L’anti-thèse du rationalisme, c’est le catholicisme. Et c’est parce que la scolastique est une philosophie catholique qu’elle est un adversaire du rationalisme. Mais il n’y a pas que chez Saint Thomas que l’on trouvera une réfutation du rationalisme païen antique ou païen moderne : dans De utilitate credendi, Saint Augustin ne laisse pas pierre sur pierre de leur système, en attaquant l’hérésie manichéenne.

Quant aux néo-scolastiques, du XIXème siècle, ils méritent leur nom puisqu’ils sont véritablement les héritiers de la scolastique du Moyen Age, mais leurs pages incorporent aussi une solide réfutation des erreurs modernes. Par conséquent, il faut bien considérer que leurs écrits ajoutent à la synthèse catholique, et ne se contentent pas de suivre un lointain exemple.

Il faut parler de philosophie catholique, et ne pas tenir la philosophie scolastique comme seule philosophie catholique. Beaucoup des Pères de l’Eglise ont vécu avant le Moyen Age, et on peut parfaitement imaginer plus tard un courant nouveau qui surgira des entrailles de l’Eglise, qui ne s’appellera pas scolastique ni néo-scolastique, tout en étant aussi orthodoxe. La philosophie scolastique est particulièrement honorable, vu qu’elle a su se maintenir contre vents et marées, c’est à dire qu’elle demeure d’un grand secours contre toutes les bêtises actuelles.

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Le rationalisme moderne a un précédent dans le rationalisme antique. De sorte qu’il est marqué du double sceau du paganisme et de la régression. Les rationalistes ruinent l’édifice catholique et surestiment par là les écrits des anciens païens, qui ne sont plus considérés comme l’exercice impuissant de la raison naturelle. Si le naturalisme antique est une norme pour les rationalistes, notons outre le mépris de la Révélation, le caractère rétrograde des constructions intellectuelles qu’un tel état d’esprit a engendré et continue d’engendrer depuis Descartes.

Aubry note à juste titre dans ses Etudes sur la foi :”Le rationalisme est une racine de paganisme, car c’est l’homme déchu en révolte contre le principe surnaturel de la foi et refusant au nom de la raison, d’accepter la parole de Dieu révélée.”

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Dans un texte bien moins connu que L’avenir de l’intelligence ou Mes idées politiques, Maurras nous parle de son admiration pour la philosophie positiviste, sous le titre sobre d’Auguste Comte. Et c’est de lui-même qui parle lorsqu’il évoque la personnalité de Charles Jundzill, cet homme qui a perdu la foi de ses pères, et qui rêve comme Comte de réorganiser la société : “Il ne croyait plus, et de là venait son souci. On emploierait un langage bien inexact si l’on disait que Dieu lui manquait. Non seulement Dieu ne manquait pas à son esprit, mais son esprit sentait, si l’on peut s’exprimer ainsi, un besoin rigoureux de manquer de Dieu : aucune interprétation théologique du monde et de l’homme lui était supportable”. Autrement dit, le positivisme est un rationalisme.

Le chrétien se demande donc immédiatement, en lisant les idées de Jundzill, de Comte ou les lignes admiratrices de Maurras, de quel ordre peut-il bien s’agir lorsque ces braves gens parlent de réorganiser la cité, puisqu’il sait bien qu’il ne peut y avoir d’ordre hors de Dieu. De même lorsqu’ils s’inquiètent du maintien de la morale. La morale sans Dieu mérite t’elle cette appellation ou conformisme ne serait-il pas plus adapté ? (Et de noter la contradiction de la part des positivistes de vouloir à la fois se séparer des kantiens démocrates, et de retomber dans leur pattes, ne sachant rien proposer d’autre que la morale kantienne. Mais comment le pourraient-ils, ayant évacué la théologie ?) Le projet de Comte, de réorganiser sans Dieu ni roi (lisez : roi de droit divin, et ne cherchez plus pourquoi Maurras a pris parti pour les d’Orléans.) n’a en commun avec le programme chrétien de tout restaurer dans le Christ que certains points matériels de finalité. Le chrétien souhaite tout comme le positiviste que la société se tienne, et que la morale soit respectée, mais les convergences s’arrêtent-là. Les divergences sont celles du système, des principes, des points autrement plus importants.

La bêtise de Comte ira jusqu’à recréer un Dieu, un Dieu impersonnel, le Grand-Etre, qui n’est rien de plus que l’Humanité. Une chaîne horizontale. Une caricature de Dieu. La boucle est bouclée.

Le mal que Maurras ou ses semblables ont fait à la philosophie politique est aussi grand que celui d’un Jean Jacques Rousseau. Le suisse a perturbé les cœurs, quand Maurras lui, a désaxé les intelligences. L’habitude a été prise durablement de considérer la philosophie politique comme indépendante de la théologie, à tel point que le réactionnaire vulgaire ne cherche plus l’avis de notre mère l’Église sur tel et tel point mais ne se fie qu’à sa raison pour le servir en syllogismes qui répondront à ses questions. Il ne se souvient qu’il est catholique qu’une fois l’essentiel de sa recherche terminée. Alors, il compare ses déductions avec celles de la Sainte Église. Oui, seul son cœur est catholique. Son intelligence, elle, est naturaliste, elle fonctionne sans Dieu et sa Parole, tout comme celle de Jundzill. Décrivant le disciple de Comte, Maurras décrit fort bien ces âmes qui, constatant les ravages pratiques exercés par les pages de Rousseau et Kant, ne trouvent à leur opposer qu’un petit cœur sensible, qui ont le bon goût, celui de l’ordre, de la morale, de la société remise sur pied, mais n’ont que cela, ou même parfois, n’ont que le dégoût de l’inverse.

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Nemo major, nisi christianus.

Il faut lire Donoso-Cortès. Résolument, car c’est un auteur catholique, qui n’hésite pas à consacrer un tiers de son chef d’oeuvre Ensayo sobre el catolicismo, el liberalismo y el socialismo, à exposer la grandeur du catholicisme, quand tout le livre place la doctrine catholique comme le nœud théologique duquel découle toute philosophie politique.

Dans l’Ensayo, donc, il y a un passage d’anthologie, qui reprend le livre de Guizot, Histoire générale de la civilisation en Europe. L’espagnol déplore que le protestant place le christianisme non pas caractère principal des civilisations mais la traite comme un des autres caractères communs de nos civilisations, comme le sont les institutions politiques ou les mœurs, et il condamne ce naturalisme. Et Guizot se défendant d’une telle accusation, voit Nicolas arriver à la rescousse de Donoso-Cortès dans Du protestantisme et de toutes les hérésies. (Nicolas expose longuement sa critique des lignes de Guizot, dont l’expression d’une curieuse intention, celle de créer un front uni de protestants et de catholiques contre le socialisme menaçant).

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Nemo christianus, nisi qui ad finem usque persevaverit. (Tertullien)

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Logomachie

26-04 at 5:54 (Heurs et malheurs, Lectures, Philosophie, Télégrammes)

On lui fit accepter le mot, il finit par accepter le concept.

J’ai repensé à cette phrase. Il me semble que nous péchons souvent par ce biais-là : nous acceptons le mot, nous reprenons les formules de l’adversaire, et peu à peu l’esprit adverse se glisse dans nos rangs.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir des mots, donc.

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Aromates (1)

24-04 at 6:18 (Arabisme, Beauté, Hispanophilie, Histoire, Musique, Télégrammes)

Parce que vous rêvez de vous initier à la musique arabe, je vous livre ici deux petits extraits de ma nouvelle page musicale, consacrée à cette discipline. Première série : Mélodies andalouses du Moyen Orient. Le second extrait présente une variation de tempo facilement perceptible, créée à fin de rapprocher une muwash-sha d’une habanera cubana.

Il s’agit de l’ensemble Aromates, dirigé par Michèle Claude. L’album s’appelle Jardin de myrtes.

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قرطبة

22-04 at 3:38 (Arabisme, Beauté, Hispanophilie, Histoire)

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France réelle

21-04 at 5:41 (France actuelle, Heurs et malheurs, Lectures, Télégrammes)

Vous lirez (pour ceux d’entres vous qui ne l’ont pas encore lu, parce que quand même, c’est paru il y a un petit moment maintenant), je disais donc, vous lirez avec attention cet extrait de Dialogue de vaincus.

J’aime particulièrement.

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Allah, Assad et la Syrie

18-04 at 5:14 (Arabisme, Futilités divertissantes)

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Mes conversations avec Michel de Montaigne…

17-04 at 6:59 (Hispanophilie, Histoire, Lectures)

Il m’est arrivé, au hasard des invitations ou lorsqu’il me recevait dans sa gentilhommière de converser avec Michel de Montaigne. Je ne peux pas vous dire que nous ayons été de grands amis, mais je me rappelle apprécier sa compagnie. C’est curieux, d’ailleurs, car il est bien une des rares personnes dont je puisse supporter la présence malgré des divergences d’opinions profondes. Il était un novateur, avec une philosophie parfois franchement désagréable. Comment vous faire comprendre l’ambiguïté ? Il m’est également arrivé de discuter avec Rousseau -à l’époque où il n’était qu’un futur musicien raté, avant qu’il devienne totalement infréquentable- mais lui disait tellement de bêtises que je n’ai jamais fait au plus que tolérer sa présence, et encore dois-je confesser que j’avais fait de lui une pénitence de temps de carême. Je doute même qu’il y aura jamais d’article sur ce blog pour raconter mes conversations avec ce benêt, et c’est sans doute mieux ainsi, vu que cela finissait souvent violemment, entre argument ad hominem comme disent les polémistes et furieuses envies de se laisser aller à l’ultima ratio.

Je n’ai jamais parlé de cela avec Jean Jacques, mais je suis sur qu’il partageait l’avis de sur la colonisation de l’Amérique du Sud par les espagnols. C’est une vraie conjuration en fait, ils sont tous d’accord, l’uniformisation règne, à croire qu’ils se sont donné le mot pour ôter à l’Espagne le prestige de son grand œuvre. Je dois reconnaître que même si je n’avais pas cru à la véracité de mes assertions et au bienfondé de ma résistance, j’aurais tout de même défendu la grande Espagne, ne serait-ce que par respect pour mes ancêtres. C’est ainsi que je comprends les quelques anachroniques qui défendent la mémoire des colons anglo-saxons en Amérique du Nord ou en Australie, parce qu’entre nous soit dit, je ne m’aviserai jamais pour ma part de défendre ces barabres et leurs instincts si clairement mis à jour dans cette page de l’histoire du Nouveau Monde.

Montaigne était un humaniste moderne, et comme tel, avait une vision très à lui des indigènes :

-Quant à la hardiesse et au courage, à la fermeté, à la constance, à la résolution devant la douleur, la faim et la mort, je ne craindrais pas d’opposer les exemples que j’ai trouvé parmi eux aux plus fameux exemples anciens *, disait-il tranquillement.

Je répondais avec une patience qui m’était peu commune, résultat de l’influence de la doulce France, sans doute :

-Vous vous méprenez au moins sur l’essentiel. Je ne nie pas une certaine valeur morale aux indigènes, mais le courage, quel peuple en manque ? Et soyez tranquille sur ce point : beaucoup ont su s’adapter aux nouvelles conditions de vie amenées par les conquérants. Ils ne sont pas bien nombreux, les indiens que l’on a vu sauter des falaises pour échapper à la mort de la main des espagnols. Et vous oubliez les tribus qui ravies de trouver un soutien dans les troupes de Cortès, en ont profité pour rattraper quelques défaites ou persécutions du passé. Vous faites dans l’angélisme mon cher, à supposer toutes les qualités chez les primitifs.

Son angélisme qui n’avait sur ce point rien à envier aux sottises de ce Suisse que j’ai nommé plus haut s’étendait jusqu’à ses descriptions du Nouveau Monde, devenu dans sa bouche un idyllique paradis terrestre corrompu par les colons :

-C’était un monde enfant, disait-il d’un air docte auquel il ne manquait que le doigt pointé vers le ciel pour achever d’avoir raison de votre sérieux, et pourtant nous ne l’avons pas dompté et soumis à notre discipline par notre valeur et notre force naturelle, nous ne l’avons pas séduit par notre justice ou notre bonté, ni subjugué par notre magnanimité *.

La gravité du sujet m’évitait de rire, et je répondais sagement à chacune de ses assertions :

-Si vous voulez dire que les conquérants n’ont pas été des modèles de perfection, je vous suis. Mais n’allez pas pour autant parler de monde enfant. Par rapport au niveau technique des européens, les indigènes étaient en reste, mais croyez-en mon expérience il n’en était pas de même quant à leur défauts et penchants naturels. Je ne peux me résoudre à appeler enfant un homme dans la force de l’âge capable d’ouvrir le ventre d’un prisonnier afin d’offrir un sacrifice aux divinités qu’il s’est forgé. Bien des indigènes sont gré aux conquérants de leur avoir évité de mourir des mains de leurs frères. N’appelez pas innocence ce qui n’est qu’archaïsme.”

Il défendait la candeur des indigènes jusqu’à ôter aux conquérants le panache de la victoire militaire. Un jour que nous étions attardés au boudoir en sa demeure, dans les fumées émanant de nos pipes, il avait osé soutenir que la victoire des espagnols était due à l’étonnement des indigènes devant la situation rocambolesque à laquelle ils devaient faire face :

-Ce qui les a vaincus, ce sont les ruses et les boniments avec lesquels les conquérants les ont trompés, et le juste étonnement qu’apportait à ces nations-là l’arrivée inattendue de gens barbus, étrangers par la langue, la religion, l’apparence et la manière d’être, venus d’un endroit du monde si éloigné, et où ils n’avaient jamais imaginé qu’il y eût quelque habitation, montés sur de grands monstres inconnus, alors qu’eux-mêmes n’avaient jamais vu de cheval ni d’autre bête dressée à porter un homme ; protégés par une peau luisante et dure, et une arme tranchante et resplendissante, alors que les indiens pour voir jouer une lueur sur un miroir ou la lame d’un couteau, étaient prêts à donner des trésors en or et en perles *.

-Votre angélisme vous perdra, mon cher Montaigne. Mais voyons, imaginons que vos idées s’impriment et se lisent ; d’ici quelques dizaines d’années, on pourrait lire sous la plume du plus commun idiot l’apologie du monde sauvage et de la vie des primitifs, le dégoût de tout ce qui est civilisé, et tout cela sous des prétextes idéalistes et des impressions aussi peu fondées que ne l’est la vôtre concernant ces prétendues qualités dont vous honorez les indigènes. Une fois compris le principe de réflexion de la lumière, principe que chez nous un enfant acquière en peu de temps -et il n’y a aucune raison de penser que les indiens pussent mettre des années pour le comprendre, les indigènes se focalisaient bien vite sur les vertus guerrières d’une épée ou d’une armure.

-Ces peuples furent surpris, sous couleur d’amitié et de bonne foi, par la curiosité de voir des choses étrangères et inconnues. Sans cette disparité, les conquérants n’auraient eu aucune chance de victoire *.

-Pensez au grand Cortès ! Il est passé près de la défaite et il s’en est fallu de peu que le Mexique ne soit pas conquis par son expédition. Les indigènes ne lui ont jamais été supérieurs militairement et le savent bien. Le rapport de forces a été suffisamment équitable pour que les espagnols perdissent du terrain et que par leur valeur militaire et l’appui des tribus indigènes jusque là persécutées par les Aztèques, ils conquissent le terrain mexicain. Vous vous passionnez pour le Mexique, non sans raison d’ailleurs, mon cher, mais laissez- moi vous dire que les indigènes mexicains n’ont pas été les plus débonnaires, loin s’en faut. Les taïnos ou arawak de Cuba qui offrirent à Colomb des colliers de perles -des gestes auxquels vous semblez faire référence- n’ont pas partagé leur générosité avec les Aztèques.

-Si seulement une aussi noble conquête avait été le fait d’Alexandre ou des anciens Grecs ou Romains, si un tel bouleversement de tant d’empires et de peuples avait eu lieu sous des conquérants qui eussent poli et défriché ce qu’il y avait là de sauvage, et nourri les bonnes semences que la nature y avait mises, apportant à la culture des terres et à l’ornement des villes nos arts d’ici, et mêlant les vertus grecques et romaines aux vertus originelles du pays *!

-Montaigne, vous m’offensez. Vous avez encore le bon goût de nous comparer aux grecs et aux romains, mais je songe avec effroi aux générations précédentes qui comparerons nos œuvres avec ceux des barbares nordiques ! Enfin, je divague, passons. Il n’empêche que je ne vous laisserai pas dire ou insinuer de telles choses. Si la conquête avait été le fait d’Alexandre il n’eût pas ôté le vice de la sodomie de la vie courante. Les grecs et les romains ont apporté et les vertus et les vices dont leur civilisation était porteuse aux peuples vaincus, exactement comme cela s’est passé entre les espagnols et les indigènes au Nouveau Monde. Ne sombrons pas dans le manichéisme, si vous le voulez bien.

Et entre deux bouffées, avant de reprendre haleine, je notais mentalement qu’après avoir encensé le monde sauvage et par là maudit la civilisation européenne, il se berçait du rêve d’une civilisation parfaite. Je jugeais qu’il y avait une contradiction sur laquelle il serait bon de s’attarder à réfléchir, mais ne lui disais pas et continuais de l’écouter parler avec un ton qui traduisait une secrète et sincère émotion :

-Quelle amélioration c’eût été si notre comportement avait suscité chez ces peuples de l’admiration, et établi entre eux et nous une fraternelle intelligence ! Comme il eût été facile de cultiver des âmes si neuves, si affamées d’apprentissage, ayant pour la plupart de si heureuses dispositions naturelles *!

-Je vous concède que notre roi aurait mieux fait de réserver les meilleurs hommes pour soumettre ou aller au devant des indigènes. On s’est trop souvent contenté d’hommes de morale douteuse, c’est un tort. Mais je ne vous apprends rien en vous disant que pour qu’il y ait admiration il ne suffit pas que l’objet de notre admiration soit admirable. Non. Encore faut-il que l’on ait la faculté morale d’admirer. Notre peuple ne saurait être tenu pour seul responsable si finalement les indigènes ne nous ont pas admirés. Je veux bien admettre que nous n’ayons pas été l’exact reflet de toutes les qualités humaines, mais je ne pense pas que nous ayons manqué totalement de matière à être admirés. Nous autres avons admiré ce qu’il y avait d’admirable en eux, si eux n’ont pas fait de même, c’est peut être tout simplement qu’ils n’en étaient pas capables ; en d’autre termes, c’est peut être aussi qu’ils sont des êtres serviles, n’en déplaise à votre angélisme. Quant à la soif d’apprentissage des indigènes et à leurs dispositions naturelles, je ne me risquerai pas à répondre, n’ayant jamais eu l’occasion d’être leur professeur.

-Je vous le demande, les facilités du négoce étaient-elles à ce prix ? Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions d’hommes passés au fil de l’épée, la plus riche et la plus belle partie du monde bouleversée, pour faire le trafic des perles et du poivre : méprisables victoires *.

-Vous êtes particulièrement injurieux aujourd’hui. Si certains individus vils et méprisables ont pu voir dans la conquête du Nouveau Monde l’occasion de commercer avec plus de facilité, ce n’est pas la prime raison qui fit que la couronne d’Espagne se laissât influencer par les supplications de Colomb, de conquérir ces terres lointaines. Non, suivant le souhait du catalan, la couronne accepta d’envoyer ses soldats conquérir une terre si lointaine principalement pour convertir les indigènes au catholicisme. Je sais que la chose vous laisse indifférent, mais un catholique qui se respecte ne peut que se réjouir des progrès de l’évangélisation, de ces âmes enfin tournées vers Dieu et son Eglise après tant d’années passées dans les ténèbres de l’erreur ! Et, par Dieu ! cessez ces exagérations fantaisistes ! Des millions d’hommes passés au fil de l’épée ! C’eût été un travail harassant pour les quelques milliers de conquérants qui se seraient selon vous partagé cette tâche indigne !

Ce jour-là nous en restâmes à ce point de la discussion, car Montaigne avait malgré sa philosophie et ses sentiments du mal à s’avouer mauvais chrétien, et ne savait trop que répondre.

Sur invitation du maître d’hôtel nous nous mîmes à table. J’ai encore sur la bouche le souvenir de cette délicieuse cuisine française qui vous ferait presque oublier les variétés et subtilités du même art tel que pratiqué par nos chefs de toute région d’Espagne.

*Michel de Montaigne, Essais, Livre III, Chapitre 6.

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Caballero con la mano en el pecho

16-04 at 4:04 (Beauté, Hispanophilie, Histoire)

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El cant de la sibilla

15-04 at 3:45 (Beauté, Hispanophilie, Histoire, Musique)

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تراث

15-04 at 3:44 (Arabisme, Heurs et malheurs)

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